L’ÉQUATION

Drôle de proposition au Théâtre de la Reine Blanche ce printemps ! Une tentative comique et cosmique d’hybridation tout azimut qui serait le fruit d’une collision entre l’inconscient de Schrödinger et de son chat !

Le spectacle de Fabio Alessandrini aurait pu s’intituler « Mémoire du temps ». Il incarne cette mémoire, tantôt primate, tantôt étoile ou atome, méduse ou tout simplement homme. Il remixe le tout en théâtre, musique et images vidéos projetées comme un un album de famille, du Big-bang à nos jours. Il y est question d’évolutionnisme et de notre relation à l’animalité ;  d’Einstein et de Hawking … Tout cela donne souvent le tournis et on on ressort moins imprégné de savoir scientifique que de poésie.   Fabio Alessandrini joue un photon avec autant de plaisir qu’un trou noir spaghettifiant son corps à l’envie. Il n’y a pas ici à proprement parler « histoire », mais « Histoire », personnage mais incarnation, de théorèmes, phénomènes astrophysiques, ou cellulaires. Des interaction permanentes avec des projections vidéos servent moins de support pédagogique que de surface sensible à l’émotion microcosmique et macrocosmique.

Une performance humaniste aux effets psychotropes qui s’adresse à la fois à l’ange et à la bête.

 

photos F. Alessandrini

TEXTE Librement inspiré de nouvelles de Franz Kafka + Italo Calvino & d’œuvres scientifiques
DE et  AVEC  Fabio Alessandrini
REGARD EXTÉRIEUR Karelle Prugnaud
COLLABORATION ARTISTIQUE Riccardo Maranzana
CRÉATION VIDÉO Claudio Cavallari
LUMIÈRE Jérôme Bertin
SON Nicolas Coul

Du 29/03/2019 au 28/04/2019
Théâtre de la Reine Blanche – 75018 PARIS

 

BELLS AND SPELLS

De Victoria THIERRÉE CHAPLIN

Victoria Thierrée Chaplin, Aurélia Thierrée et Jaime Martinez nous invitent à un beau et nécessaire voyage au Théâtre de l’Atelier. Nécessaire car il permet de purger le corps, l’âme et l’esprit de trop de théâtre de texte et d’histoire. Ici pas de texte et une histoire que l’on construit, ou pas, à partir de dérives imaginaires propres à l’inconscient. On suit bien sûr les tribulations fantasmagoriques d’une femme, mais il n’y a de fil que celui d’Ariane qui permet de sortir du labyrinthe. Et cela fait du bien. Beau car ils insufflent en tout la poésie la plus pure et la plus émouvante. Et cela fait du bien aussi, à notre époque où le premier degré est suspect, et la dérision la règle. Ils créent des formes, des gestes, et des images, hybrides, enfantines, magiques. Oui car la magie est un moteur essentiel de leur créativité. Pas une magie époustouflante et spectaculaire, mais baignant dans une atmosphère 1900 qui imprègne tout le spectacle de la nostalgie d’une ère non technologique. Le théâtre d’objet est également à l’honneur. Objets volés, volant, tournant, détournés. Ils se muent souvent en un bestiaire fantastique et inquiétant semblant sortie d’un tableau de Bosch, Dali, ou Magritte. Car la peinture est aussi très présente. La femme devient tableau, ou entre dans un tableau, abolissant toutes frontières entre réel et imaginaire.

Bells and Spells est une œuvre inclassable et mutante. Une merveille surréaliste et burlesque, magique et poétique. Un monde monstrueux et rassurant où on se déplace en dansant pour échapper à toute certitude.

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photos Lucie Jansch

De Victoria THIERRÉE CHAPLIN

Avec

Aurélia THIERRÉE et Jaime Martinez

Chorégraphie Armando SANTIN

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin 75018 Paris

Du Jeudi 7 mars au dimanche 12 mai 2019

http://www.theatre-atelier.com/bells-spells-lo2640.html

MON LOU

D’après lettres et poèmes d’Apollinaire

Mise en scène Christian PAGEAULT

     En 1914, Apollinaire fait la connaissance d’une jeune femme à Nice dont il tombe éperdument amoureux aussitôt : Louise de Coligny-Châtillon. Mais la guerre est une amante tout aussi exigeante, le décembre 1914, il s’engage. Dans les tranchées, Apollinaire idéalise cette femme qu’il aime et en fait sa Muse, mais la traite aussi bien en objet de son désir sexuel, qu’il veut tout soumis et livré. L’urgence de la guerre et de l’amour lui insuffle la nécessité de lui écrire pour survivre. Mon Lou est une adaptation des lettres à Lou et Poèmes à Lou d’Apollinaire. C’est un projet issu du désir de Moana Ferré, qui l’interprète avec ce qu’il faut de classe et de canaillerie esquissée.

     Mon Lou est un hymne à l’amour, à la guerre aussi. On y entend les étranges et sulfureuses combinatoires entre l’art de s’entretuer et l’art de s’entremêler. C’est qu’Apollinaire n’est pas un pacifiste, tout en étant un poète. Il pourrait dire, reprenant Clemenceau : « Je fais la guerre, je fais la guerre, je fais la guerre. ». C’est qu’Apollinaire n’est pas un romantique, c’est un charnel. Il fait l’amour, il fait l’amour, il fait l’amour. Moana Ferré est fidèle à ces deux faces. Tout d’abord amante sensuelle, toute prête à se déplier sous nos yeux, telle une lettre intime offerte aux public. Vêtue d’un négligé blanc, elle joue avec retenue cet effeuillage d’intelligence coquine.

     Son jeu marque par sa densité et sa grande honnêteté dans le dire simple. Sa diction sonne claire et permet d’entendre toute la beauté de la prose ou des vers du poète. Elle met ce qu’il faut d’émotion sans être dans la monstration.

     Puis elle se fait, comme son amant, petit soldat. Il faut dire ici que la dite Lou n’avait pas froid aux yeux puisque, outre ses mœurs très libres, elle fut la première aviatrice de guerre (dans un cénacle aussi viril qu’élitiste). Elle troque sa tenue de jeune femme contre une austère combinaison foncée, pour pouvoir, elle aussi se salir les mains. Les petites lettres cèdent donc la place à une toile immaculée que l’actrice recouvre de coulées noires, de taches rouges. Sillons des tranchées, blessures au cœurs pour de vrai. Joli passage certes, mais qui finalement n’ajoute rien d’indispensable au travail précis et digne de la comédienne qui se fait plus sombre, plus tragique finalement. Finissant comme ensevelie dans le linceul épistolaire de son Guillaume Apollinaire, de son Guillaume, de son Gui… Des tonnes de terres et de sang. Quelques grammes de papier blanc. Peu équitable combat. Un spectacle à voir pour retrouver l’envie d’aimer, et d’aimer écrire.

Crédit Isabelle Jobard

D’après lettres et poèmes d’Apollinaire

Coadaptation Moana FERRÉ, Christian PAGEAULT, Claire BALLOT-SPINOSA

Mise en scène Christian PAGEAULT

Comédienne Moana FERRÉ

Composition musicale Jean-Michel TRIMAILLE

Scénographie Isabelle JOBARD

Création lumière Rodolphe MARTIN

Du 18 avril au 23 juin au Théâtre le Lucernaire, 75006 PARIS.

Du mardi au samedi à 19h