MASONN

Chorégraphie de Max Diakok

Danse urbaine enracinée dans la tradition du Gwoka, Masonn offre une étonnante variation originale et libre sur le thème de l’altérité. Du son et de la gestuelle du Gwoka, danse née en Guadeloupe à l’époque de l’esclavagisme, Max Diakok a gardé l’essence rebelle et émancipatrice. Les danseurs se cherchent et se dessinent en solo, en duo ou à plusieurs, martelant le sol d’un pied guerrier, cherchant jusqu’à la désarticulation la capacité des corps à exister en entrant en relation avec l’autre. La chorégraphie explore le cheminement de cette ouverture, se faisant l’écho des limites et des frustrations que le corps de l’autre nous impose. Organique et vivifiante, portée par une bande son originale qui emprunte au Gwoka comme à la house, la chorégraphie trouve des points de rupture et d’harmonie, en intégrant des jeux d’ombre et de lumière, fruit du somptueux travail vidéo-scénographie de Claudio Cavallari. Le mur (Masonn en créole), réel ou illusoire, s’il est brisé, devient la condition d’un rapport harmonieux à l’autre. Max Diakok réussit son pari de vivifier et de magnifier une expérience du Gwoka intime et puissante en l’intégrant à la modernité du hip-hop.

         

Chorégraphe : Max Diakok
Interprètes : Esther Trusendi – Eva Julliere, Omar Cretella – Yann Brelle (Presher Blue)
Vidéo-scénographie : Claudio Cavallari
Lumières : Anthony Valentin
Composition de la bande originale: Rico toto
Interprètes bande-son : Jaklin Étienne, Nathalie Jeanlys, Franck Nicolas, Olivier Juste et Rico Toto
Costumes : Peggy Housset

 

Masonn en Avignon au théâtre de l’Oulle, tous les jours du 7 au 29 juillet 2023 sauf le lundi à 19h.

TEASER MASONN : https://vimeo.com/482842388

                                                                                              Anna Kohn

Les Bonnes de Jean Genet

Mise en scène de Bea Gerzsenyi

Qu’est-ce qu’un classique au théâtre ? Un texte abyssal qu’aucune représentation ne clôt, interprétable à l’infini et dans tous les sens possibles. La mise en scène de Bea Gerzsenyi confirme la virtuosité de l’écriture des Bonnes de Jean Genet. Cela est certes le moindre des hommages rendu au génial littérateur. De quoi y est-il véritablement question ? De domination de classe, de ressentiment social, de jalousie sororale, de haine de soi, de délire psychotique ? A l’évidence, de tout cela à la fois et de bien d’autres choses encore. La metteuse en scène investit ce texte hypnotique et vertigineux avec une grâce subtile. La cérémonie des deux sœurs convoque danse, combat, cris et hurlements, dans un déferlement de violence qui va crescendo jusqu’à l’enfantement de la monstruosité. Organique et subtilement pervers, cette mise en scène au bord de la transe s’accorde à merveille avec le texte de Genet qui distille savamment les accents de la folie haineuse. Solange se délecte en pensée du crime à venir  : « ll faut rire. (…) Sinon le tragique va nous faire nous envoler. L’assassinat est une chose… inénarrable ! Chantons. Nous l’em­porterons dans un bois et sous les sapins, au clair de lune, nous la découperons en morceaux. Nous chanterons ! » Et les sœurs sont dans une telle communion que l’on ne sait plus parfois laquelle parle, sentiment que les jeux de miroir    de la scénographie réfléchissants viennent corroborer. Madame avait la même intuition de sœurs siamoises. « Claire ou Solange, vous m’irritez – car je vous confonds, Claire ou Solange, vous m’irri­tez et me portez vers la colère ( …) »  clame Claire, » ou « Madame a soigné Claire ou Solange, car Madame nous confondait toujours » surenchérit Solange. La beauté plastique de l’espace scénique, du décor réifié de Madame au gazon bleu attestent d’une vision très particulière de la visée de cette pièce canonique. 

Haïr engendre le monstre en nous semble nous dire l’artiste. Les comédiennes forment un duo fascinant et électrique, tout en contraste et en fusion. La fragilité de l’une (Grace Lynn Mendes alias Claire, la douce) se mue insensiblement en force quand la violence de l’autre à son égard (Sabrina Bus alias Solange, la folle) atteint un degré de rage démentielle. Mais la violence verbale et physique est finalement telle qu’elle accapare  les sœurs monstrueuses dans un même mouvement.

Les ambitions de la mise en scène  sont grandes et ouvertement politiques. Venue d’une Hongrie devenue illibérale, ce qu’il faut entendre comme  ouvertement anti-démocratique, on sent à l’évidence chez Gerzsenyi l’envie d’en découdre avec l’institutionnalisation de la haine que les autocrates du moment ont créé. On sait que haïr l’Autre, le différent, le particulier est devenu la pierre de touche des Poutine, Orbán et consorts. Les Bonnes de Bea Gerzsenyi ne donnent—elles pas à voir et à penser cette haine qui corrompt les cœurs et les esprits ? L’exclusion sociale, raciale ou de genre s’affiche en couleurs, en rose et bleu, en noir et blanc. L’intensité de ce drame sororal portée par des comédiennes habitées fera à coup sûr parler de lui cet été en Avignon.

        Anna Kohn

Bouffon Théâtre le 16 juin à 20h et à l’Espace Alya, du 06 au 28 juillet 2022, 31 bis rue Guillaume Puy, Avignon,   Réservation obligatoire au 04 90 27 38 23,  6 au 28 juin 2022 (relâches les 12, 19 et 26 juillet).

Photos Copyright Artykfilm

CE SOIR JE N’AURAI PAS SOMMEIL

Mise en scène : Anne Carrard

 cause du vent qui souffle sur les visages, de la rumeur assourdissante de l’océan, de la sensation de l’eau sur les corps gorgés de sable et de soleil.

Petite variation sur les vacances en bord de mer, la pièce se joue à trois personnages en une succession de tableaux oniriques et burlesques. On pense souvent à Tati et à sa capacité à redonner grâce à la vie quotidienne, à sublimer poétiquement les petits riens. On aime le ballet loufoque des corps qui font un avec les éléments reconstitués- un ventilateur pour le vent, un arrosoir pour le bain de mer, on aime aussi l’absence de paroles qui rend les gestes et les postures éloquents.

En quelques tableaux doux dingues, la pièce  narre quelques heures de la journée et de la nuit de deux femmes et d’un homme en proie à la douceur d’un jour d’été et d’une nuit impossible. De l’inévitable partie de cartes propice à la bagarre, aux règlements de compte à coups d’écharpes colorées, à la séance de cinéma rétro. « Ce soir je n’aurai pas sommeil » nous emporte dans un univers parallèle qui sait ressusciter la sensualité des jours d’été et les petits miracles du bord de mer. 

 

Mise en scène : Anne Carrard

Interprètes : Sabrina Bus, Benjamin Candotti-Besson, Lorelei Dalze. 

Chapelle des Italiens du 12 au 28 juillet en Avignon.

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Catégorisé comme Théâtre