ISABELLE S’ACCROCHE

Seule en scène d’Isabelle Bonadei

Mise en scène : Pascal Canté

 

Pour un bon départ, car tout se joue dès les premiers moments, y compris et surtout sur scène, Isabelle s’accroche au manuel de savoir-vivre en usage dans les meilleures écoles des métiers de l’accueil de l’hôtellerie. Et ça déménage! Les spectateurs d’abord, (dé)placés comme il se doit, suivant le fameux protocole des usages français, quelque peu chahuté toutefois par une maîtresse de cérémonie hyperactive et autoritaire (à la chantal Ladessou… mais au-dessus). Petit conseil à l’usage des spectateurs solitaires et masculins : venez accompagné ou vous risquez de passer à la casserole, sur scène avec la diva sur les genoux. L’interactivité du spectacle s’arrête cependant là, Isabelle se lance ensuite dans son roman sentimental. Le drame de la quinquagénaire écarté du marché de l’amour et victime de la double peine ; car elle erre aussi dans le tunnel des comédiennes de plus de 50 ans.

C’est donc tout naturellement qu’Isabelle nous entraîne vers des âges plus lointains, et en EHPAD, ouvrant des portes recèlant d’autres misères. Difficile d’en rire parfois car le sujet est devenu sensible dans l’actualité de ces dernières années mais Isabelle s’accroche et fourre le public dans sa poche. Un spectacle instructif et amusant sur des scènes de la vie quotidienne.

 

Festival Off d’Avignon.

Théâtre Al Andalus du 7 au 29 juillet. Jours impairs. Relâche le 25 juillet.

 

 

LE JOUR DU MISTER

de Bruno Leydet

Mis en scène par  Bruno Leydet et HVP
Interprété par : Margaux Lapersonne

Rose, cadre débordée et quelque peu condescendante, organise comme chaque année sa Saint Valentin : le 14 février avec le mari… et le 13 en compagnie de l’amant, son « Mister day », équivalent féminin du « Mistress day » qu’on nous présente comme une pratique bien connue aux Etat-Unis (est-ce vrai?).

La petite dame, un rien pimbèche, semble bien organisée, donc. Mais rien ne va se passer comme prévu et le grand principe qui dirige sa vie, hérité de papa (« Ne choisis rien, petite, ramasse tout ! ») se trouvera soumis à rude épreuve.

Un seul en scène étonnant à plusieurs titres. D’abord, l’intrigue, typique du théâtre de boulevard, qui fait se rencontrer les mauvaises personnes au mauvais moment au mauvais endroit et multiplie les déboires de l’héroïne jusqu’à la catastrophe finale. Pas de gras dans le texte ; chaque détail et personnage apparemment secondaire revient plus tard soutenir l’intrigue. Le héros malheureux ensuite, qui en miroir de Feydeau et son époque devient une héroïne : l’épouse. La femme reprenant à son compte la revendication de la double morale et du devoir du plaisir.

Margaux Lapersonne sait rendre la suffisance de ce Moulineaux (le « Tailleur pour dames » de Feydeau) au féminin et l’on attend avec plaisir le moment de la voir s’enfoncer. La comédienne gagne aussi le pari de faire exister la galerie des personnages secondaires.

Un mélange des genres réussi.

du mardi 19 juillet 2022 au samedi 30 juillet 2022 à 13h00 (relâche les lundis)

Théâtre Le Vieux Sage, 34 rue de la Carreterie, 84000 Avignon

L’Heureux Tour

Auteur et interprète: Jean-François Balerdi

« L’heureux tour « ! Le titre parlera aux amateurs du genre, celui des jeux de mots puisque c’est la veine que cultive Jean-François Balerdi depuis toujours. Et s’il nous annonce son « comic out », c’est parce qu’il s’agit d’une première au festival d’Avignon, « le plus grand théâtre du monde » (dixit les organisateurs du OFF). Dans son Sud-Ouest, les facéties verbales du personnage sont déjà bien connues. C’est aussi parce qu’aucune version DVD de son spectacle n’est éditée ; courez le voir, c’est sur scène qu’il déballe tout.

Et il est heureux, donc, Balerdi. Heureux, lui « qui « se soigne par les planches », de retrouver le public après l’interruption du Covid auquel un texte est d’ailleurs habilement consacré. Les jeux de mots de Balerdi dépassent en effet le choc sonore des circonstances ; porteurs de sens, faiseurs d’images, ils participent à la construction d’une histoire. Le principe: détourner les semences d’un champ lexical pour les cultiver dans un autre. Dans sa version de la longue histoire de l’Homo-sapiens avec la terre par exemple, il file de bout en bout la métaphore d’un passager de la « Planète-Airlines ».

Balerdi nous parle avec finesse des thèmes qui le touchent : le racisme par exemple avec un premier texte sur le racisme (« Racines ») où il est question d’arbres jaloux de leur nouveau voisinage exotique. Il nous raconte son parcours, sa passion du théâtre en passant par quelques hommages aux humoristes qui l’ont inspiré, révérence appuyée aux grands de la scène française… et plus subtile (sous la forme de clins d’oeil langagiers aux québecois) envers son maître en jeu de mots : Marc Favreau, figure éminente qui hante encore la scène québecoise avec son personnage de Sol.

Abondance de mots ne nuit pas : les pirouettes verbales sont nombreuses et il faut les saisir. Tous les spectateurs ne rient pas aux mêmes endroits. Mais tous rient, ou sourient.

  • Auteur et interprète(s) : Jean-François Balerdi
  • Régisseur : Pipo Guillet
  • Regard extérieur : Patrick Moglia

Au théatre Albatros (29, rue des Teinturiers 84000 – Avignon)
Du 6 au 30 juillet à 12h45 – Relâches : 12, 19, 26 juillet