La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro

De Beaumarchais
Mise en scène Alain Françon

On l’oublie souvent, mais le Mariage de Figaro s’inscrit dans un triptyque.

Avant lui, le très réussi et très comique Barbier de Séville, qui se donne toujours (et actuellement sur la scène parisienne) pour la plus grande joie du public. Après lui, le plutôt raté et trop mélodramatique Mère coupable, qui ne se donne plus du tout, pour la plus grande joie du public. Il est très utile d’avoir vu le premier opus, et d’avoir au moins lu le dernier pour véritablement comprendre le projet de Beaumarchais et l’évolution de ses personnages.

Quelle est l’histoire du Mariage ? Disons simplement que ceux qui la connaissent déjà n’ont pas besoin de se la voir rappeler, et que ceux qui la méconnaissent ne souhaitent pas qu’on leur divulgue. Alors passons directement à cette nouvelle mise en scène que nous offre Alain Françon à la Porte Saint Martin.

Si l’on en croit Beaumarchais, en France tout finit toujours en chanson. Cela sied parfaitement à Françon pour qui tout commence avec une partition, celle du texte. Beaumarchais, en plus d’avoir inventé en tant qu’horloger le premier système permettant de donner l’heure exacte à tout moment de la journée, d’avoir armé suffisamment de navires  – et la cause des insurgés américains auprès du Roi – pour être un acteur majeur dans la création des États-Unis d’Amérique, d’avoir créé le principe et l’effectivité des droits d’auteur, servi d’espion et d’ambassadeur royal, fait fortune en partant d’assez bas, et d’avoir jeté sur les planches du théâtre et aux yeux du public les premières flammes de la révolution française… était aussi un excellent musicien (maître de musique des filles du roi). Il y a donc beaucoup de musicalité dans son style, et aussi de musiques dans son théâtre (qui flirte toujours avec le vaudeville et l’opéra bouffe).

DR JL Fernandez

Le fils Caron et Alain Françon ne font donc pas  que rimer ensemble, ils vont aussi de concert.

Peut-être plus que dans d’autres de ses mises en scène, les parties chantées ou l’intervention d’instrumentistes (un violon noble, et un accordéon populaire qui viennent rejouer le duo de Figaro et d’Almaviva) structurent la représentation. Il faut également y ajouter la chorégraphie. Essentiellement supportée par le jeu de Suzanne (Ana Blagojevic) véritable comédienne/danseuse, mais aussi par plusieurs mouvements dansés en groupe. À une exception près, il ressort d’ailleurs de la réception que j’ai de ce spectacle une impression d’ensemble, très réussie, plutôt que des performances d’acteurs isolées. Comme presque toujours, Alain Françon est partout présent, et toujours invisible.

DR JL Fernandez

Le travail de lecture pour rendre intelligible un texte et une intrigue (assez emberlificotée et souvent mal explicitée), c’est lui.   La spatialisation des acteurs, qui sont toujours là où il faut pour s’adresser au partenaire et au spectateur (et systématiquement dans des tableaux d’ensemble qu’on ne retrouve que chez les grands peintres), c’est lui. La cohérence des moyens scéniques (scénographie, costumes, lumières, sons et musiques…) c’est encore lui.

Je disais « à une exception près », car si Vincent de Dedienne ne démérite pas (montant en puissance au fur et à mesure du spectacle) dans son Figaro, c’est une fois de plus Micha Lescot qui se rend maître de nos sens et de notre raison. Il exécute un Almaviva tout à fait inédit et surprenant, tout en restant totalement juste et s’inscrivant parfaitement comme une vision possible de l’auteur. Il joue la mesquinerie avec grandeur, la bêtise des fats avec intelligence. Il a une manière de chorégraphier sa parole, et de parler avec son corps, qui n’appartiennent qu’à lui et sont un régal permanent, une jouissance de spectateur. Ce n’est pas une surprise après son merveilleux Richard II, ou sa performance dans La Collection d’Harold Pinter, mais toujours un étonnement ravi. Avec sa grande carcasse d’un Charles de Gaulle qui aurait rencontré Jacques Tati, il fait assoner d’une manière nouvelle ce dernier acte qui est bien celui des « grands marauds niais » !

Et comme il faut toujours saluer les seconds rôles quand ils parviennent à faire de chacune de leurs apparitions des contrepoints enchantés, ajoutons un couplet pour Brid’oison interprété par Éric Berger (connu du grand public pour son rôle de Tanguy au cinéma !) et Le Jardinier joué par Rodolphe Congé, qui illuminent le plateau à chaque fois.

 

De Beaumarchais
Mise en scène Alain Françon

Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky, Alix Poisson, Axel Auriant/ Nemo Schiffman (en alternance), Eric Berger, Ana Blagojević, Guillaume Lévêque, Tommy Luminet, Rodolphe Congé.

Et les apprenti·e·s du Studio Esca Lucie Baumann, Loup Cousteil-Prouveze, Maé Delegrange, Bilal El Mehia, Iliana Ferroudj, Bérénice Mchaik, Adam Plas Gragnoli
Musiciennes Floriane Bonanni* (violoniste) et Julia Sinoimeri* (accordéoniste)
*En alternance avec Noémie Schindler et Selmaccord

Dramaturgie Nicolas Doutey
Assistante mise en scène Marion Lévêque
Scénographie Jacques Gabel
Lumières Jean-Pascal Pracht
Costumes Pétronille Salomé 
Créatrice maquillage/coiffure Cécile Kretschmar
Musique Marie-Jeanne Serero
Chorégraphie Caroline Marcadé
Chant Sylvie Deguy

https://www.portestmartin.com/le-mariage-de-figaro

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