LE DOUBLE

D’après la nouvelle de Dostoïevski
Adaptés et miss en scène par Ronan Rivière

Le jeune Goliadkine, fonctionnaire de bas rang, pauvre mais noble, vit sous les toits de Pétersbourg dans la promiscuité de son unique domestique -et ami. L’irruption au bureau d’un parfait homonyme et concurrent dont la ressemblance physique est également frappante et qui semble intriguer pour lui prendre sa place achève d’ébranler ses nerfs et le fait lentement glisser vers la folie.

C’est la première fois en France que cette nouvelle de Dostoïevski ayant pour cadre l’administration tsariste, asile de hobereaux déclassés si éloignée du monde réel et propice aux dérives fantastiques, est portée à la scène dans une version théâtrale à plusieurs personnages.

Une frénésie diffuse enchante le décor, les personnages et le cours des événements avec d’abord un « casting » réussi pour le duo Don Quichote de la Neva – Sancho Pança : le jeune aristocrate émacié et malingre qui décide de s’élancer enfin dans la vie contraste parfaitement avec son domestique gras, expansif et débrouillard. Ronan Rivière est excellent dans les soliloques qu’il adresse au public comme à lui-même. Le jeu de l’ensemble des comédiens louche du côté de cette frénésie joyeuse, ce léger surjeu, que savent produire les comédiens du bon boulevard et qui produit ici l’agitation et le trouble. Un pianiste, présent sur le plateau, rythme les emballements grotesques et tourmentés de Goliadkine.

Le décor, composé de panneaux modulables est prestement déplacé à vue par les comédiens pour faire défaire et refaire un puzzle de formes architecturales aux lignes obliques ; cette esthétique inspirée du cinéma expressionniste allemand, insinue un léger décrochage de la réalité, réalité elle-même mouvante et confuse. Quelle est la part de fantasme dans ce que perçoit Goliadkine ? Ce n’est pas clair pour le spectateur, lui aussi quelque peu confus et qui, entraîné dans les péripéties du malheureux héros, ne voyant pas le temps passer, se retrouve tout étonné d’avoir été si vite transporté à la dernière station du drame.

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Crédit Photo: Ben Dumas

Interprètes  (par ordre d’entrée dans la troupe) : Ronan Rivière (Jacob Pétrovitch Goliadkine), Jérôme, Rodriguez (Nikolaï Sémionovitch), Michaël Giorno-Cohen (Pietrouchka), Jean-Benoît Terral (Olsoufi Ivanovitch), Laura Chetrit (Clara Olsoufievna), Antoine Prud’homme de la Boussinière (Le Double) Et Olivier Mazal au piano.

Musique : Léon Bailly
Décor : Antoine Milian
Costumes : Corinne Rossi
Lumière : Marc Augustin-Viguier

Durée 1h25

Du 6 au 29 juillet au 3 Soleils (Théâtre Galerie) , 4 rue Buffon 84 000 Avignon

Au bord du lit

d’après Guy de Maupassant

Mise en scène : Frédéric Jacquot

Le théâtre de Maupassant, peu nombreux et méconnu mériterait d’être plus souvent joué. Frédéric Jacquot nous présente ainsi cinq courts textes, des petits bijoux de badinage adaptés de fictions de Maupassant se présentant comme des lettres (« les caresses », adapté ici en monologue , « Mots d’amour ») et des nouvelles (« Sauvée », « Au bord du lit », »Le signe »). Ces trois derniers textes, constitués quasi exclusivement de dialogues, ont pourtant été édités et présentés au public sous la forme de nouvelles ; peut-être pour des raisons commerciales propres à l’auteur (établi comme un maître de la nouvelle) et l’époque (les formes courtes peu prisées au théâtre ?) qui ne devraient plus avoir cours aujourd’hui.

C’est donc avec plaisir que le public découvre ces pièces de boudoir au charme suranné, parfois, notamment dans le premier monologue (« Les caresses »), un éloge des femmes très « belle époque » qu’on pourrait aujourd’hui qualifier de sexiste mais que le jeu du comédien, traduit de façon nuancée, distanciée et ironique.

Hors ces moments où les hommes en parlent, les femmes ont le beau rôle, cependant, quand elles prennent la chose en mains pour détourner avec esprit et espièglerie les règles contraignantes de la société patriarchale. Dans « Le signe » par exemple, une jeune épouse confie à sa meilleure amie l’étrange « mésaventure » l’ayant entraînée malgré elle aux plaisirs de l’adultère ou encore « Sauvée » qui dévoile les savantes manigances permettant de délier les liens sacrés du mariage… aux torts exclusifs du mari, bien sûr!

Des maris finalement attrapés dans les filets de ces dames, notamment dans la pièce donnant son titre au spectacle « Le bord du lit » où l’épouse d’un mari volage mais soudainement redevenu amoureux lui propose, tout comme les cocottes dont il a l’habitude, de tarifer leur relation.

Piquant et libertin, Maupassant nous enchante sur un air de jazz. A ne pas manquer !

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Interprètes : Elisa Birsel, Lina Veyrenc, Frédéric Jacquot

Jusqu’au  28 juillet à 11h30 au Théâtre du Rempart (56 rue du Rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon)

LE COMTE DE MONTE CRISTO

D’après Alexandre Dumas

Mis en scène par Richard Arselin

Très tôt dans l’histoire du cinéma, les réalisateurs absorbèrent la matière romanesque des grandes œuvres littéraires du 19ème. Et c’est principalement dans les salles obscures que la popularité de ces romans, publiés en feuilleton dans la presse, passa dans le siècle suivant. Ces œuvres populaires appartiennent au patrimoine audiovisuel autant que littéraire nous rappelle la mise en scène de Richard Arselin. Les éclairages, tout en clair obscur, convoquent ainsi l’esthétique du film noir. Quant à la création sonore, il n’est pas exagéré de parler de bande-son ; elle est en tous cas, diffusée avec la même intensité que dans une salle de cinéma.

Pendant des années, du fond de son cachot, Edmond Dantès, l’homme qui apprit à voir dans le noir, a ruminé son œuvre de vengeance. Pour resserer le lien entre passé et présent, entre le moteur psychologique de l’action et la réalisation de la vengeance, les nombreuses péripéties de l’évadé de l’île d’If imaginées par Alexandre Dumas, avant d’atteindre au châtiment, sont éludées. A la manière d’un scénario, l’histoire suit le fil d’une série de flash-back sur le prisonnier d’autrefois ainsi que des scènes récurrentes sur son retour en visiteur, nostalgique du camarade de cellule à la figure de père qui l’a sauvé, formé et éclairé sur son destin.

Sur le plateau nu, les comédiens glissent d’une scène à l’autre, profitant des ombres. Ils dansent et virevoltent enveloppés d’amples costume. A trois, ils interprètent tous les personnages, mêlant à l’esthétique du cinéma les ressources propres de l’art théâtral, particulièrement du théâtre corporel quand en deux secondes, il faut camper un caractère. Ils composent une silhouette en jouant des replis du costume ; d’un geste, ils marquent un caractère: une main sur la gorge pour le juge arrogant, les jambes étalées du bon bourgeois, etc. Quelle énergie ! Quel souffle ! Le souffle épique du roman servi sur un plateau.

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Mise en scène et Lumières : Richard Arselin
Interprètes: Véronique Boutonnet, Franck Etenna, Luca Lomazzi
Travail sonore : Franck Etenna
Costumes : Les Vertugadins