MON LOU

D’après lettres et poèmes d’Apollinaire

Mise en scène Christian PAGEAULT

     En 1914, Apollinaire fait la connaissance d’une jeune femme à Nice dont il tombe éperdument amoureux aussitôt : Louise de Coligny-Châtillon. Mais la guerre est une amante tout aussi exigeante, le décembre 1914, il s’engage. Dans les tranchées, Apollinaire idéalise cette femme qu’il aime et en fait sa Muse, mais la traite aussi bien en objet de son désir sexuel, qu’il veut tout soumis et livré. L’urgence de la guerre et de l’amour lui insuffle la nécessité de lui écrire pour survivre. Mon Lou est une adaptation des lettres à Lou et Poèmes à Lou d’Apollinaire. C’est un projet issu du désir de Moana Ferré, qui l’interprète avec ce qu’il faut de classe et de canaillerie esquissée.

     Mon Lou est un hymne à l’amour, à la guerre aussi. On y entend les étranges et sulfureuses combinatoires entre l’art de s’entretuer et l’art de s’entremêler. C’est qu’Apollinaire n’est pas un pacifiste, tout en étant un poète. Il pourrait dire, reprenant Clemenceau : « Je fais la guerre, je fais la guerre, je fais la guerre. ». C’est qu’Apollinaire n’est pas un romantique, c’est un charnel. Il fait l’amour, il fait l’amour, il fait l’amour. Moana Ferré est fidèle à ces deux faces. Tout d’abord amante sensuelle, toute prête à se déplier sous nos yeux, telle une lettre intime offerte aux public. Vêtue d’un négligé blanc, elle joue avec retenue cet effeuillage d’intelligence coquine.

     Son jeu marque par sa densité et sa grande honnêteté dans le dire simple. Sa diction sonne claire et permet d’entendre toute la beauté de la prose ou des vers du poète. Elle met ce qu’il faut d’émotion sans être dans la monstration.

     Puis elle se fait, comme son amant, petit soldat. Il faut dire ici que la dite Lou n’avait pas froid aux yeux puisque, outre ses mœurs très libres, elle fut la première aviatrice de guerre (dans un cénacle aussi viril qu’élitiste). Elle troque sa tenue de jeune femme contre une austère combinaison foncée, pour pouvoir, elle aussi se salir les mains. Les petites lettres cèdent donc la place à une toile immaculée que l’actrice recouvre de coulées noires, de taches rouges. Sillons des tranchées, blessures au cœurs pour de vrai. Joli passage certes, mais qui finalement n’ajoute rien d’indispensable au travail précis et digne de la comédienne qui se fait plus sombre, plus tragique finalement. Finissant comme ensevelie dans le linceul épistolaire de son Guillaume Apollinaire, de son Guillaume, de son Gui… Des tonnes de terres et de sang. Quelques grammes de papier blanc. Peu équitable combat. Un spectacle à voir pour retrouver l’envie d’aimer, et d’aimer écrire.

Crédit Isabelle Jobard

D’après lettres et poèmes d’Apollinaire

Coadaptation Moana FERRÉ, Christian PAGEAULT, Claire BALLOT-SPINOSA

Mise en scène Christian PAGEAULT

Comédienne Moana FERRÉ

Composition musicale Jean-Michel TRIMAILLE

Scénographie Isabelle JOBARD

Création lumière Rodolphe MARTIN

Du 18 avril au 23 juin au Théâtre le Lucernaire, 75006 PARIS.

Du mardi au samedi à 19h

Par Pascal Olivier

@Pascal19672410

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *