LA DISTANCE

  1. Texte et mise en scène : Tiago Rodrigues

L’univers dystopique métamorphose  le réel pour le questionner à l’infini. Cette plasticité constitue sa force. La distance qui sépare un père et sa fille, mesurée ici en espaces interplanétaires interroge donc aussi bien la nature des relations filiales, la douleur de la séparation que l’effondrement qui guette la terre et la possible disparition de l’espèce humaine. La fable écrite par Tiago Rodrigues joue clairement de ces deux dimensions, intimiste et apocalyptique. Les désordres climatiques et les guerres qui nous menacent offrent un écho saisissant à ce récit dystopique.

Le décor, somptueux, un plateau rond et tournant comme la terre et séparé en deux par d’immenses branches d’arbres décharnées et un rocher sec et solitaire , incarne à lui seul la dramaturgie. La pièce présente alternativement deux personnages en contrepoint, radicalement séparés par le cosmos et leur vision du monde. D’abord, la figure d’Ali, le père médecin, tout droit sorti des années 70 avec son costume marron suranné et son tourne-disque orange et sa fille, Amina. Il l’aime  comme un père peut aimer trop sa fille et ne pas supporter de la voir partir, de surcroît à des millions d’années lumières et peut-être pour toujours. Ils se parlent l’un à l’autre par message. Cette communication indirecte rend le dialogue proche du monologue. On entend les litanies de reproches du père, son deuil impossible, l’opprobre qu’il jette sur les « oubliants » cette communauté réfugiée sur Mars pour y construire l’avenir de l’humanité et qu’il tient pour de vils autocrates. Amina, la fille y boit chaque jour un élixir d’oubli qui finira par lui faire oublier la figure paternelle. Les souvenirs s’étiolent peu à peu, le lien entre la fille et son père devient chaque fois un peu plus ténu. Adama Diop, grand acteur sait donner de l’épaisseur à son personnage, suggérer ses douleurs, ses fantômes et ses peurs. Le plus beau moment est sans doute celui où le plateau s’affole, entraînant dans sa danse interplanétaire effrénée les deux personnages saisis par une transe cosmique. Cette chorégraphie constitue le point d’orgue du spectacle.

La Distance donne à penser, c’est indéniable et offre visuellement une approche saisissante de la séparation comme d’une possible apocalypse. Sans constituer une très grande œuvre. Parce que le texte au canevas convenu ne convainc pas totalement, que l’émotion théâtrale pure manque quand même un peu.

© Christophe Raynaud de Lage

Avec Alison Dechamps, Adama Diop

Texte et mise en scène Tiago Rodrigues
Traduction Thomas Resendes (français), Daniel Hahn (anglais)
Scénographie Fernando Ribeiro
Costumes José António Tenente
Lumière Rui Monteiro
Musique et son Pedro Costa
Collaboration artistique Sophie Bricaire
Assistanat à la mise en scène André Pato
Stagiaire à la mise en scène Thomas Medioni

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