BARBARO, Concert-Chorégraphie

Chorégraphie et mise en scène : Dusan Hégli

À l’heure de la disparition de Milan Kundera, la dictature brille encore sous le ciel de l’ancienne Europe de l’Est. Pour illustrer l’art sous influence en Europe Centrale et Orientale, le chorégraphe Dusan Hégli utilise la danse traditionnelle comme un miroir tendu à ces nouveaux maîtres de la tradition que sont les politiques des régimes post-communistes illibéraux. La pièce Catastrophe de Samuel Beckett réécrite par Parti Nagy Lajos offre le cadre ironique et sarcastique où s’affrontent les idéologues et les artistes qui tentent de résister au dogmatisme  national. La Mission Sacrée prônée par la voix off de Jean-Marc Barr ressemble à s’y méprendre au lyrisme que haïssait tant Kundera. Le texte,  complexe et truffé de références à l’histoire du communisme et de son effondrement donne le la à ce concept de danse théâtre. Au son du quatuor à cordes,  les neuf danseurs virtuoses et les quatre musiciens se plient donc à la tradition folklorique pour tenter de s’en extraire. Rebelles d’abord, marionnettes du pouvoir aux corps désarticulés ensuite, ces jeunes corps disent la difficulté à échapper à l’autorité des politiques. De la musique traditionnelle à Bartók, et de la danse folklorique à sa métamorphose, Dusan Hégli tente donc de couper les fils qui le relient obstinément au passé pour faire du nouveau et tordre le cou à ces contempteurs de la diversité. On salue la précision  mécanique  de la chorégraphie, l’allégresse des corps et l’infaillible virtuosité des musiciens.

 

   

 

Chorégraphie et mise en scène : Dusan Hégli
Texte
: Lajos Parti Nagy
Musique : Béla Bartók, Máté Hegedűs, Gergely D. Hegedűs
Voix : Jean-Marc Barr

TEASER BARBAROhttps://www.youtube.com/watch?v=cX_82mXdn7k

À l’Espace Roseau Teinturiers du 7 au 29 juillet à 22H25 tous les jours sauf le mardi.

MASONN

Chorégraphie de Max Diakok

Danse urbaine enracinée dans la tradition du Gwoka, Masonn offre une étonnante variation originale et libre sur le thème de l’altérité. Du son et de la gestuelle du Gwoka, danse née en Guadeloupe à l’époque de l’esclavagisme, Max Diakok a gardé l’essence rebelle et émancipatrice. Les danseurs se cherchent et se dessinent en solo, en duo ou à plusieurs, martelant le sol d’un pied guerrier, cherchant jusqu’à la désarticulation la capacité des corps à exister en entrant en relation avec l’autre. La chorégraphie explore le cheminement de cette ouverture, se faisant l’écho des limites et des frustrations que le corps de l’autre nous impose. Organique et vivifiante, portée par une bande son originale qui emprunte au Gwoka comme à la house, la chorégraphie trouve des points de rupture et d’harmonie, en intégrant des jeux d’ombre et de lumière, fruit du somptueux travail vidéo-scénographie de Claudio Cavallari. Le mur (Masonn en créole), réel ou illusoire, s’il est brisé, devient la condition d’un rapport harmonieux à l’autre. Max Diakok réussit son pari de vivifier et de magnifier une expérience du Gwoka intime et puissante en l’intégrant à la modernité du hip-hop.

         

Chorégraphe : Max Diakok
Interprètes : Esther Trusendi – Eva Julliere, Omar Cretella – Yann Brelle (Presher Blue)
Vidéo-scénographie : Claudio Cavallari
Lumières : Anthony Valentin
Composition de la bande originale: Rico toto
Interprètes bande-son : Jaklin Étienne, Nathalie Jeanlys, Franck Nicolas, Olivier Juste et Rico Toto
Costumes : Peggy Housset

 

Masonn en Avignon au théâtre de l’Oulle, tous les jours du 7 au 29 juillet 2023 sauf le lundi à 19h.

