LE JOURNAL D’UN FOU

Le journal d'un fou au Peit Louvre - Avignon OFF 2025

de Nicolaï Vassiliévitch Gogol
Adaptation et mise en scène de Ronan Rivière

Un petit praticable en pente, constitué de larges planches de bois sur diverses hauteurs fournit le décor du petit univers dans lequel évolue Aksenty Ivanovitch Poprichtchine,  fonctionnaire recroquevillé et discret de Saint-Pétersbourg. Il se lève et commande à sa servante, certainement la modeste concierge de l’immeuble, son petit déjeuner et son habit avant de courir affronter son destin du jour.

Malingre et serré dans un costume trop court, l’assesseur titulaire  Aksenty Ivanovitch, mène une vie étriquée au plus bas de l’échelle des grades du système bureaucratique de la Russie impériale.  Méprisé par ses supérieurs, ignoré par la société,  ce nobliaux se sent une âme digne des plus formidables réussites ; il rêve de grandeur et de distinction. Fort avec les faibles, obséquieux envers les puissants, il accuse sans gêne les autres, ceux qu’il jalouse, des défauts dont lui-même est perclus.

Une des planches du praticable relevée devient le bureau devant lequel il s’installe, arrivant au ministère, pour tailler les crayons du directeur de la section des copies… et ceux de sa fille dont il surveille le petit chien depuis ce jour où il l’a entendu parler l’animal. Dans l’espoir, bien sûr, d’obtenir des informations susceptibles de lui assurer de conquérir la maîtresse.

Beaucoup de rêves pour ce petit fonctionnaire quarantenaire frustré, rongé jusqu’à l’os par la médiocrité de cette vie bureaucratique et qui sombre doucement dans la folie, comme le relève son journal intime.

Magnifique performance de Ronan Rivière qui traduit dans son corps, l’entortillement mental du personnage, dans sa façon de se tenir, de s’asseoir ; il rend la douce descente vers la folie en adoptant des postures improbables, s’allongeant, en tension sur le vide, entre le praticable et le piano, notamment. Démarches saccadées, revirements brusques, il sait aussi nous émouvoir et nous impliquer quand il monte dans les gradins pour un soliloque parmi le public. 

Amélie vignaux, dans le rôle de la confidente, de la narratrice parfois, ainsi que d’autres rôles secondaires est également excellente comme contrepoint. Son interprétation, sobre mais chargée d’émotion, prolonge la tension dramatique sans jamais empiéter sur la voix intérieure du protagoniste.

L’accompagnement musical d’Olivier Mazal au piano — avec des pièces de Prokofiev — intensifie l’atmosphère à la fois poétique et troublante de la mise en scène, souligne les ruptures, accompagne les glissements vers la folie, et contribue à l’envoûtement du spectacle.

Une adaptation réussie, drôle et émouvante de ce classique russe.

 Crédit photo : Ben Dumas

Adaptation et mise en scène : Ronan Rivière
Comédiens : Ronan Rivière e Amélie Vignaux
Musicien : Olivier Mazal

 

 

Théâtre Le Petit Louvre
Du 4 au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) à 17h25
Durée: 1h15

Billetterie Téléphonique : 04 32 76 02 79

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L’EAU-LÀ

Création collective

Les romanciers mais les autres aussi, les documentaristes, les scientifiques, etc. souvent l’avouent : ils apprécient de s’adresser au jeune public. La contrainte de simplicité est salutaire. On va à l’essentiel, et aller à l’essentiel au théâtre, c’est souvent retrouver l’expression du corps, l’enfantine joie de jouer. Une joie de jouer qui virevolte dans ce spectacle, un feufollet qui vient, l’impertinent, fourrer son nez partout dans ce défilé de scènes qui, tel un inventaire à la Prévert, nous régale de musiques, chansons, danses (classique mêlée de hip-hop), mimes, participation du public, leçon de choses, etc.

Ou alors, comme l’eau, celle qui s’échappe, qui fuit, qu’on n’arrête pas, profitant  du moindre interstice pour s’écouler, jaillir et tout imprégner… puisque tel est le thème de ce spectacle, pensé comme un vecteur de réflexion et discussion autour de cet élément fondamental (« L’eau n’est pas nécessaire à la vie, elle est la vie » Saint-Exupéry). Beaucoup des systèmes de distribution des eaux souffrent en effet des maux de la vieillesse, comme la goutte : les fuites sont nombreuses, le gaspillage aussi. On montre aux enfants, les principaux problèmes qui affectent les systèmes de retraitement des eaux (les déchets qui bouchent les canalisations comme les lingettes, les  micro-pollutions produites par les mégots, le plastique, etc.), une leçon de choses concrète et sans façons ; le spectacle sensibilise, agitant quelques drapeaux rouges ; le cours ou l’atelier pédagogique c’est pour après.

