Yongoyely

La Compagnie guinéenne Circus Baobab, véritable institution du cirque africain, revient sur le devant de la scène avec « Yongoyely ». Depuis plusieurs décennies nous avons découvert le cirque africain (entre autre avec Circafrika). En Afrique les troupes constituées où les simples acrobates de rue sont légions. Circus Baobab recueille des jeunes sans projets, délaissés souvent, et leur transmet l’art circassien ainsi qu’un avenir.

« Yongoyely » est un spectacle à la fois puissant, poétique et profondément engagé. Après le succès retentissant de « Yé ! », la troupe nous offre une nouvelle création qui ne manquera pas de marquer les esprits.

Dès les premières minutes, on est saisi par l’énergie brute et la grâce aérienne des acrobates. Leurs corps, sculptés par l’entraînement et la passion, semblent défier les lois de la gravité avec une facilité déconcertante. La scénographie épurée met en valeur la virtuosité des artistes : portés acrobatiques, mât chinois, barre russe, banquine… Les numéros s’enchaînent à un rythme effréné, défiant les lois de la gravité avec une élégance stupéfiante.

@ Thomas-OBrien

Mais « Yongoyely » ne se limite pas à une simple démonstration de prouesses techniques. La performance, l’exploit physique n’est pas ici un but, mais un moyen artistique pour s’exprimer. Chaque partie est une métaphore des efforts surhumains journaliers des femmes pour nourrir la famille, protéger les enfants, se faire respecter face à la tutelle masculine. Car c’est la seule vraie performance que le spectacle honore. Et souvent les numéro finisse par une chute assumée, un écrasement, un épuisement, suivis de la solidarité des autres femmes qui toujours réconfortent, aident pour se relever. C’est un spectacle engagé, qui porte un message fort, d’espoir et de résistance. Il raconte l’histoire des femmes africaines qui se battent pour leur émancipation, pour le respect de leurs droits, pour leur liberté. Des femmes magnifiques et déterminées, qui luttent contre les traditions archaïques, contre les violences faites aux femmes (excision), contre les inégalités. Des femmes, magnifiques et déterminées, qui sont les héroïnes de ce récit circassien.

@ Thomas-OBrien

La mise en scène de Yann Ecauvre est inventive et poétique. Il utilise des objets simples, des matériaux bruts, pour créer des images fortes et symboliques. Les costumes, signés Solenne Capmas, sont à la fois colorés et sobres, mettant en valeur la beauté des corps et la force des mouvements.

La création lumière, conçue par Cyril Mulon, est un véritable écrin pour le spectacle. Elle souligne les mouvements des acrobates, crée des ambiances tantôt intimes, tantôt spectaculaires, et renforce l’émotion des scènes. Les jeux d’ombres et de lumières sont subtils et poétiques, et contribuent à l’atmosphère magique de « Yongoyely ».

La musique, composée par Mathias Desmier, est un élément essentiel du spectacle. Ainsi que les moments de chant et de danse qui mêlent énergie sororale et tristesse.

« Yongoyely » est un spectacle qui touche au cœur, qui fait réfléchir. Il nous parle aussi de la beauté du corps, de la force de l’esprit, de la joie de vivre. C’est un spectacle qui donne de l’espoir, qui donne envie de se battre pour un monde plus juste.

Les artistes du Circus Baobab sont incroyables de talent et d’énergie. Leur passion est contagieuse, leur joie de vivre communicative. On sent qu’ils sont fiers de porter ce message, fiers de représenter leur culture, fiers de partager leur art avec le public.

« Yongoyely » est un spectacle à voir absolument.

Direction artistique Kerfalla Camara
Mise en Cirque et Scénographie Yann Ecauvre
Avec Kadiatou Camara, Mamadama Camara, Yarie Camara, Sira Conde, Mariama Ciré Soumah, M’Mah Soumah, Djibril Coumbassa, Amara Tambassa, Mohamed Touré
Intervenants cirque Julie Delaire & Mehdi Azéma
Création musicale Yann Ecauvre et Mehdi Azéma
Chorégraphie collective Yann Ecauvre, Mehdi Azéma, Julie Delaire, Mouna Nemri & les artistes
Création de costumes Solenne Capmas
Lumières et son Jean-Marie Prouvèze

https://lascala-paris.fr/programmation/yongoyely/

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BOLLYWOOD MASALA

BOLLYWOOD MASALA

D’après une idée originale de Toby GOUGH

Direction artistique et mise en scène : Toby GOUGH

Bollywood Masala raconte l’histoire d’un célèbre chef indien, le Maharaja du Masala, M. Kari Balti, qui a inventé le concept de restauration (catering) sur les lieux de tournage à l’époque où l’industrie du cinéma a commencé à Bombay.

