Farces et nouvelles de Tchekhov

Texte Anton Tchekhov

Mise en scène : Pierre Pradinas

Pierre Pradinas, après « La Mouette », et plus récemment « Oncle Vania » en 2014, revient en terre tchekhovienne. Par la petite porte de ses petites formes burlesques, farcesques, qui rappellent la dimension profondément comique, c’est à dire humaniste, du grand Anton.

Le spectacle s’ouvre sur « Les méfaits du tabac ». Texte merveilleux d’étrangeté, de folie, d’intense solitude. Philippe Rebbot ne joue pas comme une farce ce point de non-retour d’un homme qui ne peut plus rêver qu’à devenir un pylône, un épouvantail au bout de la route comme seul échappatoire. Nioukhine est magnifiquement pitoyable et touchant. Ce texte est difficile à jouer, déroutant par ses ruptures, ses déraillements, ce mélange de divagations, de confidences, de grandiloquence et de petitesses. Philippe Rebbot ne s’engage pas totalement dans la partition et dans le personnage qu’il affleure sans y plonger tout à fait. Nous restons donc à distance. C’est dommage car Philippe Rebbot a les qualités pour le rôle.

 

© Paul Soubiron

Le deuxième temps, « Une demande en mariage », donne au spectacle plus d’élan , une véritable crise de nerfs sur scène ! Nous passons du monologue au trio, mais le personnage masculin n’en est pas moins seul. Enfermé dans sa névrose, incapable de franchir le pas et de dire « je vous aime », il devient la proie de l’incommunicabilité, de la parole comme désaccord, comme guerre civile. Les comédiens y prennent un plaisir jouissif et communicatif. Ici, c’est tout particulièrement Laure Descamps qui retient l’attention. Son jeu est enlevé, juste et précis. Une comédienne prometteuse ! Au final la crise de nerfs se mue en crise de rire ! Cependant tout cela aurait encore plus d’éclat et d’efficacité avec plus de folie, plus de corps. Cet excès dans l’humeur et l’expression propre à la russité.

Troisième temps : Nous retrouvons Laure Descamps accompagnée par Quentin Baillot dans la nouvelle « Un drame ». Sa vivacité combiné au jeu sans texte absolument hilarant et maîtrisé de Quentin Baillot fait merveille ! La soirée se termine donc par un magnifique bouquet final où le rire se débride par tant de créativité drolatique.

(le spectacle se compose également de « L’ours », et de « La mort d’un fonctionnaire », joués en alternance et non vus.)

Texte Anton Tchekhov

Mise en scène : Pierre Pradinas

Distribution : Quentin BAILLOT, Louis BENMOKHTAR, Romain BERTRAND, Aurélien CHAUSSADE, Laure LAURE DESCAMPS, Maloue FOURDRINIER, Maud GENTIEN, Philippe REBBOT, Prune VENTURA

Collaborateur artistique : Simon Pradinas
Assistant : Simon Courtois
Création musicale : Christophe «Disco» Minck
Lumières : Orazio Trotta
Costumes : Céline Guignard

Théâtre du Lurcernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris

Du 08/11/23 au 07/01/24

FARCES ET NOUVELLES DE TCHEKHOV

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ANDROMAQUE

Texte de Jean Racine
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig

Après Britannicus à la Comédie-Française en 2016, et Iphigénie aux Ateliers Berthier en 2020, pour la troisième fois  Stéphane Braunschweig met en scène Racine.

Nous retrouvons le sillon qu’il trace donc dans le théâtre du grand Racine depuis plus de sept ans.

Nous retrouvons aussi les héros qui se préparaient à rallier Troie. Nous les avions laissés pleins de rêves de gloire, prêts à entrer dans la légende.

Nous les retrouvons brisés par dix ans d’une guerre atroce où l’exploit du vainqueur est, dans le regard du vaincu, un crime contre l’humanité. Il faut dire que l’élan pour joindre Troie fût trouvé dans le sang d’Iphigénie, sacrifiée par son père même.

