FLON-FLON OU LA VERITABLE HISTOIRE DE L’HUMANITE

 

Une création des Epis Noirs

Mise en scène Pierre Lericq

Les flonflons, ça vous évoque d’abord la légèreté, l’insouciance, la fête. Vous vous voyez danser dans des prés aux herbes hautes sous un ciel bleu cobalt ou bien dans une salle de bal à l’ancienne, sans téléphone portable, avec des gens, des vrais qui vous parlent et rient à gorge déployée. Et de la musique surtout ! Une musique gaie, entrainante, avec des violons endiablés, des accordéons débordant d’enthousiasme qui distillent à haute dose le doux parfum de l’allégresse.

Et puis vous vous dites que vous vous sentez prêts à en entendre des flonflons, surtout après une dure journée de travail. Et vous courez dans la salle la plus proche où se joue le spectacle et vous découvrez que celui-ci va vous raconter ni plus ni moins que la véritable histoire de l’humanité ! Enfin, en commençant par Dieu quand même, le créateur de tout et de toute chose. Non, rassurez-vous, vous n’aurez pas un cours d’histoire religieuse ludique (et encore moins rébarbative) mais un état des lieux de ce qui personnifie l’humain depuis la nuit des temps : l’amour. Alors, installez-vous confortablement sur votre fauteuil et contemplez Dieu ! Un être divin qui chante et joue de la guitare aussi bien que le commun des mortels. Au commencement, il crée le village de Boucieu-le-Roi avec une église et quelques maisons puis comme c’est un peu trop serein il y ajoute la femme et ensuite l’homme. Parce qu’il s’emmerde un peu Dieu, il faut bien le dire. L’homme, d’ailleurs, c’est le début du foutoir. C’est lui le pêché originel, ce qui vous change de la tradition. Alors, face à un Adam primesautier et un peu benêt, c’est une Eve boute en train, sexy en diable mais aussi dotée d’un tempérament d’idiote et empreinte d’une grande naïveté, qui va faciliter les choses à un dominant bien conscient de son pouvoir. Oui, car pour notre être suprême, rien de tel que de s’immiscer dans l’univers qu’il a lui-même enfanté et d’y jouer avec ses créatures.

Dieu, vous l’aurez compris, c’est Pierre Lericq, le fondateur et metteur en scène de la troupe des Epis Noirs. D’ailleurs, il s’appelle aussi Pierre dans le spectacle et il est tyrannique avec ses trois musiciens et son Adam de bric et de broc. Bien entendu, comme toute mise en abyme, vous aurez un peu de mal un peu de mal au début à faire la part des choses. Est ce le comédien ou le personnage qui vocifère ? Et puis très vite, face aux tranches de rire que vous avalez goulûment, vous êtes rassuré sur l’univers fantaisiste qui vous tend les bras. Évidemment, Dieu/Pierre va voler  la femme (Manon Andersen) à cet homme innocent (Lionel Sautet), et va la prostituer sur les trottoirs de la capitale sans oublier au passage de la tabasser de temps en temps.  C’est un peu le miroir du vrai Pierre, ardéchois d’origine monté à Paris (sans le proxénétisme et le tabassage !).

Le maitre mot de cette joyeuse fantasmagorie, aussi légère qu’éblouissante qui mêle musique et théâtre, c’est l’énergie. Ici, elle est phénoménale et enflamme les comédiens/danseurs/musiciens qui se déchainent dans  une  débauche de vitalité qui vous emporte pour ne plus vous lâcher. Vous êtes hilare face à une Manon déchaînée qui ne s’arrête plus de taper sur la malle avec ses baguettes, ou devant un Adam sautant dans tous les sens et sans cesse interpellé par un Pierre qui lui somme d’expliquer aux spectateurs ce qu’il vient de faire.

Et au final, sans doute n’appendrez vous pas grand chose sur l’humanité mais vous apprécierez beaucoup plus l’humain. Vous vous direz que le théâtre, n’a parfois nul besoin de faire passer un autre message que celui qu’il peut exister dans notre funeste société d’intenses moments à partager avec nos semblables.

Les Epis Noirs vous font du bien. Ils vous rendent euphorique pour des semaines. Dommage, car, ce soir, au Théâtre Toursky de Marseille, vous avez assisté à l’ultime représentation de « Flon Flon » avec plus de 850 représentations au compteur ! Vous imaginez ainsi le nombre impressionnant de personnes qui ont pu bénéficier de cette bouffée de bonheur que jamais aucun antidépresseur ne pourra vous apporter.

