KOLIK

Texte de Rainald Goetz

Mise en scène Alain Françon

Rainald Goetz, naît en 1954 à Munich, après avoir suivi des études de médecine et d’histoire, il est neurologue dans une clinique psychiatrique avant de se consacrer à l’écriture. Auteur à Berlin, il signe des textes virtuoses d’une contemporanéité âcre et acerbe, dont son premier écrit « Psychiatrie ».

Chroniqueur, Rainald Goetz témoigne d’une écriture clinique du quotidien, une exploration intérieure sensible à la présence de son propre corps, et à la recherche scientifique, philosophique, artistique et historique.

Avant Kolik, avec Antoine Mathieu, Alain Françon a créé Katarakt de Rainald Goetz, traduit par Olivier Cadiot, en 2004 avec Jean-Paul Roussillon, au Théâtre de la Colline.

photo © P. Olivier

Tout d’abord, il faut dire l’étrange d’une représentation réservée à un groupe de vingt personnes, « professionnels de la profession », qui en ce temps de prohibition culturelle, de civilisation optionnelle, ont la possibilité de jouir d’un spectacle interdit aux autres.

Il faut dire l’étrange, encore, de cette situation où un homme démasqué sur une scène s’adresse à un public masqué. Renversement de l’histoire du théâtre originel, où des hommes masqués sur scène s’adressaient à des hommes démasqués dans le public.

Le spectacle :

Françon aime théâtraliser la parole poétique, monologuée, ressassée jusque à l’extrême où le langage se mange lui même et s’engloutit.

Il avait trouvé avec Serge Merlin son grand mastiqueur. Serge Merlin, le plus grand comédien peut être de notre époque. Et ce fut « Le dépeupleur » ou la dernière bande » (Beckett) , et ce fut « Extinction » (Thomas Bernhard).

A nouveau, avec Rainald Goetz, il nous confronte à ce cancer qu’est le langage pour l’homme, cette maladie qui le fait « parlêtre », comme le disait Jacques Lacan. Il en fait la clinique, que l’auteur définit parfaitement comme : « observation des changements ».

photo © Ina-Seghezzi

Un homme soliloque. Il semble, à première écoute, divaguer au fil d’une parole associative et logorrhéique, une diarrhée verbale pour suivre le titre, Kolik.

Mais rapidement, on constate que son discours est d’une Konstruction, d’un Kohérence implacable.

Il y est kestion du sujet, de sa création, du korps, du logos, du temps, du kosmos, et j’en passe tant tout s’enchaîne métonymiquement comme un grand marabout-de-ficelle. L’auteur est neurologue, psychiatre et, sans en avoir la forme académique et universitaire en rien, son kolik est un colloque.

Un kolok poétique et scénique, mais tout autant transmetteur de savoir.

Kolik demande un effort constant de Koncentration du spectateur, les idées apparaissent et disparaissent, s’engendrent les unes les autres sans s’arrêter. La moindre inattention et la kausalité se perd, et nous sommes perdus. Il faut alors se raccrocher au wagon suivant qui apparaît bientôt.

La forme est le fond se rencontrent. Alliage textuel de tautologies (« Je suis ce que je suis ») et d’oxymores. Mise en évidence de la disjonction entre la parole et le réel. Lacan, encore lui, disait que « Le mot c’est le meurtre de la chose. » Et pourtant, la parole est liquide, le temps est liquide, la parole est le temps. L’homme boit, puis parle. Comme si le texte était dans la bouteille, et devait être recraché une fois humanisé. Comme si le temps était une Clepsydre (le spectacle commence à la première gorgée bue, et s’achève après la dernière). La parole ne cesse d’avancer, métronomique. Et tout cela est un vidage. Le corps même est cette bouteille, cette parole, ce temps, qui se vident, fuient. L’homme devra aussi vider la scène, vider la place.

Le komédien c’est Antoine Mathieu. Il est toujours sur le point équilibre. Toujours claire sans être explicatif, toujours humain sans psychologiser sa partition. Il comprend ce qu’il dit en ne le pensant pas, car dans l’humilité de dire. Il est plutôt enfant, enfantin même. Frais dans sa manière de s’entendre dire, et se surprendre dans l’instant. De manière étonnante il interprète le texte maintenant et mains tenues. Je veux dire que jamais il n’utilise ses mains pour souligner, légender, ou même soutenir, le sens où l’émotion. C’est à y réfléchir assez rare au théâtre, car très difficile. Cela produit l’effet d’un texte qui passe au travers d’un comédien, sans qu’il puisse en faire un objet. Au sens où un objet est ce que l’on peux manipuler, posséder, jeter. Là, le texte ne fait que passer, traverser le corps percé d’Antoine Mathieu.

 

 

Texte de Rainald Goetz

Traduction Christine Seghezzi

Mise en scène Alain Françon

Avec Antoine Mathieu

Scénographie Jacques Gabel

Spectacle vu le 8 janvier 2021 au Théâtre 14.

Coproduction Théâtre des nuages de neige, Théâtre du Nord – CDN Lille/Tourcoing.

Avec le soutien du Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris

https://theatre14.fr/index.php/programmation-2020/programmation-2020-2/kolik

 

LA SOURICIERE

Texte de : Agatha Christie

Mise en scène : Ladislas Chollat

Allons droit au but, cette souricière est un plaisir de gourmet !

