GUYS AND DOLLS

Ladies and gentlemen, ou plutôt guys and dolls : « Welcome on Broadway ! »

C’est un bonheur de retrouver le magique metteur en scène Stephen Mear. Après les triomphaux « Singin’In The Rain » et « 42nd Street », ces dernières années au Châtelet, il revient avec un autre des joyaux de la couronne de la grande tradition du musical américain : « Guys and Dolls ». Un grand classique jamais montré à Paris qu’il monte au théâtre Marigny. En anglais surtitré en français, comme il se doit !

Jamais monté, mais déjà connu pour avoir été adapté par le grand Joseph L. Mankiewicz  sous le titre : « Blanches colombes et vilains messieurs ». Avec  Frank Sinatra et Marlon Brando, excusez du peu ! Jamais monté mais adoré outre atlantique avec 1200 représentations et cinq Tony Awards.

L’histoire : Elle est construite d’après la nouvelle et les personnages de Damon Runyon dans The Idyll of Miss Sarah Brown. Runyon, figure de la littérature et de la vie New New-yorkaise, ayant fréquenté Broadway et ses bas-fonds.

Sky Masterson, le gambler, et le patron de tripot Nathan Detroit s’affrontent autour d’un pari : le premier n’arrivera pas à ravir la prude Sarah Brown, sœur au sein de la Mission locale de l’Armée du salut, et l’emmener pour une soirée de fête, en enfer. C’est à dire à la Havane de 1930. Une blanche colombe et un vilain monsieur, un couple de comédie romantique parfait donc ! Cette idylle a un écho, celui de Nathan et Miss Adelaide. Nathan veut bien parier sur tout… sauf le mariage. Les éternels fiancés n’auront de cesse de s’entraîner mutuellement dans les situations les plus cocasses à force de quiproquos. Il faudra bien deux heures et demi pour amollir un parieur et un célibataire aussi endurcis !

La trame et les dialogues sont riches, merci Damon Runyon, et l’on suit avec autant d’intérêt les danses et les parties musicales que le récit et les situations. Ce musical est aussi une comédie efficace emmenée par un quatuor de haute qualité !

                                                                                   Clare Halse, Matthew Goodgame, Ria Jones, Christopher Howell

Les interprètes :

C’est plus de vingt artistes britanniques qui portent le spectacle. Tous excellents, ils ont les qualités nécessaires à la dure école de la comédie musicale U.S. : Précision, énergie, vitalité, expressivité, charisme, cohésion. Ils livrent une copie où chant, jeu, et danse s’expriment avec autant de puissance et de finesse ! Dans les quatre rôles phares ont distinguera Ria Jones (Miss Adelaide), avec sa voix si particulière et électrisante. Elle a un sens du comique et une classe ébouriffante et ravi toute l’audience. Clare Halse (Sarah Brown), plus frêle et au rôle moins pimenté, tire aussi son épingle du jeu. Matthew Goodgame (Sky Masterson) a un charisme agaçant parfait pour ce rôle, à la Brando ou Cary Grant . Il enflamme la salle avec le hit « Luck be a Lady ». Christopher Howell (Nathan Detroit), enfin, est parfait dans sa partition d’amoureux menteur pathologique.

The Show :

Peu de décors, Marigny n’est pas le Châtelet concernant les infrastructures. Mais une utilisation créative de la lumière, et des cadres lumineux qui, à géométrie variable, rythment les espaces et atmosphères.

Les multi instrumentistes de l’orchestre font un sans faute. Ils ont cette énergie jazzy, ce rebond, et sonnent à merveille.

Les chorégraphies sont réussies. Tant dans les ensembles que dans les solos. Mention spéciale à la chorégraphie du tripot souterrain qui emporte l’enthousiasme de la salle.

