Tout est bien qui finit bien

Texte William Shakespeare
Traduction Frédéric Jessua et Vincent Thépaut
Mise en scène Frédéric Jessua

Richard III dans son monologue introductif fait à deux reprises mention de la notion de « sport » . « And now, instead of mounting barded steeds to fright the souls of fearful adversaries, he capers nimbly in a lady’s chamber to the lascivious pleasing of a lute. But I, that am not shaped for sportive tricks(…) » Et plus loin : «  We dance for ladies in their chambers to songs of love played on the flute. But I whose body is not made for such sports(…). Inutile de traduire tant l’anglais, comme le dit Clémenceau, n’est après tout que du français mal prononcé.

D’ailleurs, cette notion de sport, que nous croyons être une émanation purement moderne s’origine du début du XVe siècle. Le mot est repris par les anglais du vieux français desport  et devient sporte, « passe-temps agréable, activité qui apporte de l’amusement ; blague, bêtise ». Mais également « un passe-temps ou un jeu , un flirt sensuel», avec une connotation explicite vers le plaisir sexuel, la jouissance, le délice.

Et Shakespeare, à l’instar de Richard Gloucester, est très « sport » comme tout son théâtre. Plus particulièrement bien sûr son théâtre le plus impur (pas vraiment tragique, pas vraiment comique), qui est peut-être le plus Elisabéthain dans son étrangeté et son côté foutraque.

© Nicolas Blandin

« Tout est bien qui finit bien » fait partie de ces pièces. Mélange de clowneries (clown is a very old word too), de grivoiserie, mais aussi de syllogismes comicopoéticophilosophique, d’envolées lyriques… et au détours d’une scène énoooorme de burlesque : un champ de bataille, la guerre et ses cadavres.

La troupe (ou plutôt la team ou la squadra) de Frédéric Jessua est toujours dans le bon ton et le bon rythme de ce théâtre là, de cette pièce là, de ce Shakespeare là. Autant de courses à haute intensité que dans un match de champions league. Autant de malice et de lascivité que possible. Magnifique performance où le théâtre de foire prend son envol sur une énergie permanente et synchrone, sur des voix fortes et projetées (Ah ! qui dira la tristesse de ses voix atones perdues dans des microphones !). Ici pas de fading, pas de fade ni d’affadi. Ça claque, ça urge et ça bouillonne. Du théâtre joué et joui. Pas un hasard si le public produit, au final une sorte d’exultation !

© Nicolas Blandin

Inutile de séparer une individualité du lot dans cette troupe de comédiens. Le théâtre est un sport d’équipe, et ce spectacle nous en donne une illustration bien vivante. Et pour qu’ils ne soient pas les seuls à « se donner », courrez donc un peu aussi, au moins jusqu’aux portes du Théâtre 13 ! Frédéric Jessua et sa troupe vous prouveront combien Shakespeare est un classique, puisque inclassable et incassable.

 

Texte William Shakespeare
Traduction Frédéric Jessua et Vincent Thépaut
Mise en scène Frédéric Jessua
Avec Félicité Chaton, Céline Laugier, Raouf Raïs, Charles Van de Vyver, Rony Wolff, Léna Tournier Bernard, Enzo Houzet et Vincent Thépaut
Dramaturgie Vincent Thépaut
Création lumières Diane Guérin
Scénographie Charles Chauvet et Frédéric Jessua
Costumes et accessoires Julie Camus
Maquillage et coiffures Pauline Bry
Chorégraphies Georgia Ives
Musique originale Richard Le Gall

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