De Sébastien Bizeau
Mise en scène : Sébastien Bizeau
Plongée dans les méga-bassines de rétention d’eau, et tête la première, puisqu’à peine installé, le public se trouve témoin des premiers échanges entre les comédiens entrés avec les derniers spectateurs. Les personnages enchaînent alors une série de réunions ministérielles, publiques, conférences de presse, préparation de manifs, émission radio et télé, accrochant le spectateur au rythme trépidant de ce type d’affaire politico-médiatique. Tous ces personnages sont interprétés par quatre comédiens dans une mise en scène forcément vive, particulièrement dans les passages d’une scène à l’autre, ou les va et vient entre deux actions sur un même plateau. On passe de la tension feutrée des cabinets ministériels (sur le plateau) aux cavalcades boueuses des manifestants (à l’écran), projections qui ancrent ce « spectacle » au réel, l’apparemment mal-nommée compagnie « Hors du temps » ayant en effet l’ambition de porter des « créations théâtrales à impact » (« entendues comme des spectacles qui s’inscrivent dans un contexte sociétal sur lequel ils cherchent à avoir un effet de levier »). Vidéo brute, tirée du réel sans passer par la moulinette de la dramatisation des images, à l’air anodin mais lourdes de menaces (quand on voit les lanceurs de grenade en position de tir tendu).
Une variété de média et références est effet engagée dans la lutte: deux chansons pop (dont Un homme heureux de William Scheller qui donne le titre du spectacle avec sa première strophe, une scène imitant le rapport des simples soldats à l’Antigone de Jean Anouilh, un extrait du classique Bérénice (d’un autre Jean). Emprunts heureux et mélangés au grand siècle et à plus contemporain, s’incorporant adroitement au récit ; marques, aussi, du méli-mélo humain. « La vie c’est compliqué », pourrait se plaindre l’un des deux protagonistes du récit, tout jeune préfet amoureux d’une pétroleuse du collectif anti-bassines. La petite histoire dans la grande: une histoire d’amour écrasée par un système chargé d’une immense force d’inertie morale, politique, économique et médiatique, un ordre si difficile à renverser tant au niveau individuel que collectif. Il y a pourtant urgence : l’avertissement sur le changement climatique lancé en début de spectacle frappe malheureusement à la porte (à l’intérieur du théâtre, le fond sonore constant de la clim., aujourd’hui indispensable, nous le rappelle aussi). En documentant une lutte actuelle, « Pourquoi les gens qui sèment », alerte plus généralement sur les dérives autoritaristes d’un régime conduit à agiter le chiffon rouge du terrorisme pour mater la contestation (la question des lois récentes contre « l’éco-terrorisme » est clairement exposée). Un spectacle d’utilité publique, du théâtre engagé et vivant. On recommande ! …


Avignon OFF
Du 4 au 25 juillet à 11h20 (relâche les 15 et 22 juillet) au Théâtre des Gémeaux
Durée: 1h20
