L’EAU-LÀ

Création collective

Les romanciers mais les autres aussi, les documentaristes, les scientifiques, etc. souvent l’avouent : ils apprécient de s’adresser au jeune public. La contrainte de simplicité est salutaire. On va à l’essentiel, et aller à l’essentiel au théâtre, c’est souvent retrouver l’expression du corps, l’enfantine joie de jouer. Une joie de jouer qui virevolte dans ce spectacle, un feufollet qui vient, l’impertinent, fourrer son nez partout dans ce défilé de scènes qui, tel un inventaire à la Prévert, nous régale de musiques, chansons, danses (classique mêlée de hip-hop), mimes, participation du public, leçon de choses, etc.

Ou alors, comme l’eau, celle qui s’échappe, qui fuit, qu’on n’arrête pas, profitant  du moindre interstice pour s’écouler, jaillir et tout imprégner… puisque tel est le thème de ce spectacle, pensé comme un vecteur de réflexion et discussion autour de cet élément fondamental (« L’eau n’est pas nécessaire à la vie, elle est la vie » Saint-Exupéry). Beaucoup des systèmes de distribution des eaux souffrent en effet des maux de la vieillesse, comme la goutte : les fuites sont nombreuses, le gaspillage aussi. On montre aux enfants, les principaux problèmes qui affectent les systèmes de retraitement des eaux (les déchets qui bouchent les canalisations comme les lingettes, les  micro-pollutions produites par les mégots, le plastique, etc.), une leçon de choses concrète et sans façons ; le spectacle sensibilise, agitant quelques drapeaux rouges ; le cours ou l’atelier pédagogique c’est pour après.

Le collectif Théâtre du Fleuve vise avant tout la création d’un spectacle poétique et drôle à partir d’un sujet qui ne l’est pas : Le traitement des eaux, cette eau, quotidienne et s’écoulant si banalement sur demande (le tuyau rouge, le tuyau bleu!) et pourtant issue d’un système de traitement long, méconnu et sophistiqué. Dans cet éco-industrialo-système, réinventé par la scénographe Cécile Gasseng à partir d’éléments ramassés dans la rue, surgissent des personnages joyeux et colorés, eux aussi, comme l’Avaloir, Quasimodo des eaux vivant dans les égouts. Théo Barbe, le comédien, danse chante et mime avec Julie Hercberg (interprète de Lola, le chaperon rouge dirigeant l’usine de traitement des eaux) autour de la danseuse Angie Borel. Une interprétation très corporelle -bravo!- et on sautille gaillardement, comme sur les pierres d’un ruisseau, du hip-hop au classique, de l’humour à la poésie  ; on s’abandonne à rêver sur les très belles chorégraphies d’Angie Borel portées par les musiques de Maeva Michel (avec la participation de la chanteuse Zaz, marraine de ce collectif né -les inconscients!- juste avant le COVID). Quelle joie de venir avec ses enfants ou petits-enfants, de les voir sourire à ce qui nous ravit nous aussi et en discuter ensuite avec eux !

Un spectacle tous publics et même plus.

 

Distribution :
Théo Barbe – comédien / metteur en scène
Julie Hercberg – comédienne / metteuse en scène
Angie Borel – interprète / chorégraphe

Scénographie : Cécile Gasseng
Création musicale : Maeva Michel avec la participation de la chanteuse « zaz »
Création lumière : Alex Lagardere
Costumes : Vanessa Cottereau
Visuel : Marine Adam

 

Du 4 au 26 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) – 10h30 à la FABRIK THÉÂTRE (impasse Favot – Avignon)
Durée 55min

 

