RABELAIS

De Jean-Louis Barrault

D’après les textes de Rabelais

Mise en scène Hervé Van der Meulen

       A l’époque où pullulent les spectacles « seul en scène », comme un symptôme de notre temps où l’individu se sent si seul au monde, le Studio d’Asnières et Hervé Van der Meulen choisissent de représenter une œuvre « tout et tous en scène ». Le théâtre monde imaginé par Jean-Louis Barrault en 1968, portant sur le plateau tout Rabelais en un tourbillon de près de trois heures, qui passent ici comme une. Choix salutaire car l’époque Renaissance de Rabelais avec sa fracture entre catholicisme, protestantisme et humanisme, sur fond d’invention de l’individu est un miroir réfléchissant pour la notre si dissociée. Le choix d’un texte, surtout connu pour être le géniteur du roman français, comme texte de théâtre peut étonner. Cependant il faut se souvenir qu’au seizième siècle on lisait encore à haute voix, et que la profusion créative du verbe rabelaisien ne prend sa forme et ampleur que mise en bouche.

        Le bonheur de la verbalisation, mais aussi de la mise en corps, sont les qualités évidentes de cette grande réussite d’ Hervé Van der Meulen. La richesse foisonnante du texte se retrouve en tout sur la scène. Les costumes sont une rare réussite, hybridation steampunk-médiévale d’une haute inventivité. Les chorégraphies font exulter le Gai savoir en un gai bouger, où la simplicité d’un geste s’accouple avec une danse ou une cascade guerrière époustouflantes de maîtrise. La scénographie est minimale dans sa machinerie, maximale dans son effet de rêverie. On pourrait continuer ainsi longtemps, tant tout va à l’unisson d’un spectacle monumental et enfantin, réjouissant en permanence, sans cesser de donner à penser. J’oubliais la musique ! Elle rythme les systoles et diastoles du plateau. Les comédiens musiciens emballent la pulsation par un tintamarre joyeux, ou font languir en nous une mélancolie par un chœur beau et profond. Ils sont dix neuf à briller devant nous. Jeunes comédiens issus de la formation du Studio d’Asnières. Ils ne trahissent leur jeunesse dans le métier que par leur fougue et leur passion. Dix neuf et pas un qui baisse de ton.

Notre ère de réchauffement climatique est une ère de refroidissement humain, elle a besoin de la sève réconciliatrice et vivifiante de Rabelais et de ce spectacle.

        Oui ce « Rabelais » est du grand théâtre, humain et démesuré, simple et débordant. Une réussite de chaque instant à voir absolument !

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Crédit photo Karine Péron le Ouay

De Jean-Louis Barrault

D’après les textes de Rabelais

Mise en scène Hervé Van der Meulen

Avec : Étienne Bianco, Clémentine Billy, Loïc Carcassès, Aksel Carrez, Benoît Dallongeville, Ghislain Decléty, Inès Do Nascimento, Pierre-Michel Dudan, Délia Espinat-Dief, Valentin Fruitier, Constance Guiouillier, Théo Hurel, Nicolas Le Bricquir, Juliette Malfray, Mathias Maréchal, Théo Navarro-Mussy, Pier-Niccolo Sassetti, Jérémy Torres et Agathe Vandame

Chorégraphie Jean-Marc Hoolbecq

Musique originale Marc-Olivier Dupin

Scénographie, masques et accessoires Claire Belloc

Costumes Isabelle Pasquier

Lumières Stéphane Deschamps

Maquillage Audrey Millon

Coproduction Le Studio d’Asnières et le Théâtre Montansier de Versailles (78)

Avec la participation artistique du Studio – École Supérieure de Comédiens par l’Alternance

Du mardi 4 au dimanche 23 décembre 2018

Studio d’Asnières

3, rue Edmond Fantin, 92600 Asnières

billetterie@studio-asnieres.com

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L’ECOLE DES FEMMES

Texte Molière,

Mise en scène Nicolas Rigas

           La nouvelle mouture de « L’école des femmes », proposée par Nicolas Rigas n’est certes pas avant-gardiste, et ne répond pas à une volonté de modernisation de l’œuvre. Cela n’est pas très grave car celle-ci n’en à pas besoin, et le parti pris spectaculaire et d’efficacité comique touche sa cible, le public. L’idée de camper l’intrigue fin 19ème, outre l’ajout de la légèreté d’Offenbach, fait résonner le texte, et ses ressorts comiques, avec un autre registre : le vaudeville. Avec des pièces comme « Georges Dandin » ou cette « École des femmes », Molière est bien le précurseur d’un Feydeau. Maris cocus, stratagèmes amoureux virant à la farce, quiproquos… Tout est déjà là deux siècles plus tôt. La mise en scène fait sonner cela à plein, et le cocu, magnifique de bêtise confite, finira en dindon de la farce. Le couple de serviteurs, idiot et cupide, joue dans un registre burlesque que l’on voit rarement à ce niveau d’excellence. Acrobates, acteurs et cascadeurs, Romain Canonne et Jean Adrien rappellent que Molière n’est jamais très loin de la commedia del arte, du corps agile du saltimbanque italien. Ils font le grand écart, au sens propre comme figuré, avec le slapstick des premiers temps du muet. Mack Sennett, Keaton, qui auraient fait un détour par le temple Shaolin ! Leur performance de haut vol est mémorable. Pour ce qui est de la modernité, le texte seul, plus un simple voile religieux encageant le visage, suffisent à soutenir l’actualité de la pièce. Molière a toujours été féministe, insolemment, à contre courant de son siècle et des précédents. Contre le patriarcat, le pouvoir lourd des hommes, les prétextes religieux. Il risque même un début d’apologie du consentement à l’adultère vers la fin, comme philosophie du bonheur conjugal ! Tout cela est accompagné à merveille par un trio violon, violoncelle et flûte, comme l’on faisait autrefois quand le cinéma n’avait besoin que d’images. Si l’on a préféré que les airs d’Offenbach s’insèrent à l’action, plutôt qu’ils n’interviennent en intermèdes, ils sont toujours bienvenus. Voilà donc un spectacle total et généreux qui ravira l’amoureux de Molière comme le béotien en la matière. Un spectacle à partager en famille durant ces fêtes de fin d’année, où même le plus vegan ne verra pas malice à délaisser la dinde au profit du dindon.

Crédit photo  © Théâtre du Petit Monde

Texte de MOLIÈRE

Mise en scène Nicolas Rigas

Musique OFFENBACH, LES CONTES D’HOFFMANN
Avec
Nicolas Rigas                                Arnolphe
Martin Loizillon                          Horace
Antonine Bacquet                       Agnès
Amélie Tatti                                  Agnès
Romain Canonne                        Alain
Jean Adrien                                   Georgette
Salvaore Ingoglia                        Chrysalde
Philippe Ermelier                       Oronte
Raphaël Schwob                          Oronte

Musiciens
Jacques Gandard ou Karen Jeauffreau, Violon
Robin Defives, Violoncelle
Emma Landarrabilco, Flûte
Création Lumière                    Jessy Piedfort
Direction Musicale                  Jacques Gandard
Costume et Décors                  Théâtre du Petit Monde
Production Théâtre du Petit Monde

Du 1er au 31 décembre au Théâtre déjazet, 41, boulevard du Temple 75003 Paris

CYRANO

Texte d’Edmond Rostand

Mise en scène Lazare Herson-Macarel

Le théâtre de la Tempête donne un nouveau Cyrano. Encore ? Après celui de Podalydès avec le flamboyant Vuillermoz ? Après celui asilaire de Torreton par Pitoiset ? Encore ?

Oui encore ! Car Lazare Herson-Macarel prend à bras le corps cette pièce qui est en elle même un grand panache pour en faire ce qu’elle est : une grande fête, une orgie de théâtre, une hécatombe de la petitesse et des renoncements quotidiens. Cyrano c’est le théâtre fait homme et l’homme accouchant de la théâtralité. Dès la scène d’exposition, aussi fameuse qu’étrange, où nous sommes au théâtre attendant l’entrée, non du comédien principal, mais bien de Cyrano, dont on parle longuement l’annonçant sans fin. Et quand il entre, c’est justement pour chasser le comédien à la déclamation amidonnée et grandiloquente. Cyrano chasse la poussière du plateau comme Jésus les marchands du temple, à coups de trique. Il restaure le bonheur de jouer, la spontanéité dans la démesure, la joie enfantine dans le sérieux des enjeux. Toute la mise en scène sert ce propos. On ne s’appesantit jamais, on va à l’ivresse. Des praticables tourbillonnent et l’on se retrouve au siège d’Arras, on déchire les pages d’un livre et elles deviennent pluie de feuilles mortes. Tous les choix de mise en scène vont à l’essentiel, à l’évidence, de manière enfantine et souvent poétique. Ces trouvailles de théâtre de recyclage sont parfaitement cohérentes avec le texte. Succession de surprises, d’intelligence et de style, par la torture amoureuse « appliquée à  ce grand niais d’alexandrin » par Rostand, après Hugo.

La distribution va de conserve. Le jeu haut et clair, spontané et vivant, est toujours privilégié. De l’énergie, de la sueur et un engagement émotionnel qui emporte. Eddie Chignara cyranise la bêtise, la bassesse des hauts placés, à coups de rimes. « fly like a butterfly sting like a bee » disait Ali. Il ne souligne jamais le vers, n’appesantit pas l’énormité de son Bergerac par une volonté d’effet. Il humanise le sublunaire, sans rien enlever de son excès. Chez tous le plaisir, enfantin j’insiste, de jouer est palpable. Quelques palpitations supplémentaires pour le jeune David Guez aussi juste que puissant. Il propose un beau Raguenot, vibrant plaidoyer de Rostand pour l’amour vrai de la poésie. Portrait d’une âme d’élite, de l’amateur pur, du spectateur engrené.

Le théâtre de la Tempête donne un nouveau Cyrano. Encore ! Encore !

crédit photos Victor Tonelli

De Edmond Rostand

Mise en scène Lazare Herson-Macarel

Scénographie Ingrid Pettigrew

Costumes Alice Duchange assistée de Selma Delabrière

Lumière Jérémie Papin

Création musicale Salomé Gasselin et Pierre-Louis Jozan

Maître d’armes François Rostain

Régie générale Thomas Chrétien

THÉÂTRE LA TEMPÊTE DU JEUDI 15 NOVEMBRE AU DIMANCHE 16 DÉCEMBRE

Route du Champ de Manœuvre – 75012 Paris

www.la-tempete.fr

Tournée 2018-2019 :

20 décembre : le Carré, Chateau-Gontier (53)

15 janvier :Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin (02)

18 janvier : Théâtre Jacques Prévert, Aulnay-sous-Bois (93)

22 janvier : l’Escale, Melun (77)

25 janvier : Espace Lino Ventura, Garge-les-Gonesses (95)

29 et 30 janvier : le Grand R, la Roche sur Yon (85)

2 février : le Carré, Sainte-Maxime (83)

5 février : Scène 55, Mougins (06)

8 février : la Mégisserie, Saint-Junien (87)

13 et 14 février : l’Odyssée, Périgueux (24)

21 février : le théâtre, Rungis (94)

26>28 février :le Théatre de Cornouaille, Quimper (29)

12 mars : le Salmanazar, Epernay (51)

30 mars : Théâtre Jean Vilar, Vitry (94)

2 et 3 avril : le Bateau Feu, Dunkerque (59)

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