 

Photos Jo’ Graffies

Mise en scène :

Pierre Lericq

Distribution :

Pierre Lericq, Manon Andersen, Lionel Sautet

Musiciens :

Fabien Magni, Svante Jacobsson, Marwen Kamarti

Lumière :

Véronique Claudel

Son :

Philippe Moja

https://www.youtube.com/watch?v=onB4Rb0lu6M&list=RDonB4Rb0lu6M&start_radio=1&t=63

Vu la dernière représentation de ce spectacle au Théâtre Toursky le 07/02/2020

Théâtre Toursky

16 Prom. Léo Ferré, 13003 Marseille

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FUNNY GIRL

Auteurs : Bob Merrill, Jule Styne et Isobel Lennart

Metteur en scène : Stephen Mear

     Merci a Stephen Mear et à la direction du théâtre de Marigny de nous faire, enfin découvrir « on stage » ce magnifique Funny Girl ! La même équipe nous avait donnée, également pour la première fois en France, Guys and dolls la saison passée. Merci à eux de nous faire partager ces joyaux mythiques de Broadway ! Funny Girl c’est l’histoire vraie d’une gamine au physique de petit chat chétif mais au talent d’enfer, qui chantant bien mais à la dans limitée et qui deviendra la star des Ziegfeld Folies. la petite juive Fanny Borach devient alors Fanny Brice, merveille du melting-pot à l’américaine. Son talent comique et sa voix inimitable la propulsent au rang de vedette du music-hall des années 20. Sa vie romanesque, ses aventures et son mariage avec un escroc séducteur, amena son gendre, Ray Stark, à produire un musical sur sa vie. Après plus de 40 versions et la performance de la débutante Barbra Streisand, en 1964 puis au cinéma avec un Oscar à la clé, la succes story de cette gamine de Brooklyn devenue star se transforme en un triomphe sur la scène et au cinéma.

©Julien Benhamou

     Une fois de plus Mear se confronte à l’espace scénique du Marigny. James McKeon retrouve la petite fosse du Théâtre Marigny après Guys and Dolls. Sa direction, et la qualité de ses musiciens amènent autant de swing que de lyrisme. Le plateau ne permettant aucun gigantisme, Mear préfère, une fois de plus, une scénographie symbolique et efficace. Son décor se compose d’une série d’arcades métalliques qui marque un aspect industriel, peut être le pont de Brooklyn, quartier d’où vient Fanny Brice. Elle se fourbissent de meubles, de cloisons et autres éléments évoquant les différents lieux de l’action. Les univers dans lesquels évoluent l’héroïne sont bien caractérisés, les enchaînements sont fluides, et le spectacle est sans temps mort. Les plus de deux heures de spectacle sont menées tambours battant. Il y a bien entendu les fameux numéros de claquettes et on aime retrouver le tout aussi fameux effet à la Busby Berkeley (« His Love Makes Me Beautiful »). Cependant ont aurait aimé plus de parties dansées, pour respirer un peu. Mais telle est l’œuvre originale, dont ont doit apprécier tous les aspects. Ainsi, le show laisse peu de place, et de lumière, aux autres personnages. Fanny est omniprésente. Elle participe à presque tous les tableaux, et il n’y a pas vraiment de personnages, et intrigues, secondaires, pour amener contrepoints et respiration à sa propre histoire. Dans Funny Girl tout, ou presque, repose donc sur les frêles épaules de l’interprète principal, et cela ne permet aucune erreur de casting.

©Julien Benhamou

     Heureusement, les producteurs ont eu la merveilleuse idée de choisir celles de l’époustouflante Christina Bianco ! C’est peut dire que dire qu’il s’agit d’un choix gagnant . La Bianco renverse le plateau, saisi le regard, et le cœur de chaque spectateur. A chaque instant et sans une seconde de relâchement. Elle joue à merveille et avec une grande finesse (chose parfois oubliée dans les musicals). Elle chante admirablement, avec un timbre de voix troublant tant il s’approche de celui de la grande Streisand. Elle émeut autant qu’elle amuse, et son dernier air arrache même une larme. C’est le champagne que nous attendions pour cette périodes de fêtes.

Auteurs : Bob Merrill, Jule Styne et Isobel Lennart

Metteur en scène : Stephen Mear

Distribution :

FANNY BRICE Christina Bianco

NICK ARNSTEIN Ashley Day

MRS. BRICE Rachel Stanley

EDDIE RYAN Matthew Jeans

FLORENZ ZIEGFELD Mark Inscoe

MR. KEENEY Ashley Knight

MRS. STRAKOSH Shirley Jameson

MIMSIE Jessica Buckby

Orchestre du Théâtre Marigny

Du 07 Nov 2019

Au 05 Jan 2020

Durée : 2h30 avec entracte

www.theatremarigny.fr

Carré Marigny    75008 Paris

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GUYS AND DOLLS

Ladies and gentlemen, ou plutôt guys and dolls : « Welcome on Broadway ! »

C’est un bonheur de retrouver le magique metteur en scène Stephen Mear. Après les triomphaux « Singin’In The Rain » et « 42nd Street », ces dernières années au Châtelet, il revient avec un autre des joyaux de la couronne de la grande tradition du musical américain : « Guys and Dolls ». Un grand classique jamais montré à Paris qu’il monte au théâtre Marigny. En anglais surtitré en français, comme il se doit !