DR simon-gosselin

C’est cette face que Stéphane Braunschweig explore. Il ne nous montre pas des héros, mais des êtres traumatisés, au sens psychiatrique d’un stress post-traumatique. Il se rapproche en cela de Racine et de son époque. Le grand siècle de Louis XIV fût aussi celui des guerres perpétuelles et laissera la paix exsangue. Louis le grand, sans être un Pyrrhus ne confessa-t-il pas sur son lit de mort : « J’ai trop aimé la guerre ». Réflexion sur ce que la guerre fait aux hommes, mais aussi sur ce que la passion, les émotions tyranniques, font de la guerre :  une vengeance perpétuelle sans fin et sans espoir.

Magnifique illustration scénographique d’une flaque de sang où pataugeront pour toujours les protagonistes et leur descendance.

Dans sa vision, tous sont perdants, se sont perdus eux-mêmes. Il le dit, cette vision de la pièce est totalement teintée par la guerre en Ukraine, et désormais par la guerre en Palestine. Une vision teintée de sang.

La direction d’acteur est uniforme. Les personnages pataugent. Se traînent dans ce sang comme dans leurs propres plaies internes. Oreste ? Un pauvre bougre névrosé qui décompensera un délire fait de serpents sifflants. Pyrrhus ? Un guerrier qui semble plus sortir de la chanson éponyme de Gérard Manset que d’un tableau de Lebrun ? Andromaque ? Une otage, menacée, humiliée, sa mémoire accrochée au char d’Achille traînant Hector sanguinolent autour des remparts. Dans cette pièce, où l’importance des rôles est répartie par Racine de manière assez homogène, il serait vain de souligner la performance de tel ou tel comédien. Ils sont tous à l’unisson fondus dans ce cratère de douleur où leur humanité se noie en voulant se sauver.

Un magnifique Racine, totalement contemporain. Un magnifique Andromaque écarlate. Noir aussi, avec un éclairage liminaire et froid. Entre le feu des passions meurtrières et l’hiver de l’amour. L’un se continuant dans l’autre, comme l’on passe de Charybde en Scylla. Sans fin et sans espoir.

Texte de Jean Racine
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig

Avec Jean-Baptiste Anoumon, Bénédicte Cerutti, Boutaïna El Fekkak, Alexandre Pallu, Pierric Plathier, Chloé Réjon, Jean-Philippe Vidal, Clémentine Vignais

costumes Thibault Vancraenenbroeck
coiffures et maquillage Emilie Vuez
lumière Marion Hewlett
son Xavier Jacquot
assistant à la mise en scène Aurélien Degrez

production Odéon-Théâtre de l’Europe

durée 1h55

16 novembre – 22 décembre

https://theatre-odeon.eu/fr/saison-2023-2024/spectacles-2023-2024/andromaque-23-24

 

L’AVARE

Auteur Molière

Mise en scène Olivier Lopez

L’Avare ! Ah l’Avare de Molière ! Sa pièce la plus connue, et sans doute la plus étudiée. C’est la pièce que les non « théâtreux » nomment en premier le concernant. Et pourtant. Et pourtant cette pièce reçue à sa création un accueil bien tiède, fit des recettes bien moyennes, et ne garda pas l’affiche bien longtemps. Il faut dire que c’est une drôle de pièce. Comique bien sûr, taillée pour faire briller les talents drolatiques de Poquelin. Mais grinçante, noire, avec une drôlerie certes mais peut-être trop moderne pour l’époque. Même à présent il reste difficile de mettre en scène l’Avare, est donc de jouer Harpagon. Certains l’amènent du côté du bouffon et de la farce tréteaux… D’autres y explorent une totale noirceur ou la folie inquiétante du personnage principal. Comment trouver l’équilibre juste ? Le faut-il ?

