LES PRESIDENTES

Texte: Werner Schwab
Mise en scène de Laurent Frechuret

Erna, Grete et la petite Marie, trois bigotes névrosées de la province autrichienne, fêtent Noël dans la cuisine d’Erna devant le discours télévisé du pape, ressassant les espoirs frustrés de leurs vies étriquées. Sourt également de cette logorrhée verbale (« la langue tire les personnages derrière elle comme des boîtes de conserve qu’on aurait attachées à la queue d’un chien » Werner Schwab) le désastre infligé à leurs progénitures. La génération d’après s’est en effet échappée du cloaque que recouvrent les conventions policées de la très catholique petite bourgeoisie autrichienne. La fille de Grete a émigré au plus loin (l’Australie) après s’être fait eviscérer les ovaires pendant que le fils d’Erna se vautre dans l’exil intérieur d’un alcoolisme tapageur. Seule, la petite Marie, folle en Christ passionnée du débouchage des chiottes à mains nues laisse vaciller une faible lueur.
La langue claudiquante de ces trois misérables piliers, enfoncés dans la fange, au dernier stade du ruissellement doré de ce joli pays prendra peu à peu les teintes brunasses de la merde et du passé nazi qui remontent inexorablement. Jusqu’à l’explosion finale des fantasmes refoulés des trois femmes. La profération des trois excellentes comédiennes canalise admirablement le torrent verbal de Werner Schwab ; elles font entendre la langue si particulière de cet auteur. La mise en scène évite l’écueil d’un trop plein ordurier déjà servi dans ce texte, travaillé comme un classique. A voir absolument si vous aimez Thomas Bernhard et ses épigones.

Mise en scène : Laurent Frechuret

Distribution:
Mireille Herbstmeyer
Flore LefebvreDes Noëttes
Laurence Vieille

Au théâtre 11.Avignon à 20h40 jusqu’au 29 juillet 2021
Durée:1h20

Publié le
Catégorisé comme Théâtre

LE SECRET DE SHERLOCK HOLMES

Ecriture et mise en scène: Christophe Guillon

 

La toute première enquête du célèbre détective! Une aventure introuvable dans les recueils de Conan Doyle et pour cause: l’auteur de cette pièce de théâtre en est l’inventeur. Christophe Guillon, passionné du monde des bas-fonds londoniens du XIXème siècle et de la littérature inspirée de cet univers imagine en effet à la manière de Conan Doyle la rencontre de Sherlock Holmes, du docteur Watson, en recherche d’un logement à  partager (on ne parle pas encore de coloc) et de l’inspecteur Lestrade, de Scotland Yard, autour d’une double enquête policière: un vol et un meurtre, peut-être liés. L’intérêt d’une intrigue bien ficelée se double encore du plaisir d’imaginer l’origine de cette fameuse série policière. Du rythme et des rebondissements, soutenus par de nombreuses reparties humoristiques accordées à un décor « so british ». Les comédiens s’amusent, poussent l’excentricité des personnages et des situations, improvisant parfois. Un spectacle populaire qui capte son public!

Le secret de Sherlock Holmes - Christophe Guillon - Théâtre des Corps Saints

Crédit Photos: Arthur Silbe

 

Auteur: Christophe Guillon
Metteur en scène : Christophe Guillon
Distribution : Xavier Bazin ou Didier Vinzon, Hervé Dandrieux, Christophe Guillon, Emmanuel Guillon, Laura Marin
Régisseur : Rafael Monteiro

 

Au théâtre des Corps Saints, à Avignon du 7 au 31 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet à 14h05,.
Durée: 1h35.

OURAGAN

Texte et mise en scène: Ilyas Mettioui

Le jeune Abdeslam, affalé sur son canapé, et enveloppé d’une combinaison aussi improbablement jaunasse que son refuge, s’y contorsionne fiévreusement, visionnant vaguement, à travers les volutes de ses joints, un documentaire animalier affirmant « La loi de la jungle ».

On est pas au travail, une institution dont les lieux, les horaires, et les lois aujourd’hui déstructurés semblent nébuleux à ces jeunes pour qui Deliveroo est « le premier emploi payé ». Le contact avec l’employeur (qui n’en n’ai pas un puisque les livreurs sont des partenaires « indépendants ») s’opère uniquement à travers l’application: interdiction de se rendre aux bureaux!
Il ne sera alors pas tant question du monde du travail que de la vie ordinaire, que des morceaux d’une vie morne et privée de perspectives projetés sur les fumées s’élevant au-dessus du canapé. Schizophrène et multiple (cinq comédiens pour cinq aspects de son être), Abdeslam dévoile ses angoisses et ses espoirs, ses colères aussi, ceux d’une génération engluée.
Cependant le métier est physique : le corps parle, et d’abord! L’énergie des comédiens-danseurs chauffe le plateau. Danses, courses et poursuites viriles, rythmes et ruptures des cinq comédiens ; leurs adresses au public, pris à témoin ou invité à leurs jeux et rivalités, émeuvent, font sourire et vibrer.

Crédit Photo: Karolina Maruska

Écriture et Mise en scène : Ilyas Mettioui
Collaboration artistique: Zoé Janssens

Distribution: Egon di Mateo, Ben Fury, Nganji Mutiri, David Scarpuzza, Benoît Fasquelle, Pierre Genicot.

Au théâtre des Doms à Avignon du 6 au 27 juillet

Publié le
Catégorisé comme Théâtre