Jamais monté, mais déjà connu pour avoir été adapté par le grand Joseph L. Mankiewicz  sous le titre : « Blanches colombes et vilains messieurs ». Avec  Frank Sinatra et Marlon Brando, excusez du peu ! Jamais monté mais adoré outre atlantique avec 1200 représentations et cinq Tony Awards.

L’histoire : Elle est construite d’après la nouvelle et les personnages de Damon Runyon dans The Idyll of Miss Sarah Brown. Runyon, figure de la littérature et de la vie New New-yorkaise, ayant fréquenté Broadway et ses bas-fonds.

Sky Masterson, le gambler, et le patron de tripot Nathan Detroit s’affrontent autour d’un pari : le premier n’arrivera pas à ravir la prude Sarah Brown, sœur au sein de la Mission locale de l’Armée du salut, et l’emmener pour une soirée de fête, en enfer. C’est à dire à la Havane de 1930. Une blanche colombe et un vilain monsieur, un couple de comédie romantique parfait donc ! Cette idylle a un écho, celui de Nathan et Miss Adelaide. Nathan veut bien parier sur tout… sauf le mariage. Les éternels fiancés n’auront de cesse de s’entraîner mutuellement dans les situations les plus cocasses à force de quiproquos. Il faudra bien deux heures et demi pour amollir un parieur et un célibataire aussi endurcis !

La trame et les dialogues sont riches, merci Damon Runyon, et l’on suit avec autant d’intérêt les danses et les parties musicales que le récit et les situations. Ce musical est aussi une comédie efficace emmenée par un quatuor de haute qualité !

                                                                                   Clare Halse, Matthew Goodgame, Ria Jones, Christopher Howell

Les interprètes :

C’est plus de vingt artistes britanniques qui portent le spectacle. Tous excellents, ils ont les qualités nécessaires à la dure école de la comédie musicale U.S. : Précision, énergie, vitalité, expressivité, charisme, cohésion. Ils livrent une copie où chant, jeu, et danse s’expriment avec autant de puissance et de finesse ! Dans les quatre rôles phares ont distinguera Ria Jones (Miss Adelaide), avec sa voix si particulière et électrisante. Elle a un sens du comique et une classe ébouriffante et ravi toute l’audience. Clare Halse (Sarah Brown), plus frêle et au rôle moins pimenté, tire aussi son épingle du jeu. Matthew Goodgame (Sky Masterson) a un charisme agaçant parfait pour ce rôle, à la Brando ou Cary Grant . Il enflamme la salle avec le hit « Luck be a Lady ». Christopher Howell (Nathan Detroit), enfin, est parfait dans sa partition d’amoureux menteur pathologique.

The Show :

Peu de décors, Marigny n’est pas le Châtelet concernant les infrastructures. Mais une utilisation créative de la lumière, et des cadres lumineux qui, à géométrie variable, rythment les espaces et atmosphères.

Les multi instrumentistes de l’orchestre font un sans faute. Ils ont cette énergie jazzy, ce rebond, et sonnent à merveille.

Les chorégraphies sont réussies. Tant dans les ensembles que dans les solos. Mention spéciale à la chorégraphie du tripot souterrain qui emporte l’enthousiasme de la salle.

La mise en scène de Stephen Mear est celle d’un orfèvre du genre. Une balance parfaite des éléments du musical. Il fait de chaque tableau une réussite qui s’intègre avec fluidité à l’ensemble. Son Guys and Dolls est une totale réussite et un total ravissement ! Alors laissez vous encanailler au Marigny jusqu’en juillet. Les dès ici ne sont pas pipés, mais toujours gagnants, et… « Just roll the dices ! »

                                                                                            photos droits réservés « production Théâtre Marigny »

Musique et Lyrics Frank Loesser

Livret Jo Swerling et Abe Burrow

Mise en scène et chorégraphie Stephen Mear

Décors et costumes Peter McKintosh

Orchestre et Chœur duThéâtre Marigny

Lumières Tim Mitchell

Direction musicale James McKeon

Avec

Ria Jones, Clare Halse, Matthew Goodgame, Christopher Howell

Et Barry James, Rachel Izen, Joel Montague, Matthew Whennell-Clark, Jack North, Brendan Cull, Ross McLaren, Gavin Wilkinson, Ian Gareth Jones, Thomas-Lee Kidd, Jo Morris, Alexandra Waite-Roberts, Emily Goodenough, Delycia Belgrave, Bobbie Little, Joanna Goodwin, Robbie Mc Millan, Adam Denma, Louis Mackrodt

Du Mercredi 13 mars 2019 au Dimanche 28 juillet 2019

Théâtre Marigny

Carré Marigny, 75008 Paris

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