Le médecin malgré lui (pour Tom dans la cuisine)

De Molière
Mise en scène: Gilles Droulez

Le « Médecin malgré lui » pour un unique spectateur, à la façon d’une leçon particulière ; c’est la chance qui s’offre ce soir à Tom dont les parents, et le parrain, sont comédiens. Car cela tombe bien ! Cette pièce que le chenapan est censée avoir lue pour demain, ils la connaissent par cœur… ou en tous cas, la connaissaient par coeur du temps où ils la jouaient. Pour sauver la scolarité de Tom, mais aussi par nostalgie, les trois  comédiens vont donc lui représenter la pièce, à trois, dans la cuisine… Mais seulement le début, hein !… Pour le reste, Tom doit apprendre à faire lui-même ses devoirs … Pour une proposition originale, elle n’est cependant pas si nouvelle puisque Molière lui-même dans L’Impromptu de Versailles, se mettait déjà en scène avec sa troupe en train de répéter dans l’urgence. Ici, l’urgence n’est plus royale, elle est scolaire.

Les trois adultes vont cependant très vite se révéler quelque peu présomptueux quant à leur souvenir du texte, surtout le père. Ce décalage offre les premiers apports comiques de la pièce autour de la pièce: la mémoire flanche, les répliques se mélangent, et les comédiens doivent improviser pour combler les trous. Ils rencontrent également quelques difficultés à interpréter tous les personnages… surtout quand leur nombre dépasse le chiffre trois. Mais l’imagination de nos trois sauveteurs sera stimulée par le plaisir de jouer et secourue par la diversité des ressources disponibles en cuisine. Privée de coulisses, de costumes et d’accessoires d’époque la mise en scène renoue magistralement avec la pure tradition de la farce, un genre  qui repose sur l’énergie du corps, la rapidité des entrées et sorties, et des archétypes forts.

La compagnie Les Affamés s’en donne ainsi à cœur joie pour restituer l’énergie physique de l’œuvre, à commencer par ses mythiques bastonnades, les fameux coups de bâton, indispensables au genre et qui ponctuent les disputes du couple Sganarelle-Martine avant de transformer le bûcheron en médecin. Les ustensiles de cuisine, détournés de leur usage premier, se transforment en armes de comédie redoutablement rythmées. C’est une violence chorégraphiée cathartique, qui fait éclater de rire le spectateur.

Un spectacle idéal pour les scolaires dont beaucoup (trop) se reconnaîtront dans l’élève qui cale aux lectures imposées des classiques et que la compagnie Les Affamés réconcilie avec Molière en démontrant que son théâtre n’est pas une matière morte figée dans les manuels, mais une oeuvre vivante et profondément joyeuse. En effet, les trouvailles très drôles des Affamés réinventent les « lazzi » -ces gags visuels et gestuels typiques de la Commedia dell’arte, que ce soient les différents ustensiles de cuisine venant à la rescousse (comme la serpillière servant de perruque, ou un moule à tarte inversé et percé porté comme une fraise XVIIe siècle) ou les commentaires humoristiques des trois comédiens en distance avec le texte. La mise en scène n’édulcore pas non plus l’aspect volontiers grivois et gaillard de la farce d’origine. Molière aimait le comique de situation teinté d’une sensualité populaire, en témoigne, la fixation du faux médecin sur la poitrine généreuse de la nourrice Jacqueline et ses répliques à double sens

Au début de chaque acte un petit résumé de la situation favorise la compréhension de l’oeuvre par Tom… et le public. Idem Quant à l’explication de certains mots de vocabulaire (apothicaire, fraise, etc.) souvent de façon humoristique. Certaines scènes peu importantes sont également évincées. Ce resserrement n’enlève rien à la pièce ; au contraire, on se concentre sur les situations comiques. L’essence de la comédie est là et l’esprit de Molière dans sa critique de la charlatanerie médicale. Voilà une comédie jouée de façon réellement drôle et accessible à un public d’aujourd’hui sans rien perdre de la saveur et du mordant de l’auteur. Les comédiens ont su tirer de cette comédie mineure de Molière tout le le jus comique. Finalement, cette relecture culinaire prouve une chose : 350 ans plus tard, la recette de Molière fonctionne toujours à merveille.
De quoi donner envie à Tom – et à tous les autres – de dévorer la suite du livre, non plus par obligation, mais par pure gourmandise littéraire.

 


Mise en scène: Gilles Droulez
Interprétation: Laurent Andary, Fanny Corbasson, Gilles Droulez.
Costumes: Anne-Sophie Verdière

Avignon Off
du 4 au 25 juillet à 11h20
THEATRE  LE CABESTAN
Durée : 1h20

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *