BARBARA DE THEATRE EN THEATRE

Barbara de théâtre en théâtre

De  Rafaèle Huou et Philippe Mangenot
A partir des textes de Barbara

 

L’histoire d’une vie, d’une vocation artistique, un appel, un élan fou, l’irrépressible et douloureuse passion d’une femme pour l’amour de sa vie, « l’amant à mille bras » : le public à qui elle a tant, à qui elle a tout sacrifié.

Les admirateurs de la dame en noir seront ravis bien sûr, d’abord par la voix de Rafaèle Huou qui prend le parti d’aimer : interpréter Barbara mais sans l’imiter. Rafaèle Huou enlace Barbara en comédienne si bien que doucement, au fil du spectacle, micro en main dans le rond de lumière, la magie opère : les spectateurs voient Barbara.

Mais ce n’est pas l’objet de ce spectacle.

Barbara  et alors ? Ce pourrait être n’importe quel autre artiste, l’important c’est l’histoire…  Et le texte (signé des interprètes : Rafaèle Huou et Philippe Mangenot) ! A partir des mémoires de Barbara, de ses mots également, qui les ont certainement portés dans le travail d’écriture, les deux auteurs ont ciselé un texte porteur d’un récit poignant. Une histoire qui prend aux tripes, contée par Philippe Mangenot, narrateur narquois parfois, et animateur de foule aussi (le public participe, comme une évidence si l’on se fie aux paroles de Barbara : « Je vous aime » -elle terminait souvent ses concerts avec cette phrase-. « Merci d’être là »,  « Vous m’avez sauvée », « Je vous dois tout »)

Il ne s’agit pas d’un spectacle de chansons… même si les chansons sont magnifiques. Nul besoin d’apprécier ou même connaître la chanteuse. Barbara ne vous fera pas aimer ce spectacle, c’est ce spectacle qui vous fera aimer Barbara ! La biographie de l’artiste, son long et douloureux chemin vers l’art et le public tant désirés éclairent les chansons interprétées par Rafaèle Huou (Barbara a surtout écrit à  partir de sa vie) et nous arrachent des larmes.

L’un des meilleurs spectacles de ce OFF 2025.

Conception et jeu : Rafaèle Huou et Philippe Mangenot
Musique : Tom Georgel
Version piano live: Tom Georgel ou Sébastien Jaudon
Lumière:  Mireille Dutrievoz
Son, vidéo et régie générale: Eric Dutrievoz
Scénographie: Philippe  Mangenot
Costumes : Rafaèle Huou
Photos: Didier Debès et Steve Ollagnier

Avignon OFF 2025
Du 5 au 26 juillet à 20h30 (relâches les mardis) à La Chapelle des Italiens – 84 000 Avignon

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE ROI SE MEURT

d’Eugène Ionesco
Mise en scène :  Christophe Lidon

C’est l’heure de la mort, celle du roi, entraînant avec lui la fin du royaume bâti depuis des siècles et dans lequel ce monarque démiurge, quasi divin, a tout inventé. Béranger 1er, en souverain qui ne tient plus son pouvoir du divin mais est lui-même d’essence divine  a  créé le territoire et les institutions, construit les routes et percé les montagnes, fait couler les rivières,  planté les forêts, décidé du soleil et de la pluie ; il a même influencé le cours du temps. Un pouvoir absolu.

Aujourd’hui, le suivant dans la mort le royaume s’effondre : désordre cosmique à la mort annoncée du roi (« encore 45 minutes » égrène le médecin-bourreau) : séismes, inondations, perturbations climatiques ; les frontières reculent, des morceaux du royaume tombent, Les murs craquent : dans la salle du trône une fissure s’élargit du premier à l’ultime moment de la pièce.

Comment ne pas percevoir, aujourd’hui, un parallèle entre ce roi vainqueur du monde, présenté aussi comme autoritaire et cruel, autrefois, et le destin de l’Homme qui dans ces tout derniers siècles, affranchi de la tutelle divine et se plaçant au centre du monde, s’est lancé dans une entreprise d’asujetissement de la terre et d’oppression de tous les vivants.

Les signes de l’imminente catastrophe sont là, dans cette  scénographie grise et terne, et le roi presque nu : ce n’est pas un roi déchu que nous montre Christophe  Lidon, mais un homme, vieillard hirsute, mal fichu dans un pyjama qu’il habite ; plus un roi mais un Linus van Pelt, le comparse de Snoopy, celui qui traîne constamment sa couverture avec lui, comme un fétiche protecteur. Ici, c’est son sceptre que le royal geignard  réclame incessamment (Vincent Lorimy, royal en homme malade et de minute en minute affaibli).  Autour de lui, les personnes lucides, emmenés par la reine Marguerite, sa première femme, et l’autre, un genre de « négationniste », que Béranger 1er écoute jusqu’aux ultimes instants: sa jeune et insouciante seconde épouse qui l’a bercé dans les plaisirs de la vie, niant la réalité annoncée.

Du grand art au théâtre des Gémeaux pour ce festival OFF 2025 : une mise en scène ciselée, des comédiens impeccables (alors qu’ils n’en sont qu’aux premières représentations de cette création en Avignon) et surtout le rythme, nécessaire à l’humour pince sans rire du théâtre de l’absurde marqué par les annonces du garde (Armand  Eloi, éclatant de rigidité), maître de cérémonies, tout en pompe et solennité.

 

Photo : Barbara Buchmann
Mise en scène : Christophe Lidon
Interprétation : Valérie Alane , Chloé Berthier, Thomas Cousseau, Armand Eloi , Vincent Lorimy, Nathalie Lucas
 Collaboration artistique : Mia Koumpan
 Lumière : Cyril Manetta
 Musique : Cyril Giroux

 

LE JOURNAL D’UN FOU

Le journal d'un fou au Peit Louvre - Avignon OFF 2025

de Nicolaï Vassiliévitch Gogol
Adaptation et mise en scène de Ronan Rivière

Un petit praticable en pente, constitué de larges planches de bois sur diverses hauteurs fournit le décor du petit univers dans lequel évolue Aksenty Ivanovitch Poprichtchine,  fonctionnaire recroquevillé et discret de Saint-Pétersbourg. Il se lève et commande à sa servante, certainement la modeste concierge de l’immeuble, son petit déjeuner et son habit avant de courir affronter son destin du jour.

Malingre et serré dans un costume trop court, l’assesseur titulaire  Aksenty Ivanovitch, mène une vie étriquée au plus bas de l’échelle des grades du système bureaucratique de la Russie impériale.  Méprisé par ses supérieurs, ignoré par la société,  ce nobliaux se sent une âme digne des plus formidables réussites ; il rêve de grandeur et de distinction. Fort avec les faibles, obséquieux envers les puissants, il accuse sans gêne les autres, ceux qu’il jalouse, des défauts dont lui-même est perclus.

Une des planches du praticable relevée devient le bureau devant lequel il s’installe, arrivant au ministère, pour tailler les crayons du directeur de la section des copies… et ceux de sa fille dont il surveille le petit chien depuis ce jour où il l’a entendu parler l’animal. Dans l’espoir, bien sûr, d’obtenir des informations susceptibles de lui assurer de conquérir la maîtresse.

Beaucoup de rêves pour ce petit fonctionnaire quarantenaire frustré, rongé jusqu’à l’os par la médiocrité de cette vie bureaucratique et qui sombre doucement dans la folie, comme le relève son journal intime.

Magnifique performance de Ronan Rivière qui traduit dans son corps, l’entortillement mental du personnage, dans sa façon de se tenir, de s’asseoir ; il rend la douce descente vers la folie en adoptant des postures improbables, s’allongeant, en tension sur le vide, entre le praticable et le piano, notamment. Démarches saccadées, revirements brusques, il sait aussi nous émouvoir et nous impliquer quand il monte dans les gradins pour un soliloque parmi le public. 

Amélie vignaux, dans le rôle de la confidente, de la narratrice parfois, ainsi que d’autres rôles secondaires est également excellente comme contrepoint. Son interprétation, sobre mais chargée d’émotion, prolonge la tension dramatique sans jamais empiéter sur la voix intérieure du protagoniste.

L’accompagnement musical d’Olivier Mazal au piano — avec des pièces de Prokofiev — intensifie l’atmosphère à la fois poétique et troublante de la mise en scène, souligne les ruptures, accompagne les glissements vers la folie, et contribue à l’envoûtement du spectacle.

Une adaptation réussie, drôle et émouvante de ce classique russe.

 Crédit photo : Ben Dumas

Adaptation et mise en scène : Ronan Rivière
Comédiens : Ronan Rivière e Amélie Vignaux
Musicien : Olivier Mazal

 

 

Théâtre Le Petit Louvre
Du 4 au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) à 17h25
Durée: 1h15

Billetterie Téléphonique : 04 32 76 02 79

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