Olivier Lopez avec une humilité louable, choisi de tout simplement monter le texte, et mettre en action chaque scène pour ce qu’elle est. Pas ici de transposition, de vision plaquée et assénée sur le livret. C’est sa première réussite.

Chaque scène fonctionne à fond et produit l’effet recherché par l’auteur. La compréhension de la logique comique de Molière est parfaite et parfaitement amenée sur le plateau ! On rit ! On s’enthousiasme ! Et l’on rit de Molière vivifié et servi. Merci !

© Virginie-Meigné

Sa seconde réussite est de confier le rôle titre à Olivier Broche. Olivier Broche, compagnon de route à la scène comme à l’écran de Jérôme Deschamps, rompu au rythme et à la précision comique chez Feydeau, Courteline et Molière bien entendu (Les Précieuses ridicules, Les Fourberies de Scapin).

Il porte sur ses épaules le spectacle à lui tout seul. Il donne, à ce jour et pour ce que j’en ai vu depuis plusieurs décennies, le meilleur Harpagon sur ce beau plateau de « L’Épée de bois » !

Tout ce qu’il fait est juste, dans le tempo comme dans le corps, à la fois nécessaire et surprenant. La rouerie, la bêtise, le soupçon méchant, l’égoïsme infantile, la pingrerie obsessionnelle, la mauvaise foi fanatique : tout est joué avec une gourmandise, dans une concentration monstrueuse. Il fait beaucoup, vraiment beaucoup, de choses mais tout tombe juste, sans surjeu ou cabotinage, car tout vient par une compréhension de l’action et du sentiment, seconde après seconde. Une leçon de comédie !

La performance écrase-t-elle le reste de la distribution ? Eh bien nous dirons, qu’au théâtre comme dans la vie, chacun se doit face à la grandeur de s’élever soi-même et de ne pas s’y mettre à l’ombre.

Il reste encore une semaine, et de nombreuses dates en tournées, pour profiter de ce généreux Avare si merveilleusement « cuisiné à la broche », courez-y !

Auteur Molière

Mise en scène Olivier Lopez

Avec Olivier Broche, Stéphane Fauvel, Gabriel Gillotte, Romain Guilbert, Marine Huet, Noa Landon, Olivier Lopez, Annie Pican et Margaux Vesque, Simon Ottavi

Création lumières et son Louis Sady

Régisseur plateau Simon Ottavi

Régie tournée lumières Lounis Khaldi

Régie tournée si amplification Nikita Haluch

Constructeur Luis Enrique Gomez

Costumier.ère.s Angela Seraline, Laëtitia Pasquet, et Bruno Lepidi

. Du 26 octobre au 12 novembre au Théâtre de l’Épée de Bois / Vincennes (75)

· 17 novembre à la Halle ô Grains / Bayeux (14)

· 21 novembre au Théâtre Roger-Ferdinand / Saint-Lô (50)

· 26 novembre à 20H30 au Théâtre de la Garenne / La Garenne-Colombes (92)

· 29 et 30 novembre à 20h au Kinneksbond / Centre culturel Mamer (Luxembourg)

· 13 et 14 décembre à 20h au THV, le Volcan / Scène Nationale du Havre (76)

· 19 décembre 2023 à la Maison de la Culture de Nevers (58)

· 16 février 2024 au Carré / Scène Nationale de Château-Gontier (53)

· 3 et 4 avril 2024 au Gallia Cinéma – Théâtre, Scène conventionnée de Saintes (17)

· 11 avril 2024 à 20h30 à La Cidrerie / Beuzeville (27)

· 15 et 16 mai 2024 au Théâtre des Halles / Scène d’Avignon (84)

· 17 mai 2024 à 20h au Théâtre du Briançonnais / Scène conventionnée (05)

· 31 mai 2024 à 20h au Théâtre des 2 Rives / Charenton-Le-Pont (94)

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