Mais cette histoire est avant tout un prétexte, un fil rouge (ou plutôt un safran!) pour nous faire découvrir et partager les plus glorieux, fameux et entraînant, tubes des films musicaux de la Bollywood production. De Lagaan à Devdas, entre autres. Même si ce récit est assez omniprésent, via un narrateur sur scène, qui enchaîne les hits et les performances comme on passe les plats, il n’empêche pas de totalement déguster un spectacle savoureux et de qualité. La place laissée à la transmission de l’histoire du cinéma musical indien, depuis Lagaan en 2001 jusqu’à ce jour, est elle une excellente idée. Elle donnera certainement l’envie à beaucoup de visionner en famille ces petits chefs-d’œuvre d’entertainement, dont certains ont même été primés aux Oscar.

dr christophe-simon

Il s’agit donc de mêler astucieusement le meilleur des saveurs de l’Inde : pour les yeux, les oreilles, et les papilles. Car c’est cela l’expérience indienne : une démultiplication des sens… jusqu’à l’ivresse.

Sur la scène 12 danseurs multiplient les chorégraphies parfaites, les changements de costumes luxueux et chatoyants. Il faut souligner leur performance car elle est le cœur de « Bollywood Masala » ! Il est rare de pouvoir profiter en Europe de ses artistes, parmi les meilleurs de leur pays et de leur art, sortant tout droit de l’écran pour notre plus grand plaisir. Ils sont, hommes et femmes, parfaits, et ils impressionnent autant qu’ils enchantent.

dr Philippe Fretault

Le public ne s’y trompe pas qui applaudit à tout rompre et finit les dix dernières minutes debout à danser dans les travées. Public d’ailleurs composé de beaucoup de personnes originaire du sous-continent indien, qui savent exactement à quoi ils ont à faire, en vrais connaisseurs. Seul bémol, la sono de la salle bordeaux du Palais des congrès, plus conçue pour des conférences que pour être dans les standards requis pour un musical. Les danseurs mériteraient un écrin sonore au niveau de leur prestation artistique.

Bollywood Masala est un spectacle dépaysant, accessible, à voir en famille pour devenir non seulement Bollywoodaddict mais aussi indianophile !

Il donne envie de se précipiter, dès la sortie, dans un des excellents restaurant indiens de Paris, pour y poursuivre le voyage.

dr Philippe Fretault

D’après une idée originale de Toby GOUGH

Direction artistique et mise en scène : Toby GOUGH

Avec, entre autre  : Devdas, Lagaan, Dhoom, et la chanson oscarisée « Naatu Naatu » du film RRR.

Avec 16 artistes dont 12 danseurs et 2 musiciens live

Chorégraphies : Mahesh POOJARY

Création des musiques : Hiren SHUKLAJI

Création des costumes : Bipin TANNA et Nishita D’SOUZA

Création vidéo : Abhishek SAWANT

Création des lumières : Dieter BUCCO

https://billetterie.palaisdescongresdeparis.com/fr/manifestation/86/bollywood_masala

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Les Fausses Confidences

dr JL-Martinez

Texte
Marivaux

Mise en scène
Alain Françon

LES MAÎTRES DU JEU !

Trois ans après « La seconde surprise de l’amour », Alain Françon revient à Marivaux. Il reprend pour les rôles principaux les mêmes comédiens : Georgia Scalliet et Pierre-François Garel.

(notre critique précédente https://lagazettedutheatre.fr/critique/la-seconde-surprise-de-lamour-francon-odeon-marivaux/ )

Il est passionnant d’assister à ce travail de « variations » (comme on parle de « variations » chez Bach), chez un metteur en scène aussi précis et musical que Françon. Et surtout sur le texte de Marivaux, dont le théâtre est en soit une variation infinie sur un même thème : « le dire amoureux ». Déclinaisons tellement nuancées de pièces en pièces qu’il est parfois difficile de les différencier les unes des autres.

