De Virginie Jakimow et Priscilla Seiller
Mise en scène par Franck Duarte
Que n’a-t-on pas dit au sur Marie-Antoinette, l’un des personnages les plus discutés de l’Histoire de France? D’un côté ses détracteurs, et notamment les premiers d’entre eux : ses ennemis à la cour dont les révolutionnaires n’ont eu plus tard qu’à reprendre les critiques et diffamations propagées dans les rumeurs, chansons, libelles, dans le procès-spectacle du collier de la Reine etc… De l’autre, les anti-révolutionnaires, qui ont tenté d’en faire une martyre et presque une sainte… Force est de constater que ballotée entre les médisances et affabulations des uns et des autres Marie-Antoinette est devenue dans le monde entier une icône de l’Histoire de France, une icône pop à disposer quelque part entre Jeanne d’Arc et Coco Chanel.
Or quand on parvient a une telle notoriété, il est de nos jours tentant de valoriser, voire de monétiser cet actif sur les réseaux sociaux. C’est ce que va se donner pour mission une influenceuse (interprétée par Roxane Michelet) : Et si les réseaux sociaux avaient existé de son temps, Marie-Antoinette (Anne-Cécile Quivogne) aurait-elle pu sauver sa réputation ?…
Mais non ! La question n’est pas si folle tant la cour de France, en représentation permanente vivait dans le paraître (avec des conseillers en communication célèbres, telle « madame étiquette », la comtesse de Noailles). Là encore, l’art de la réplique, la phrase assassine ou encore le succès d’avoir affublé quelqu’un d’un sobriquet étaient des armes redoutables ; à la cour le ridicule tue !
Notre influenceuse n’est donc pas si impertinente d’autant que le spectacle s’appuie sur une solide recherche historique : aucune fausse note dans l’histoire de cette jeune princesse autrichienne lancée très jeune dans le panier de crabes de la cour de France puis des événements tragiques de la Révolution. Bien sûr on s’intéresse surtout aux événements mondains, au clinquant, au superficiel de la royauté… mais cet apparat (les coiffures de la reine), les petites phrases (« qu’ils mangent de la brioche »), surtout pour une reine, sont politiques… Et tellement instagrammables !
Tout l’amusement est là : faire s’affronter la reine et l’étiquette -et la langue, si magnifique- du XVIIIeme siècle aux codes, le plus souvent franglais de notre malheureuse époque. Un choc qui s’annonce brutal mais pas du tout ! On s’amuse comme au bal masqué (très prisé par Marie-Antoinette) à retrouver le XVIIIème sous le masque de notre 21ème siècle. Les événements, usages et termes de l’époque sont affublés des T.O.C. techno et web (on commande une uber-calèche, on échange de façon très décontractée, et en franglais, entre altesses sur les réseaux). Des détournements si nombreux qu’on ne s’appesantit sur aucun, c’est une manière d’être, et même (j’ai dû en manquer) beaucoup de clins d’oeil sont glissés dans les visuels -en passant- très drôles et d’autant plus jouissifs qu’on se dit « moi je l’ai vu mais les autres ont dû le manquer » (comme ce commentaire approbateur de la prise de la Bastille signé de Marat… et Mélanchon!).
L’idée de cet écran de téléphone géant au milieu de la scène, apriori évidente, est surtout très malignement employée : les visuels de la famille royale communiquant à la mode des djeun’s sont très drôles, l’usage qu’en font l’influenceuse et Marie-Antoinette soutient le jeu déjà très complice entre les deux comédiennes, chacune dans un registre bien affirmé. Les vidéos adressées ou non aux deux protagonistes ajoutent au dynamisme du spectacle. Un excellent divertissement!

Mise en scène: Franck Duarte
Interprètes: Anne-Cécile Quivogne et Roxane Michelet
Avignon Off
PIXEL AVIGNON du 4 au 25 Juillet à 12h15 (relâche les 15 et 22 juillet)
Durée: 1h15
