de Nicolaï Vassiliévitch Gogol
Adaptation et mise en scène de Ronan Rivière
Un petit praticable en pente, constitué de larges planches de bois sur diverses hauteurs fournit le décor du petit univers dans lequel évolue Aksenty Ivanovitch Poprichtchine, fonctionnaire recroquevillé et discret de Saint-Pétersbourg. Il se lève et commande à sa servante, certainement la modeste concierge de l’immeuble, son petit déjeuner et son habit avant de courir affronter son destin du jour.
Malingre et serré dans un costume trop court, l’assesseur titulaire Aksenty Ivanovitch, mène une vie étriquée au plus bas de l’échelle des grades du système bureaucratique de la Russie impériale. Méprisé par ses supérieurs, ignoré par la société, ce nobliaux se sent une âme digne des plus formidables réussites ; il rêve de grandeur et de distinction. Fort avec les faibles, obséquieux envers les puissants, il accuse sans gêne les autres, ceux qu’il jalouse, des défauts dont lui-même est perclus.
Une des planches du praticable relevée devient le bureau devant lequel il s’installe, arrivant au ministère, pour tailler les crayons du directeur de la section des copies… et ceux de sa fille dont il surveille le petit chien depuis ce jour où il l’a entendu parler l’animal. Dans l’espoir, bien sûr, d’obtenir des informations susceptibles de lui assurer de conquérir la maîtresse.
Beaucoup de rêves pour ce petit fonctionnaire quarantenaire frustré, rongé jusqu’à l’os par la médiocrité de cette vie bureaucratique et qui sombre doucement dans la folie, comme le relève son journal intime.
Magnifique performance de Ronan Rivière qui traduit dans son corps, l’entortillement mental du personnage, dans sa façon de se tenir, de s’asseoir ; il rend la douce descente vers la folie en adoptant des postures improbables, s’allongeant, en tension sur le vide, entre le praticable et le piano, notamment. Démarches saccadées, revirements brusques, il sait aussi nous émouvoir et nous impliquer quand il monte dans les gradins pour un soliloque parmi le public.
Amélie vignaux, dans le rôle de la confidente, de la narratrice parfois, ainsi que d’autres rôles secondaires est également excellente comme contrepoint. Son interprétation, sobre mais chargée d’émotion, prolonge la tension dramatique sans jamais empiéter sur la voix intérieure du protagoniste.
L’accompagnement musical d’Olivier Mazal au piano — avec des pièces de Prokofiev — intensifie l’atmosphère à la fois poétique et troublante de la mise en scène, souligne les ruptures, accompagne les glissements vers la folie, et contribue à l’envoûtement du spectacle.
Une adaptation réussie, drôle et émouvante de ce classique russe.
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Crédit photo : Ben Dumas
Adaptation et mise en scène : Ronan Rivière
Comédiens : Ronan Rivière e Amélie Vignaux
Musicien : Olivier Mazal
Théâtre Le Petit Louvre
Du 4 au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) à 17h25
Durée: 1h15
Billetterie Téléphonique : 04 32 76 02 79

Crédit photo : Ben Dumas