MADEMOISELLE JULIE

Texte August Strindberg

Traduction de Terje Sinding

Mise en scène Julie Brochen

        August Strindberg situe l’action dans la durée d’une nuit de la Saint-Jean, la plus courte de l’année. La fête de la Saint-Jean est à l’origine une fête païenne. Saint-Jean ensuite christianisée et fêtée à quelques jours du solstice d’été pour célébrer, par le feux, la lumière de l’été et pour bénir les moissons. Certains rituels y étaient associés. Les cendres des feux de la Saint-Jean préservaient les récoltes de la foudre et des orages. Et pour les amoureux, le fait de sauter par-dessus le feu garantissait que leur amour dure toute l’année.  Strindberg écrit un théâtre païen post-chrétien, marqué par la psychanalyse naissante, et le marxisme qui n’a pas encore levé. Julie Brochen l’a parfaitement compris et, avec l’auteur dresse un théâtre de l’ironie, en forme de bûcher.

Jean-Baptiste est le valet Jean, la chrétienté est représentée par la servante Kristin, et l’agneau immolé prend la forme d’un oiseau fou, une Julie de vingt quatre ans. Mais aucun pardon, aucune moisson, aucun amour, ne sortira de cette cérémonie. Aucun salut autre que la perte et la mort.

(c) Franck Beloncle

        On est d’abord frappé par la haute qualité des décors et des éclairages. Du clair obscur découpé au millimètre, d’où émergent des natures mortes : une table recouverte des ustensiles quotidiens d’un office de valets, une paire de bottes, une vasque en céramique pour se raser la barbe le matin venu. Natures mortes rappelant Greuze et ses oiseaux morts, Chardin et « La raie ». Autant d’allégories du sacrifice de la virginité ou du sacrifice christique. C’est tout un. Également, une utilisation magnifique de la perspective et de la profondeur. Une ouverture, en fond de scène, comme une échappée possible vers la lumière et la liberté. Espoir terrible, présent durant toute la pièce dans l’enjeu. Espoir que l’on pressent avorté dès l’abord.

(c) Franck Beloncle

        Anna Mouglalis est cet oiseau fou, cet épervier devenant serin. Elle traite son personnage comme le bateau ivre de Rimbaud. Elle dérive vers sa perte, le déracinement, la déchéance. Son corps et sa voix transmettent cette instabilité inquiétante. Elle joue cette folie de l’attirance vers l’abîme et la déchéance. Elle est touchante et effrayante. Elle se tire merveilleusement de longs monologues, grace à cette instabilité même, qui rend chaque instant incertain. Il est rare de voir jouer la folie de manière aussi simple et spectaculaire, sans les habituels roulements d’yeux et hystérisations dont beaucoup se croient justifiés de nous abreuver. Elle est, finalement, moins prise dans la toile d’araignée de Jean (Xavier Legrand), que dans son destin suicidaire intime, dont il n’est que le servant nécessaire, cynique et zélé.

Texte August Strindberg

Mise en scène Julie Brochen

Avec

Anna Mouglalis

Xavier Legrand

Julie Brochen

Scénographie et costumes : Lorenzo Albani

Lumière : Louise Gibaud

Création sonore : Fabrice Naud

Théâtre de l’Atelier

1 Place Charles Dullin, 75018 Paris

DU MARDI 28 MAI AU DIMANCHE 30 JUIN 2019

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