Louison et monsieur Molière

De et mis en scène par Axelle Masliah
D’après le roman de Marie-Christine Helgerson (publié en 2001)

Dans son roman, Marie-Christine Helgerson s’est inspirée de l’histoire vraie d’une comédienne, la 35ème sociétaire entrée à la comédie française. Fille de comédiens lyonnais, invités par le roi à intégrer la troupe de Molière, la petite Louison rêve d’exercer le métier. Elle se fait remarquer par Molière, un soir que le maître est invité à dîner, en imitant le singe, et lui inspirera le rôle de la petite soeur dans « Le malade imaginaire ». Cependant, la route est encore longue pour la petite ambitieuse mal-aimée de sa marâtre de mère.

Marie-Christine Helgerson a fixé le caractère de ses personnages selon des prototypes tirés des contes de fée : méprisée par sa mère qui martyrise également son mari, la petite Louison est un genre de Cendrillon qui trouve réconfort auprès de la bonne fée qui est la servante. Dans cette adaptation, les comédiens interprètent parfaitement ces caractères bien tranchés. Louison Beauval, avantagée par sa frêle silhouette, incarne de façon incroyablement crédible la petite espiègle de 10 ans ; mue par une énergie de 100 000 volts, sa puissance physique lui permet de virevolter, ramper, trépigner sur le plateau tout en conservant son souffle et sa finesse de jeu. Les autres comédiens sont au diapason, tous immédiatement impeccables dans leur rôle ; dès les premiers mots on saisit la nature du personnage: la mère acariâtre, le père débonnaire et soumis, la servante tout en rondeur et compréhension. Les enjeux apparaissent également de façon limpide et l’amalgame de la petite histoire (la petite Cendrillon qui veut devenir comédienne) à la grande (Molière, son théâtre et celui de l’époque) est parfaitement réussi. Une simplicité peut-être inspirée du genre du roman jeunesse et du théâtre de tréteaux (ce spectacle a aussi été joué en plein air) qui rend hommage aux origines du théâtre de Molière dont on sait qu’il fut marqué dans son enfance par celui des Italiens de la Commedia dell Arte.

Et puisqu’il est question d’enfance, la metteuse en scène a convoqué des marionnettes pour jouer les figurants dans quelques scènes ; un cadre faisant office de castelet. L’esprit du théâtre de tréteaux imprègne le décor, massif au premier coup d’oeil, mais apprivoisés par les comédiens qui montent et jouent dessus, y compris sur un piano démesurément long qu’on fera pivoter. Les trouvailles humoristiques qui pimentent le spectacle (avec notamment, les contrepoints comiques du père) trouvent également une déclinaison dans cette scénographie avec la minuscule chambrette de la pauvre Marion, sarcophage malingre planqué sous les tréteaux, qui éclairé tout à coup devient l’émouvant lit de mort de Molière ou encore cet autre cadre qui se transforme en miroir loge quand les ampoules qui le bordent s’illuminent.

Dans cette même veine du théâtre populaire, les comédiens nous amusent de quelques décrochages adressés au public, pris pour les autres candidats à la comédie française, concurrents de Louison devenue demoiselle, ou comme destinataires du tract du spectacle (on est à Avignon et le souci de remplir la salle fait partie du jeu). La vie et l’histoire du théâtre et de ses acteurs sont d’ailleurs bien rendus dans le texte avec des scènes marquantes sur leur rejet par L’Église (la mort de Madeleine obligée de se repentir pour être enterrée chrétiennement et la petite Louison renvoyée de l’école  par les soeurs car fille de comédiens, dans une scène surréaliste rehaussée de voix caverneuses en off). Louison rejetée de partout, l’importance d’apprendre à lire et son parcours jusqu’à la comédie française forment les éléments de ce petit roman de formation, très populaire dans les bibliothèques de collège depuis 2001, date de sa parution. On s’attend donc à un public de trentenaires nostalgiques, mélangé aux enfants, mais pas du tout ; ici au festival d’Avignon, l’âge des spectateurs était celui des habitués du théâtre ; peu d’enfants présents dans la salle comble. Pour ce spectacle résolument tout public, la compagnie peut donc fonder beaucoup d’espoirs pour la suite …

Equipe artistique:

Axelle Masliah – Mise en scène
Géraldine Kannamma – Collaboration artistique
Valérie De Monza, Marjorie Dubus, Damien Jouillerot, Emmanuel Lemire, Axelle Masliah, Louise Rebillaud – Interprétation
Lucien Guêné – Création son
Moïse Hill – Création lumière
Antoine Milian – Scénographie
Maxence Rapetti-Mauss – Costumes

Avignon OFF

 du 4 au 25 juillet à 11h55    (relâche les 9, 16, 23 juillet)
Durée : 1h20
 LE PETIT LOUVRE (Chapelle des Templiers) – Mois Molière

 

 

 

 

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