Inutile de vous résumer l’intrigue, à moins que vous ne souhaitiez savoir que le coupable est bel et bien… Mais chut !! Laissons-nous prendre à ce doux et suranné plaisir, plus christien que christique, du jeu du chat, de la souris… et des trois petit cochons (si si). Ce suranné, si British, fait de petits pois à la menthe, d’intérieurs cosy et d’extérieurs sujets aux intempéries. Ladislas Chollat coche toutes les cases de la réussite d’un tel spectacle. L’atmosphère d’outre manche est parfaitement rendue. Les personnages sont parfaitement typés (genre cluedo), et hauts en couleurs. Une touche de Musical pour faire liant et rehausser le tout fait également merveille. L’humour enfin. Il semble que le texte ait été assez largement retouché à cet effet (adaptation de Pierre-Alain Leleu). Les modifications  à ce niveau sont pour le meilleur. En effet le ton choisi est un peu décalé, mais toujours dans le ton de l’œuvre originale. Et surtout il fait mouche ! On rit même plus que l’on est intrigué au final.

Photo François Fonty

Le metteur en scène n’a pas oublié de s’entourer d’une distribution d’excellents comédiens. Précis et inventifs, impliqués dans la partition générale, tout en ayant soin d’apporter justesse et folie à leur personnage. Une mention spéciale au Major Metcalf et à Monsieur Paravicini, qui parcourent la pièce en virtuoses.

Au total, une superbe réussite, drôle et intelligente, un divertissement de haute qualité à voir absolument ! Alors réservez vite votre chambre au manoir de Monkswell, et rejoignez tous ces coupables. Coupables du crime, bien pardonnable, de nous avoir ravis!

 

Texte de : Agatha Christie

Mise en scène : Ladislas Chollat

Adaptation : Pierre-Alain Leleu

Décor : Emmanuelle Roy

Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz

Maquillages & coiffures : Catherine Saint Sever

Lumières : Alban Sauvé

Musiques : Frédéric Norel

Son : Mathieu Boutel

Avec Christine Bonnard, Dominique Daguier, Sylviane Goudal, Stéphanie Hédin, Brice Hillairet, Pierre-Alain Leleu, Marc Maurille, Christelle Reboul, Frédéric Rose, Pierre Samuel

Jusqu’au 31 mars, mardi au samedi à 21h
Matinée les dimanches à 15h30

La Pépinière Théâtre,  7 Rue Louis le Grand, 75002 Paris

https://indiv.themisweb.fr/0036/fChoixSeance.aspx?idstructure=0036&EventId=172&request=QcE+w0WHSuAU4cpKYUFSGpyAk+9jjn8bq918r4qKUVajYg53EiUDOHZMDLracJ5wY+6eIYCbVkc=

LE ROSAIRE DES VOLUPTÉS ÉPINEUSES

De Stanislas Rodanski

Mise en scène Georges Lavaudant

Georges Lavaudant propose un théâtre qui embrasserait, voluptueusement, le cinéma sur la bouche. Pas n’importe quel cinéma. Celui de Wilder et de Sunset boulevard, de Kubrick et de Shining, où Lancelot ( Frédéric Borie) nous convie à boire un bloody mary au bar du Overlook Hôtel de Shining. Dans une première scène qui pourrait être la dernière.

Pas n’importe quelle bouche. Celle de Dietrich, Swanson ou Novak.

Pas n’importe quel baiser, puisque mis en scène comme Hitchcock filmait « les scènes d’amour comme des scènes de meurtre, et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour ».

G. Lavaudant injecte et projette une esthétique du noir et blanc, seulement contrariée par le rouge Carlton (Frédéric Roudier) figurant une tache de sang indélébile, la place du mort. Valet touché au cœur, Monsieur Loyal. Lancelot, lui, est le valet de trèfle, arme du crime de la Dame de pique (Élodie Buisson).

Il met ses comédiens comme en suspension dans ce thriller onirique et poétique, comme séparés de leur chair et du plateau, par une lumière idéale et élégante.

Ils sont sonorisés, ce qui renforce encore leur idéalisation iconique, leur délivrance de la pesanteur charnelle. Ils nous font nous glisser dans le texte poétique de Stanislas Rodanski . Comme on se laissait aller, sans doute, à la voluptueuse langueur des sleepings. Et puis une phrase : « Parfois l’heure de la mort arrive en plein milieu de la vie. ». Elle nous rend au cauchemar éveillé de nos existences.

photos © Marie Clauzade

Texte  Stanislas Rodanski

Mise en scène Georges Lavaudant

Avec Frédéric Borie, Élodie Buisson, Clovis Fouin Agoutin, Frédéric Roudier, Thomas Trigeaud

Décor et costumes Jean-Pierre Vergier |

Son Jean-Louis Imbert |

Maquillage, coiffure, perruques Sylvie Cailler et Jocelyne Milazzo |

Chorégraphie Francis Viet |

 

Théâtre Gérard Philipe

59, boulevard Jules-Guesde, Saint-Denis

Du 17 Mai 2019 – 19 Mai 2019

vendredi et samedi à 19h, dimanche à 15h.