PEU IMPORTE

 

de Marius von Mayenburg

Mis en scène par Robin Ormond

Petite variation sur les affres de la vie du couple résolument moderne, ses compromissions et ses renoncements, Peu importe de Marius von Mayenburg dissèque subtilement le rapport à l’autre et à soi-même que la vie à deux suppose. Vivre, aimer et travailler à deux demeure un pari. Que l’épreuve de la vie met à mal.

Mis en scène par Robin Ormond, le traducteur de cette pièce inédite, Peu importe s’apparente à un combat pour la survie à tout prix du couple. 

On voit donc s’affronter dans cet exercice agonistique un homme et une femme dans des situations successivement inversées. D’abord, c’est la femme qui rentre d’un voyage d’affaires avec un cadeau pour son mari, lequel ne s’empresse pas de l’ouvrir, trop occupé qu’il est à l’idée de la délivrance que l’arrivée de sa femme représente pour lui, en charge qu’il est de deux enfants dont l’un a justement été malade. Le personnage évolue dans un décor pareil à une avalanche de cadeaux en forme de cubes enrubannés. Traducteur de profession, le mari subit les reproches de sa femme qui travaille comme cadre dans l’industrie automobile. Le conflit va jusqu’à la ligne de rupture mais pas au-delà. Survie du couple oblige, il importe de ne pas franchir la Rubicon de la rupture. Ensuite, les rôles s’inversent et c’est le mari qui rentre de son travail dans l’industrie automobile. Inversion propice à une réflexion politique sur l’équité homme-femme dans le couple.

Il suffit d’une paire de lunettes, d’une chemise qu’Erik endosse par dessus son tee-shirt pour que la métamorphose soit opérante. À chaque fois, un supérieur téléphone pour évoquer une possible promotion, prélude à l’acmée du conflit. 

Chacun use des non-dits de l’autre, traque les failles de ses dires pour mieux le prendre à défaut.

En cela, la pièce est un condensé des difficultés à être soi et à se réaliser dans un monde consumériste, intégralement capitalisme. Simone voudrait plus, elle lorgne la place de son supérieur; elle rêve des sommets de la réussite. Idem pour son mari Erik quand les rôles s’inversent. Entre sentiment d’échec et réussite sociale apparente, la vie de famille et ses obligations, la vie du couple vacille.

L’écriture acerbe de Mayenburg offre, à travers une joute verbale sans concession, la danse des reproches, des excuses et des justifications qu’un couple sachant perdurer peut accepter. La ligne de crête de l’attaque s’arrête à chaque fois au seuil du supportable. Qu’acceptons-nous de sacrifier à l’autre ? Quels compromis le monde du travail est-il en droit de nous faire accepter et à quel prix ? 

Mention spéciale à Assane Timbo qui nous subjugue par la densité de son jeu entre le quant-à-soi et les accusations féroces faites à sa femme. Les comédiens sont de reste tous les deux sans cesse  en apesanteur, à la verticale sur le fil de rasoir d’un texte qui met à nu le couple. A savourer sans tarder.

Texte : Marius von Mayenburg

Traduction et mise en scène : Robin Ormond

Interprètes : Marilyne Fontaien et Assane Timbo 

Scénographie et lumières : Manon Vergotte

Costumes : Louise Digard

Création sonore : Arthur Frick

Dramaturgie : Laurent Mulheisen

 

Festival off d’Avignon

  1. La Scala Provence du 5 au 26 juillet 2025

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