LES PRESIDENTES

Si rien ne vous choque plus en ce bas monde et a fortiori sur les planches non plus, hâtez-vous d’aller communier sur l’autel de la parole ordurière mais rédemptrice des Présidentes de Werner Schwab, dans la mise en scène de la Hongroise Bea Gerzsenyi. Ces deux ressortissants de l’ex empire bicéphale d’Autriche-Hongrie semblent oeuvrer sur un même terrain. Kinder, Kuche, Kirche: la trilogie de l’Autriche bien-pensante trouve en effet à s’exprimer avec brio chez la Hongroise qui sait insuffler le tragique et la violence larvée dans ce délirant trio scatologique et pornographique. D’abord dans le choix scénographique d’un décor symbolique, effrayant et grotesque, mimant une croix suspendue dans les airs. Ensuite, en jouant de l’ambivalence sexuelle de Grete, la nymphomane coincée dans un fauteuil roulant et incarnée par un homme, comme pour rendre communicable le désir phallique de cette femme, en même temps que les impasses d’une existence. Enfin encore, en figurant avec de la chair à saucisse la trajectoire organique de la nourriture ingérée, digérée et déféquée à l’infini.

Car c’est bien de merde que l’on parle ici, on n’en saurait douter. Gloire et honte du caca, n’en déplaise à Erna, la vieille bigote amoureuse qui ne supporte pas d’avoir un derrière… Ces Présidentes de pacotille débattent des vertus du caca et partant de l’envers du décor de la propreté, toujours forcément sali par la merde, la sienne et pas celle des autres… Les selles de ces vies ratées parce qu’enlisées dans leur propre caca se déversent donc sur les spectateurs à grands coups de logorrhées fécales, hallucinantes de refoulement, de non-dits et de violence.

Mises à nues malgré elles par la révélation de leurs fantasmes érotiques et égotiques, Grete et Erna achèvent leur orgie verbale dans le sang. Les comédiens, happés par la verve d’un Autrichien iconoclaste impressionnent par leur générosité et l’inquiétante étrangeté qu’ils font naître, en particulier la jeune femme incarnant la petite Marie, cette Pythie de la petite-bourgeoisie gorgée de fausses certitudes.


Les Présidentes par la compagnie Faut Plancher

Auteur : Werner Schwab
 Traduction: Mike Sens et Michaël Bugdahn
Mise en scène :Bea Gerzsenyi
Avec : Philippe Boyaire, Maria Degano, Cécile Durand
Lieu : Bouffon Théâtre, 26-28 rue de Meaux Paris 19
Dates: 01/06/16 – 08/06/16

Publié le
Catégorisé comme Théâtre

Par Anna Kohn

@Ingrid17

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *