CYRANO

D’après Edmond de Rostand
Mise en scène : Bastien Ossart

 

Cyrano de Bergerac, épris de sa cousine Roxane mais affligé d’un nez démesuré, accepte à sa demande de veiller sur Christian, son rival, pendant leur campagne militaire. D’une plume étincelante, Cyrano écrit au nom du beau Christian des lettres passionnées, qui vont enflammer le cœur de Roxane. Tragiquement, Christian meurt à la guerre, emportant leur secret avec lui. Dévastée, Roxane trouve du réconfort dans un couvent, où Cyrano lui rend régulièrement visite. Des années plus tard, sur le point de mourir, Cyrano lui dévoile la vérité.

 

Une oeuvre chérie du public, vue et revue par nombre des amateurs de théâtre… ainsi que par les metteurs en scène : adaptations pour comédien seul, en commedia, clown, etc.

Ici, trois jeunes femmes sur le plateau tentent l’aventure d’animer tous les personnages du chef d’oeuvre d’Edmond de Rostand: Dans l’effervescence de  l’hôtel de Bourgogne, d’abord, ce théâtre animé et bruyant où Cyrano interrompt la pièce et défie le parterre, épée en main. Une scène enlevée, où l’art des trois comédiennes nous rassure d’emblée, parvenant à rendre la foule animée ainsi que les nombreux personnages, soutenues par un dispositif scénique évident car au plus proche de l’écriture du texte : un rideau de scène baissé et des comédiennes virevoltant dans les rangs, parmi le public. Cependant, le plus souvent, la mise en scène de Bastien Ossart déstructure et  s’échappe. Ainsi, à l’ouverture du rideau pour la scène chez Ragueneau, pâtissier des poètes, on découvre un plateau quasi nu, délicatement éclairé de plusieurs rangées de lampes en papier posées à même le sol.

Dans cet écrin poétique et raffiné, les trois comédiennes, dansent sur les pointes des sabots de la commedia (masques, adresses public), glissant du registre  comique à celui de l’émotion, se coulant dans la peau de personnages aussi nombreux et différents… que masculins. Ainsi, la tirade du nez est dite et jouée à trois. Un même personnage est interprété tantôt par l’une tantôt par l’autre des comédiennes. Beaucoup de musique, pour le souffle épique ou un soulignement humoristique.

On retrouve les pitreries, clins d’yeux et distanciations ironiques typiques de la Commédia, qui viennent abonder le registre comique de cette « comédie héroïque ». L’on est parfois surpris, notamment avec le personnage de De Guiche, ce puissant ambitieux et bien en cour qui projette de faire épouser Roxane par un sbire afin de se la réserver comme maîtresse. De Guiche est en effet affublé d’un masque simiesque allongé d’un TOC ridicule, seyant peu au personnage dont la noblesse et la magnanimité se dévoileront finalement au siège d’Arras… Mais justement cette scène a été coupée. Pourquoi, ne pas, alors, redessiner différemment le personnage ? 

Ces coupes dans le texte frustrent parfois le connaisseur mais elles ont le mérite de recentrer l’intrigue sur la tragédie amoureuse liant Roxane, Cyrano et Christian. Accordée à la poésie visuelle et sonore de la mise en scène, le choix de jouer et danser de nombreuses scènes de façon chorale, par ce trio de comédiennes formées à la danse et à l’acrobatie, laisse affleurer l’émotion et emporte le spectateur.

Une réussite ! …

Cyrano dans la mise en scène de Bastien Ossart
Cyrano dans la mise en scène de Bastien Ossart

Compagnie Théâtre Les Pieds Nus
Mise en scèn: Bastien Ossart
Interprètes: Lana-Serena de Freitas, Mathilde Guêtré-Rguieg, Louisa Decq
Régisseur: Bastien Ossart

Festival Off d’Avignon
Au Théâtre du Chêne Noir du 7 au 29 juillet (8 bis, rue Sainte Catherine – 84 000 Avignon)
Relâche: 24 juillet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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