ISABELLE S’ACCROCHE

Seule en scène d’Isabelle Bonadei

Mise en scène : Pascal Canté

 

Pour un bon départ, car tout se joue dès les premiers moments, y compris et surtout sur scène, Isabelle s’accroche au manuel de savoir-vivre en usage dans les meilleures écoles des métiers de l’accueil de l’hôtellerie. Et ça déménage! Les spectateurs d’abord, (dé)placés comme il se doit, suivant le fameux protocole des usages français, quelque peu chahuté toutefois par une maîtresse de cérémonie hyperactive et autoritaire (à la chantal Ladessou… mais au-dessus). Petit conseil à l’usage des spectateurs solitaires et masculins : venez accompagné ou vous risquez de passer à la casserole, sur scène avec la diva sur les genoux. L’interactivité du spectacle s’arrête cependant là, Isabelle se lance ensuite dans son roman sentimental. Le drame de la quinquagénaire écarté du marché de l’amour et victime de la double peine ; car elle erre aussi dans le tunnel des comédiennes de plus de 50 ans.

C’est donc tout naturellement qu’Isabelle nous entraîne vers des âges plus lointains, et en EHPAD, ouvrant des portes recèlant d’autres misères. Difficile d’en rire parfois car le sujet est devenu sensible dans l’actualité de ces dernières années mais Isabelle s’accroche et fourre le public dans sa poche. Un spectacle instructif et amusant sur des scènes de la vie quotidienne.

 

Festival Off d’Avignon.

Théâtre Al Andalus du 7 au 29 juillet. Jours impairs. Relâche le 25 juillet.

 

 

L’AMANT

Texte d’Harold Pinter
Mise en scène Ludovic Lagarde

Pinter et Lagarde nous entraînent dans l’étrangeté d’un couple, de son désir, de la nécessité dangereuse du fantasme. Comment lutter contre la désérotisation de l’autre, de son corps ? Comment résister à l’érosion mortifère du quotidien ? Par le théâtre et par le jeu ! Freud l’a depuis longtemps Expliquer: l’essentiel se joue sur une « autre scène» (der Andere Schauplatz ), inconsciente et trouble. On se fait autre pour sa compagne, son compagnon. Jeu dangereux, car cet espace scénique du désir, avec ses masques, est celui où l’on se révèle le plus. Au risque de rendre la réalité pauvre, la rendre irréelle. Vide de chair et de sens.

© Pascal Gely

Sans (trop) révéler le dispositif dramatique de l’auteur, disons que ce jeu d’amant-songe, s’il vise à rallumer la flamme érotique, peut aussi enflammer le sentiment d’identité même des protagonistes. Laurent Poitrenaux et Valérie Dashwood incarnent avec finesse ce couple rangé/dérangé, simple et duplice.

© Pascal Gely

Cette pièce, n’est pas sans parenté avec Maupassant et sa pièce « la paix du ménage » (connu également sous le titre « duel au canif ») . Il y explorait le trio mari-femme-amant dans un huis clos où la violence et la folie rôdaient.

Pas sans parenté non plus avec le « Vertigo » d’Alfred Hitchcock, où une femme se travestissait en une autre, pour entrer dans le désir et le fantasme inquiétant d’un homme.

Mise en abîme. Vertige de l’avant.

Texte d’Harold Pinter
Traduction Olivier Cadiot
Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec : Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux et Guillaume Constanza

Lumière Sébastien Michaud
Scénographie Antoine Vasseur
Costumes Marie La Rocca
Assistante costumes Noémie Reymond
Réalisation Sonore David Bichindaritz
Conception vidéo Jérôme Tuncer
Assistante à la mise en scène Élodie Bremaud
Habilleuse Florence Messé et Noémie Reymond
Maquilleuses Mytil Brimeur, Juliette Hui et Charlène Torres
Régie générale François Aubry et Corto Tremorin

Publié le
Catégorisé comme Théâtre

LA COLLECTION

Texte d’Harold Pinter

Mise en scène Ludovic Lagarde

Après l’amant, la collection est une autre variation d’Harold Pinter sur le thème du couple, du désir, du jeu entre fantasme et réalisation du fantasme. Le dramaturge dédouble ici le dispositif avec un couple homme/femme et un couple d’hommes. Il dédouble également l’espace scénique : attribuant le jardin au premier et la cour au second. Les deux couples se télescopent, s’entremêlent. Non sans humour, un humour très british.

© Pascal Gély

Mathieu Amalric et Micha Lescot s’amusent beaucoup dans leur duo d’acteurs. Ils investissent avec force le jeu sans texte, les situations comico-burlesques, sans insistance mais avec une réussite certaine. Dans ce quatuor, c’est Micha Lescot qui toutefois s’impose scéniquement. Gestuelle hyper précise, corps chorégraphié, construction d’une silhouette prégnante, travail du phrasé du texte qui sublime le rôle. Le plus théâtral des quatre sans doute, dans le sens le plus élogieux.

L’histoire ? un vaudeville sans vaudeville, un Feydeau sans Feydeau. Ici l’amant ne fuit pas le mari cocu. Il n’y a d’ailleurs pas d’amant, et le tea-time remplace la course-poursuite. Rien ne chauffe, rien ne surchauffe. L’adultère version Pinter est une assiette anglaise pas un dindon (avec ou sans marrons).

Une assiette froide. Glaciale.

 

© Pascal Gély

Texte d’Harold Pinter

Traduction Olivier Cadiot

Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec Mathieu Amalric, Valérie Dashwood, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux

Dramaturgie Sophie Engel

Lumières Sébastien Michaud

Scénographie Antoine Vasseur

Collaboration à la scénographie Éric Delpla

Costumes Marie La Rocca

Publié le
Catégorisé comme Théâtre