TEASER MASONN : https://vimeo.com/482842388

                                                                                              Anna Kohn

LA CAMPAGNE

Texte MARTIN CRIMP

Mise en scène SYLVAIN MAURICE

Dès la première scène nous ressentons le huis-clos d’un couple qui aurait tout pour être heureux. Un projet de vie à la campagne bien débuté, certainement deux beaux enfants qui dorment au-dessus. Tout est lisse, évident. Ils sont partis vivre à la campagne. Ce qui a été, après le confinement, pour beaucoup un choix, une bifurcation de vie, pour retrouver l’essentiel, Crimp il y a plus de vingt ans en faisait déjà l’autopsie. La campagne comme la recherche d’une vérité, d’un apaisement, d’une vérité non frelatée.

Mais très progressivement, ce huis-clos apparaît tendu, puis vicié. On simule le couple, on simule « la vie à la campagne », on simule l’accès à un idéal campagnard. Mais l’autre face de l’idéal c’est l’imposture, la dévitalisation au profit d’une posture. Loin du bruit de la ville, du brassage des êtres, on finit par se retrouver face à face, sans échappatoire possible. Et ce face-à-face ne révèle pas une vérité chez Crimp, elle dévoile le mensonge, que l’autre, celui avec qui l’on vit, a des enfants, est un étranger. Un pur étranger. C’est bien cela qui est au cœur de la pièce de Crimp : cette inquiétante étrangeté conceptualisée par Freud (« unheimliche », également traduit « inquiétant familier »). C’est dans le plus familier que surgit, forcément, le bizarre l’incongru, l’étrange.

© Giovanni-Cittadini

La direction d’acteur s’inscrit dans cette voie. Dès les premières minutes, Isabelle Carré et Emmanuel Noblet présentent un jeu à la fois juste et plaqué. Un peu « Fake life ». Ils jouent la comédie d’un couple qui se joue la comédie. Comme une mauvaise publicité Ikea. Ils en font trop, ou pas assez, au point que ce couple apparaît progressivement comme une « grimace de couple », un rictus de bonheur, comme on en simule tous sur les photos de vacances ou d’anniversaire. C’est la partie la plus intéressante du spectacle : renvoyer au public comment une relation intime peut se vicier et devenir une photocopie, un simulacre grinçant. Ce jeu très réussi des comédiens met bien en valeur le projet destructeur de Crimp pour dénoncer l’entreprise aliénante socialement du couple et de la vie familiale.

Mais ce semblant perdurerait s’il n’y avait, comme toujours au théâtre, l’intervention d’un élément extérieur, d’un corps étranger. Une femme (Manon Clavel), arrive et fera tomber tous ces semblants… Il ne faut pas révéler la teneur de cette irruption, car « La campagne » est autant un drame relationnel qu’une sorte de polar à la trame parfaitement écrite. Disons simplement que Manon Clavel joue à merveille, dans son relâchement et son instinctivité le pendant d’une Isabelle Carré très corsetée dans son bonheur.

© Giovanni-Cittadini

Sylvain Maurice réussit à nous immerger dans cette campagne révélatrice : Une campagne où la recherche de la nature préservée débouche sur la découverte de notre nature frelatée. Une campagne où le brouhaha humain incessant de la ville n’ayant plus cours, la parole isolée apparaît vidée de toute émotion vraie : humaine sans humanité. Un spectacle angoissant tant il déconstruit nos identifications. Pour y substituer quoi ?

Texte MARTIN CRIMP

Traduction PHILIPPE DJIAN

Mise en scène SYLVAIN MAURICE

Avec

ISABELLE CARRÉ

YANNICK CHOIRAT, en alternance avec EMMANUEL NOBLET

MANON CLAVEL

Scénographie SYLVAIN MAURICE

En collaboration avec MARGOT CLAVIÈRES

Lumières RODOLPHE MARTIN

Son JEAN DE ALMEIDA

REPRÉSENTATIONS

Du 13 mai au 18 juin 2023

21h du mardi au samedi

17h le dimanche

Durée 1h20

https://lascala-paris.fr/programmation/la-campagne/