CRISE DE NERFS

Texte d’Anton Tchekhov

Mise en scène Peter Stein

     « Le chant du cygne », « Les méfaits du tabac », « Une demande en mariage », trois pièces en un acte réunies sous le titre « Crise de nerfs » au Théâtre de l’Atelier. Ce sont les textes que Peter Stein a personnellement choisis pour poursuivre son compagnonnage avec Jacques Weber, commencé en 2013 avec « Le prix Martin de Labiche ».                                                                                                                         

     « Le chant du cygne » ouvre ce triptyque. Ce n’est pas forcément le meilleur choix, tant dans la forme que sur le fond. Cette longue interrogation mélancolique d’un acteur vieillissant sur la vanité et le merveilleux de son art, la livre de chair vivante qu’il doit céder en choisissant la voie du comédien plutôt que celle du quotidien, n’est pas le meilleur texte dramatique de Tchekhov. Trop de plainte et d’apitoiement sur soi-même, trop peu de folie et de grincements. Malgré la grande qualité du comédien à insuffler sa propre humanité et à faire résonner son propre statut de monument du théâtre français en superposition au texte du personnage, on peine à s’enthousiasmer. Sur le même thème, « Le faiseur de théâtre » de Thomas Bernhard, donné il y a quelque temps avec André Marcon, était autrement caustique et prenant.

     Le spectacle est véritablement lancé avec « Les méfaits du tabac ». Texte merveilleux d’étrangeté, de folie, d’intense solitude. Jacques Weber ne joue pas comme une farce ce point de non-retour d’un homme qui ne peut plus rêver qu’à devenir un pylône, un épouvantail au bout de la route comme seul échappatoire. Il a bien raison, et Peter Stein avec lui. Son Nioukhine est magnifiquement pitoyable et touchant. Ce texte est difficile à jouer, déroutant par ses ruptures, ses déraillements, ce mélange de divagations, de confidences, de grandiloquence et de petitesses. Jacques Weber se coule dans cette difficulté avec gourmandise. Comme pour Nioukhine, on peut en dire qu’il « s’y est comporté avec dignité » !

Photos M.L. Piantoni

     Pour ce qui est de Peter Stein, son positionnement éthique reste inchangé : servir l’œuvre et non pas s’en servir. Il se dit incapable de comprendre une œuvre de théâtre qui ne lui serait pas transmise par le comédien. Il diffère certes en cela du courant principal, qui charrie des metteurs en scène stars, pour qui le comédien est un instrument, et l’auteur un buste de plâtre à dépoussiérer, au mieux. Non, Peter Stein s’entête dans l’humilité. Cette humilité va par exemple jusqu’à respecter scrupuleusement la moindre didascalie de jeu apposée par Anton Tchekhov sur le texte. Il faut savoir profiter d’une telle humilité.

     Le troisième temps, « une demande en mariage », termine le spectacle par un feu d’artifice burlesque, une véritable crise de nerfs sur scène ! Nous passons du monologue au trio, mais le personnage masculin n’en est pas moins seul. Enfermé dans sa névrose, incapable de franchir le pas et dire « je vous aime », il devient la proie de l’incommunicabilité, de la parole comme désaccord, comme guerre civile. Les comédiens y prennent un plaisir jouissif et communicatif. La crise de nerfs et la crise de rire sont totales !

Nous avions commencé avec un vieil acteur à moitié saoul, poursuivi avec un conférencier sevré de vodka, nous finissons avec un champagne généreusement partagé ! Na Zdrovie !

Crise de nerfs – 3 farces d’Anton P. Tchekhov
Le chant du cygne
Les méfaits du tabac
Une demande en mariage

Mise en scène : Peter Stein

Avec
Jacques Weber
Manon Combes et Loïc Mobihan

Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin
75018 Paris

À partir du mardi 22 septembre 2020

https://www.theatre-atelier.com/crise-de-nerfs-3-farces-d-anton-p-tchekhov-lo2881.html

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