Le collectif Théâtre du Fleuve vise avant tout la création d’un spectacle poétique et drôle à partir d’un sujet qui ne l’est pas : Le traitement des eaux, cette eau, quotidienne et s’écoulant si banalement sur demande (le tuyau rouge, le tuyau bleu!) et pourtant issue d’un système de traitement long, méconnu et sophistiqué. Dans cet éco-industrialo-système, réinventé par la scénographe Cécile Gasseng à partir d’éléments ramassés dans la rue, surgissent des personnages joyeux et colorés, eux aussi, comme l’Avaloir, Quasimodo des eaux vivant dans les égouts. Théo Barbe, le comédien, danse chante et mime avec Julie Hercberg (interprète de Lola, le chaperon rouge dirigeant l’usine de traitement des eaux) autour de la danseuse Angie Borel. Une interprétation très corporelle -bravo!- et on sautille gaillardement, comme sur les pierres d’un ruisseau, du hip-hop au classique, de l’humour à la poésie  ; on s’abandonne à rêver sur les très belles chorégraphies d’Angie Borel portées par les musiques de Maeva Michel (avec la participation de la chanteuse Zaz, marraine de ce collectif né -les inconscients!- juste avant le COVID). Quelle joie de venir avec ses enfants ou petits-enfants, de les voir sourire à ce qui nous ravit nous aussi et en discuter ensuite avec eux !

Un spectacle tous publics et même plus.

 

Distribution :
Théo Barbe – comédien / metteur en scène
Julie Hercberg – comédienne / metteuse en scène
Angie Borel – interprète / chorégraphe

Scénographie : Cécile Gasseng
Création musicale : Maeva Michel avec la participation de la chanteuse « zaz »
Création lumière : Alex Lagardere
Costumes : Vanessa Cottereau
Visuel : Marine Adam

 

Du 4 au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) – 10h30 à la FABRIK THÉÂTRE (impasse Favot – Avignon)
Durée 55min

 

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LE PREMIER HOMME

Affiche du spectacle "Le premier Homme" au théâtre du Roi René Avignon OFF 2025

De Hugues Leforestier
Mise en scène collective

On a connu plus racoleur pour un titre de comédie. Pourtant, c’est une comédie ; le titre en a peut-être été soufflé à l’auteur par le personnage principal (on converse beaucoup entre auteur et personnages dans l’atelier imaginaire de l’écriture), l’un des deux protagonistes de cette histoire, et de ce couple, bref: de cette histoire de couple.
Le mari, donc, prof de philo, aurait pu intituler ainsi l’un de ces ouvrages (même s’il semble n’en avoir publié qu’un seul, mais quand même « il a écrit »).
Le mari donc, héros tragique de ce spectacle, puisque c’est sur lui que s’abat la foudre du destin, est un homme tranquille, cinquantenaire satisfait et confortablement installé dans la posture de celui qui a coché toutes les cases du catéchisme de gauche (progrès social, égalité, émancipation) ; dans son couple, il a toujours partagé les tâches… Du moins le croit-il.
Le mari, donc, cet homme de gauche qui a réussi, va basculer dans la situation bien moins confortable du « premier homme », un monde dans lequel notre homme va lutter pour manger, porter du ligne propre et repassé, apprendre, se construire comme un « premier homme » dans une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité.
Eh oui ! Comme il a dû le chanter dans ses jeunes années -sans prendre les paroles réellement au sérieux- « la femme est l’avenir de l’homme ». Manque de bol, l’avenir finit par frapper à leur porte et c’est le début de la fin. Madame va devenir ministre.
Et pas l’un des moindres puisqu’il s’agit du maroquin de La défense. Monsieur, -anti-militariste patenté- est servi!
Et il va déchanter, monsieur, en découvrant un monde inconnu : celui de sa femme, qui ne lui avait rien dévoilé de ses activités politiques, pour ne pas le contrarier certes mais aussi certainement car elle ne percevait ni intérêt ni encouragement de sa part. Autre surprise: le vrai quotidien de la face cachée de l’humanité, celle qui, modestement, trime dans l’ombre derrière tout homme qui a réussi, tel lui, l’homme de gauche qui croyait de si bonne foi, faire sa part.

Une comédie sociale où l’on rit beaucoup… et utile ! Les dialogues sont pétillants ; on rebondit sur les quiproquos, sans s’y attarder. On s’appesantit, parfois un peu trop, par contre, sur les leçons féministes ; les situations parlant en effet pour elles-mêmes, Nul besoin de ponctuer par un discours… mais si ces points sur les i sont attendus par le public, alors passons sur ce cabotinage textuel. Car la pièce -l’enchaînement des faits et les dialogues- est très bien écrite. On sent, par l’habileté avec laquelle il nous sert prétexte à rire, l’auteur très informé des arcanes de la politique et de la géopolitique.

Texte: Hugues Leforestier
Mise en scène: création collective
Collaboration artistique: Jacques Décombe

Avec Nathalie Mann et Hugues Leforestier

Lumières Maurice Fouilhé

Du 5 au 25 juillet 2025 au Théâtre du Roi René – Avignon OFF
Relâches les mercredis

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