De Georges Feydeau
Mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person
Raconter La Dame de chez Maxim ? Autant vouloir mettre en mots un feu d’artifice. D’une donnée initiale presque éculée, dont Labiche avait fait un si brillant usage dans L’Affaire de la rue de Lourcine, Feydeau tire une apocalypse de quiproquos catastrophiques dont on a pu juger qu’elle constituait « Le Soulier de satin du vaudeville ».
Un homme s’est endormi chez lui et se réveille sans reconnaître la femme qui est dans son lit. Voilà comment commence La dame de chez Maxim. Inversement proportionnelle au cauchemar qui s’ensuit, l’équation de départ, chez Feydeau, est toujours d’une extrême simplicité. Comme s’il donnait d’abord au spectateur et à l’acteur la règle du jeu qu’il se donne à lui-même en écrivant : tout part de presque rien, on avance et on verra bien. La pièce commence donc par le ronflement d’un homme qui dort et que l’on vient réveiller. Le docteur Petypon a la gueule de bois. Il a tout oublié des actes de sa nuit passée à boire chez Maxim et dont il va subir les effets, au sein même de sa chambre, où son domestique Étienne semble vouloir faire entrer le monde entier : son meilleur ami, sa femme, son oncle, son cousin, un militaire, et le balayeur de la rue Royale. Mais Petypon a aussi oublié la danseuse du Moulin Rouge qu’il a ramenée avec lui et qui se réveille dans son lit. La Môme Crevette surgit dans ce monde, enfermé à force de protection, comme un petit cheval de Troie du désir et de l’insoumission.
Électron libre aux allures de gavroche et toujours bord cadre, elle ne jouit que des dégâts qu’elle cause et de l’amour qu’elle inspire.
Il est des pièces que le répertoire charrie avec une fidélité presque chronique, des classiques dont la résurrection annuelle réunit toujours un public fidèle. La Dame de chez Maxim, qui occupe les planches du Lucernaire en cet été 2026, s’inscrit précisément dans cette catégorie : un exercice de style dont on connaît par cœur les ressorts, les chutes et les inévitables quiproquos.

La mise en scène tente, à propos, de maintenir le rythme effréné que Feydeau exige, ce tempo d’enfer, sans lequel le boulevard s’étiole. On sent la volonté de la troupe de saturer l’espace, de multiplier les entrées et les sorties avec une ardeur qui force le respect, mais qui, par moments, frise la fébrilité. Cette énergie, si elle est indispensable pour maintenir le spectateur en éveil, finit par masquer la finesse d’un texte qui, sous le vernis de la pochade, offre pourtant des perspectives plus acides sur la bourgeoisie de la Belle Époque. Les bruitages sonores omniprésents, les effets lumière démultipliés donnent parfois plus le tournis qu’ils ne produisent d’effets réellement comiques. Il faut garder à l’esprit que c’est un projet issu de l’École du Lucernaire avec vingt-et -un anciens élèves, et par conséquent en voie de professionnalisation. La « Môme Crevette » est jouée avec vigueur, le Docteur Petypon avec la panique convenue, le tout formant un ensemble cohérent. Les gags s’enchaînent dans une atmosphère très cartoonesque et déjantée. Cependant, la suppression d’environ 1h30 sur le texte original nuit forcément à la compréhension globale des quiproquos, et à l’humanité des caractères.
Le public du Lucernaire répond quoi qu’il en soit présent, goûte cette mécanique effrénée, et les rires fusent. Il y trouve le plaisir d’un théâtre de divertissement qui ne cherche ni à inventer, ni à questionner. Pour ma part, je reste un peu sur ma faim. Ce Feydeau samplé en mode blender sous amphétamine est toutefois remarquable par l’implication des comédiens qui se donnent sans compter et suivent la Môme Crevette dans sa folie communicative !
De Georges Feydeau
Adaptation Philippe Person
Mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person
Assistant mise en scène Tom Bouchardon
Avec : PAUL ANSART DE LESSAN, JULIEN BELOTTI KOLLY, EVELYN BLEDNIAK, DORIAN BOURGOIN-JAL, CLÉMENT CHARTIER, HELIAS CORBEAU, JULIA DAILLES, JEAN GÉRALD DUPAU, ARIANE FABIUS, MURIELLE GANDAIS, ERINE LUCAS, AURORE MAYRAN DE CHAMISSO, LUDIVINE MONTAGNE, NINA PATENOTTE, NATHAN POL, TESSA RIBAULT, PAULINE ROYER, PENDA TRAORÉ, MAXIME VILLOT, LOUISON VRIGNAUD.