La mise en scène de Stephen Mear est celle d’un orfèvre du genre. Une balance parfaite des éléments du musical. Il fait de chaque tableau une réussite qui s’intègre avec fluidité à l’ensemble. Son Guys and Dolls est une totale réussite et un total ravissement ! Alors laissez vous encanailler au Marigny jusqu’en juillet. Les dès ici ne sont pas pipés, mais toujours gagnants, et… « Just roll the dices ! »

                                                                                            photos droits réservés « production Théâtre Marigny »

Musique et Lyrics Frank Loesser

Livret Jo Swerling et Abe Burrow

Mise en scène et chorégraphie Stephen Mear

Décors et costumes Peter McKintosh

Orchestre et Chœur duThéâtre Marigny

Lumières Tim Mitchell

Direction musicale James McKeon

Avec

Ria Jones, Clare Halse, Matthew Goodgame, Christopher Howell

Et Barry James, Rachel Izen, Joel Montague, Matthew Whennell-Clark, Jack North, Brendan Cull, Ross McLaren, Gavin Wilkinson, Ian Gareth Jones, Thomas-Lee Kidd, Jo Morris, Alexandra Waite-Roberts, Emily Goodenough, Delycia Belgrave, Bobbie Little, Joanna Goodwin, Robbie Mc Millan, Adam Denma, Louis Mackrodt

Du Mercredi 13 mars 2019 au Dimanche 28 juillet 2019

Théâtre Marigny

Carré Marigny, 75008 Paris

Publié le
Catégorisé comme Musical

TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES


« Trissotin ou les Femmes savantes » arrive à Paris auréolé du succès critique et populaire qu’il a reçu au Théâtre de la Criée de Marseille.

Il y a  beaucoup à écrire sur la mise en scène de Macha Makeïeff : son coté pop/vintage, son choix d’un dessin des personnages très « ligne claire » tendance Hergé (la tante amoureuse délirante est définitivement un hybride de la Castafiore et du professeur Tournesol!) ; la profusion des accessoires drolatiques (la Makeïeff touch!, téléphone qui crachouille un son inaudible, expériences loufoques…) ; la superposition des scénettes donnant le tournis au spectateur sur ce qu’il faut choisir de voir ou d’entendre (Jacques Tati n’est pas loin non plus).  Il faut ajouter aussi la volonté du rythme, de la couleur, et de la musicalité (dans la gestuelle comme dans diction). Bref il y a un monde Makeievien, que certains critiquent pour son aspect obsédant, mais que la plupart adore, comme on adore entrer dans l’univers codifié et repérable d’un créateur. Mais ce n’est pas sur la mise en scène que je souhaite insister : elle comporte du connu, comme du renouvelé, mais bien sur l’interprétation qui ne doit surtout pas être considérée avec un moindre intérêt.

Cette pièce est particulière dans le répertoire de Molière. C’est une pièce de troupe. Elle comporte donc les avantages de ses inconvénients. Pas de personnage central, et donc pas de perspective directrice, pas de point de fuite où convergent tous les enjeux dramaturgiques. D’où un effet d’éparpillement, d’ailleurs très contemporain des enjeux scénaristiques actuels (séries, films chorales, création à partir du plateau…) Chacun peut donc y choisir son personnage, et son comédien, favori. Chrysale, le père falot, essentiellement épris de tranquilité et dépossédé de son pouvoir patriarcal par horreur du conflit ? Il est joué par Vincent Winterhalter, campé avec grâce, dans une ondulation de la mèche, un pas de danse, une voix assurée qui s’effrite à l’abord de l’obstacle matrimonial. Il est léger comme un Mastroianni, toujours élégant dans la défaillance. Philaminte, sa femme , walkyrie des sciences et humanités, qui déborde et fulmine plus encore que ses expériences ? Marie-Armelle Deguy sait lui donner ce côté tourbillonnant et insupportable sans la rendre agaçante. Magnifique scène au micro de revendications d’une place égalitaire et légitime pour l’intelligence des femmes. Ou bien serait-ce Trissotin le personnage principal ? (Macha Makeieff, n’en fait-elle pas un rôle titre ?) Geoffroy Rondeau est ce Tartuffe miniature, inquisiteur du bon goût et gourou de la dialectique savante. Il fait de sa préciosité une féminité assumé , à la Conchita Wurst pour le look, qui se révèle n’être que le masque d’une sève virile pleine de luxure. Scène magnifique d’intimité et de violence perverse entre Trissotin et Henriette (Vanessa Fonte). Les plus jeunes pourront élir le couple de jeunes premiers aux amours contrariées ( Henriette et Clitandre, Ivan Ludlow) joué avec beaucoup de modernité et autant de respect du texte. Leur duo ici est bien plus consistant que celui des tourtereaux du Tartuffe. Sans oublier une mention particulière à la scène d’affrontement entre Trissotin et son rival dans l’élite des pédants, Vadius, où Pascal Ternisien explose littéralement de génie comique dans une prestation qui est un sommet de maîtrise folle.