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LE PREMIER HOMME

Affiche du spectacle "Le premier Homme" au théâtre du Roi René Avignon OFF 2025

De Hugues Leforestier
Mise en scène collective

On a connu plus racoleur pour un titre de comédie. Pourtant, c’est une comédie ; le titre en a peut-être été soufflé à l’auteur par le personnage principal (on converse beaucoup entre auteur et personnages dans l’atelier imaginaire de l’écriture), l’un des deux protagonistes de cette histoire, et de ce couple, bref: de cette histoire de couple.
Le mari, donc, prof de philo, aurait pu intituler ainsi l’un de ces ouvrages (même s’il semble n’en avoir publié qu’un seul, mais quand même « il a écrit »).
Le mari donc, héros tragique de ce spectacle, puisque c’est sur lui que s’abat la foudre du destin, est un homme tranquille, cinquantenaire satisfait et confortablement installé dans la posture de celui qui a coché toutes les cases du catéchisme de gauche (progrès social, égalité, émancipation) ; dans son couple, il a toujours partagé les tâches… Du moins le croit-il.
Le mari, donc, cet homme de gauche qui a réussi, va basculer dans la situation bien moins confortable du « premier homme », un monde dans lequel notre homme va lutter pour manger, porter du ligne propre et repassé, apprendre, se construire comme un « premier homme » dans une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité.
Eh oui ! Comme il a dû le chanter dans ses jeunes années -sans prendre les paroles réellement au sérieux- « la femme est l’avenir de l’homme ». Manque de bol, l’avenir finit par frapper à leur porte et c’est le début de la fin. Madame va devenir ministre.
Et pas l’un des moindres puisqu’il s’agit du maroquin de La défense. Monsieur, -anti-militariste patenté- est servi!
Et il va déchanter, monsieur, en découvrant un monde inconnu : celui de sa femme, qui ne lui avait rien dévoilé de ses activités politiques, pour ne pas le contrarier certes mais aussi certainement car elle ne percevait ni intérêt ni encouragement de sa part. Autre surprise: le vrai quotidien de la face cachée de l’humanité, celle qui, modestement, trime dans l’ombre derrière tout homme qui a réussi, tel lui, l’homme de gauche qui croyait de si bonne foi, faire sa part.

Une comédie sociale où l’on rit beaucoup… et utile ! Les dialogues sont pétillants ; on rebondit sur les quiproquos, sans s’y attarder. On s’appesantit, parfois un peu trop, par contre, sur les leçons féministes ; les situations parlant en effet pour elles-mêmes, Nul besoin de ponctuer par un discours… mais si ces points sur les i sont attendus par le public, alors passons sur ce cabotinage textuel. Car la pièce -l’enchaînement des faits et les dialogues- est très bien écrite. On sent, par l’habileté avec laquelle il nous sert prétexte à rire, l’auteur très informé des arcanes de la politique et de la géopolitique.

Texte: Hugues Leforestier
Mise en scène: création collective
Collaboration artistique: Jacques Décombe

Avec Nathalie Mann et Hugues Leforestier

Lumières Maurice Fouilhé

Du 5 au 25 juillet 2025 au Théâtre du Roi René – Avignon OFF
Relâches les mercredis

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CHER MARCEL

D’Olivier Dutaillis
Mise en scène par Joëlle Séranne

Pour les amoureux du grand Marcel ou les néophytes, Cher Marcel interprété par Olivier Dutaillis part à la recherche de la genèse d’une oeuvre monumentale, à qui certains idolâtres vouent un véritable culte. Comme ce jeune homme qui voit sa vie changer après le vol du premier volume d’À la Recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann. Dans un décor tapissé de livres, Olivier Dutaillis évoque ainsi en conteur ému et passionné la passion que suscite l’oeuvre en même temps que la quête d’écriture du narrateur de la Recherche. Le récit tisse les paradoxes d’un être qui se sait écrivain- son père le sait aussi, sa mère aussi bien sûr et même son professeur de Lettres qui lui fait lire ses devoirs devant la classe, et qui pourtant n’écrit que laborieusement d’abord. La vie mondaine semble accaparer Marcel, à qui la fortune paternelle a ôté la nécessité de gagner sa vie. Mais là est le ferment profond de son écriture puisque c’est en entomologiste que Marcel Proust observe les aristocrates, les snobs dont il est ou les homosexuels. C’est là peut être que réside la véritable valeur du spectacle qui à l’aide de la vidéo, discrètement présente met à jour à travers les vicissitudes de la vie de l’écrivain, les jalons qui vont faire émerger une oeuvre-monde. Du goût de l’auteur pour la bière, commandée bien fraîche au Ritz en pleine guerre de 14 ou encore pour le café au lait et les croissants qui font l’essentiel de son alimentation, à la révélation du téléphone qui nous feront relire les belles pages consacrées à cette invention moderne qui offrent à Marcel un horizon nouveau, la vie de ce Cher Marcel dit l’intimité d’un être qui a fait de sa vie une oeuvre. Les amoureux de Proust et ceux qui le découvriront auront plaisir à entendre ou à apprendre que le jeune Marcel avait pour professeur d’anglais l’illustre Stéphane Mallarmé ou à réécouter l’histoire d’Odette et de Swann, le personnage le plus aimé des lecteurs. C’est donc une histoire d’amour que raconte le spectacle, celle des lecteurs et des futurs lecteurs de Proust pour ce très cher Marcel.

Joëlle Seranne – Mise en scène
Olivier Dutaillis – Interprétation
Yann Struillou – Création lumière
Antoine Dutaillis – Musique
Lola Perez-Guettier – Vidéo
Valérian Béhar-Bonnet – Collaboration artistique

Théâtre de la Luna du 7 au 26 juillet 2025

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