Le décor ? Dans « la surprise », un grand espace ouvert sur une toile de « verdure » monumentale, très impressionniste. Un jardin séparait l’entrée de deux maisons. Dans « la confidence » : un intérieur, donnant certes sur un jardin, mais dont la toile peinte de verdure est bien plus sombre, et ne nous apparaît que par bribes. L’espace de jeu, plus oppressant, se réduit à une bande longitudinale limitée à mi-scène par de hauts murs cimaises, dans un style presque palladien (on remarque même à cour que les cimaises sont recouvertes de tessons de bouteilles!). Des murs, des lignes verticales, qui cadrent et enferment les personnages. Passage de l’impressionnisme champêtre à une architecture géométrique donc.

La musique ? Omniprésente, très légèrement, comme la rumeur des émotions des personnages dans « la surprise ». Absente des temps de jeu ici. Mais scandant les entractes par des solos de guitare rock, faisant dissonance avec l’univers policé et aristocratique fin 19ème (même époque que pour « la surprise »).

Le jeu ? Forte continuité entre les deux spectacles semble-t-il. Mais toutefois dans « Les fausses confidences » il y a plus de géométrie, limitant l’expression de sentiments, enfermant, comme dans un carcan, des cœurs qui voudraient s’affranchir et crier. Les comédiens se parlent souvent de loin étirés sur la largeur du plateau, générant un effet d’impossible rapprochement sensuel, ou seulement de la communication. Cela éclatera quand, enfin !, Araminte traversera tout le plateau, enjambant sur sa ligne droite, le mobilier pour se jeter dans les bras de Dorante. Quand ils sont plus proches, cette proximité se fait insupportable, et ils ne peuvent donc se regarder dans les yeux et échangent face public, comme si une géométrie sociale (distanciation dirions nous désormais!) les contraignait encore.

dr JL Martinez

Mais si Alain Françon met en scène, avec une précision d’horloger et une minutie de peintre flamand, l’impossible rapprochement amoureux ce n’est, avec Marivaux, que pour mieux y faire triompher l’art de Dubois. Dubois l’architecte, le géomètre, le véritable stratège des cœurs. En un mot, Dubois est le metteur en scène. Car c’est bien Dubois qui fait de l’obstacle un levier stratégique, de la rigidité des codes sociaux une carte du tendre. Et là, bien entendu, il faut célébrer l’art de Gilles Privat. Oui, Georgia Scalliet émeut, alliant finesse et profondeur émotionnelle. Oui Pierre-François Garel offre une cohérence et une continuité dans la justesse comme dans l’intensité. Mais Gilles Privat joue en maître sur l’échiquier du théâtre. Sa maestria d’acteur consonne parfaitement avec l’art du machiavélique Dubois. Allant jusqu’à lui donner une tonalité méphistophélique.

Magnifique spectacle que cette mise en abîme et en perspective de ces trois « dieux en machineries » : Marivaux, Privat, Françon, au sommet de leur art. Trois maîtres du jeu ne faisant qu’un.

Texte
Marivaux

Mise en scène
Alain Françon

Avec
Pierre-François Garel
Guillaume Lévêque
Gilles Privat
Yasmina Remil
Séraphin Rousseau
Alexandre Ruby
Georgia Scalliet
Maxime Terlin
Dominique Valadié

Assistante à la mise en scène
Marion Lévêque

Décor
Jacques Gabel

Lumières
Joël Hourbeigt
Thomas Marchalot

Costumes
Pétronille Salomé

Musique
Marie-Jeanne Séréro

Coiffures maquillage
Judith Scotto

Conseil chorégraphique
Caroline Marcadé

Assistante costumes
Charlotte Le Gal

Musiciens
Floriane Bonanni, Renaud Guieu, Quentin Lupink

Théâtre Nanterre-Amandiers 23 novembre — 21 décembre 2024 

https://nanterre-amandiers.com/evenement/les-fausses-confidences-marivaux/

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