Ce choix sera « quoi qu’on dit » le bon, tant c’est un spectacle à entrées multiples et talents multiples !

Oui cette pièce là correspond bien à cette metteuse en scène là ! Foisonnement, luxuriance et jubilation, d’un théâtre généreux, où le trop-plein est la juste mesure.

Une pièce avec du monde, pour tout le monde !

 

 

 

photos Loll Willems

de Molière
mise en scène, décor et costumes Macha Makeïeff
Avec Marie-Armelle Deguy, Arthur Deschamps, Karyll Elgrichi en alternance avec Louise Rebillaud, Caroline Espargilière, Vanessa Fonte, Arthur Igual en alternance avec Philippe Fenwick, Valentin Johner, Jeanne-Marie Levy en alternance avec Anna Steiger, Ivan Ludlow, Geoffroy Rondeau, Pascal Ternisien, Vincent Winterhalter

lumières Jean Bellorini son Xavier Jacquot
coiffures et maquillage Cécile Kretschmar arrangements musicaux Macha Makeïeff, Jean Bellorini
assistante à la scénographie et accessoires Margot Clavières
construction d’accessoires Patrice Ynesta
Régisseur général André Neri

Du 16/04/2019 au 10/05/2019
La Scala 13 boulevard de Strasbourg – 75010 PARIS


L’ÉQUATION

Drôle de proposition au Théâtre de la Reine Blanche ce printemps ! Une tentative comique et cosmique d’hybridation tout azimut qui serait le fruit d’une collision entre l’inconscient de Schrödinger et de son chat !

Le spectacle de Fabio Alessandrini aurait pu s’intituler « Mémoire du temps ». Il incarne cette mémoire, tantôt primate, tantôt étoile ou atome, méduse ou tout simplement homme. Il remixe le tout en théâtre, musique et images vidéos projetées comme un un album de famille, du Big-bang à nos jours. Il y est question d’évolutionnisme et de notre relation à l’animalité ;  d’Einstein et de Hawking … Tout cela donne souvent le tournis et on on ressort moins imprégné de savoir scientifique que de poésie.   Fabio Alessandrini joue un photon avec autant de plaisir qu’un trou noir spaghettifiant son corps à l’envie. Il n’y a pas ici à proprement parler « histoire », mais « Histoire », personnage mais incarnation, de théorèmes, phénomènes astrophysiques, ou cellulaires. Des interaction permanentes avec des projections vidéos servent moins de support pédagogique que de surface sensible à l’émotion microcosmique et macrocosmique.

Une performance humaniste aux effets psychotropes qui s’adresse à la fois à l’ange et à la bête.

 

photos F. Alessandrini

TEXTE Librement inspiré de nouvelles de Franz Kafka + Italo Calvino & d’œuvres scientifiques
DE et  AVEC  Fabio Alessandrini
REGARD EXTÉRIEUR Karelle Prugnaud
COLLABORATION ARTISTIQUE Riccardo Maranzana
CRÉATION VIDÉO Claudio Cavallari
LUMIÈRE Jérôme Bertin
SON Nicolas Coul

Du 29/03/2019 au 28/04/2019
Théâtre de la Reine Blanche – 75018 PARIS