Texte et mise en scène : Romuald Borys
Les spectateurs s’installent devant une scène encore inéclairée et encombrée d’instruments de musique (caisse de batterie et guitare), de chaises renversées, de portants métalliques, etc. Un plateau terriblement encombrée sur lequel pénètre Richard, le protagoniste de cette histoire, revenu, vingt ans après, sur les lieux de son insouciante jeunesse, le dancing du café Heinze, depuis longtemps désaffecté. Il ferme les yeux et replonge dans le Hambourg de la fin des années 30, avant l’annexion de la Tchécoslovaquie, avant « l »‘invasion de la Pologne et du reste.
Richard a 17 ans ; il refuse de s’engager dans les jeunesses Hitlériennes (Hitlerjugend). Lui et ses amis appartiennent à la Swingjugend, les fans de cette « culture dégénérée » venue d’Amérique dont les grandes figures sont des Noirs et des Juifs (quand ce n’est pas les deux ensemble comme Louis Armstrong). La musique jazz est abhorrée par les nazis, le régime en tolère l’écoute… mais surtout pas la danse, dont les rythmes poussent à la transe, la perte de contrôle du corps, à la rencontre et le mélange avec l’autre.
Ces jeunes révoltés aux cheveux longs défient les nuques rasées de la jeunesse hitlériennes en falsifiant les pochettes de disques pour échapper à la censure et ironisent sur le salut officiel : « Swing Heil » (au lieu de « Sieg Heil »). Encore très jeunes, ils ne réalisent pas toutes les implications de cette ombre brune qui plane sur leur destin. Jusqu’à maintenant tolérés et pour certains protégés par l’argent, comme dans le cas du Café Heinze qui appartient à l’héritier d’une des plus grosses fortunes d’Allemagne, ils sont passés entre les gouttes et s’illusionnent, croyant pouvoir continuer à narguer les Nazis… mais des rumeurs persistantes annoncent une future obligation d’intégrer les jeunesses hitlériennes.
Un débat animé agite le petit groupe des amis de Richard dont le virevoltant comédien Jimmy Daumas interprète tous les interlocuteurs, entre quelques pas de danse et numéro musicaux. Seul, Joseph, l’intellectuel de la bande, a pris conscience des implications concrètes du discours de haine du Joseph d’en face (Goebbels). Comment et avec quelle intensité résister? Si ces jeunes rebelles, allemands de souche, détestent et raillent la propagande nazie, ils semblent cependant méconnaître la réalité brutale qui s’est abattue sur leurs compatriotes juifs (les violences et discriminations antisémites sont étonnamment peu présentes dans les débats)… Richard en prendra conscience seulement plus tard, bien plus tard…
« Quand les nazis sont venus les chercher, je n’ai rien dit… » La célèbre ritournelle du pasteur Niemöller s’applique alors à la situation de ces jeunes gens (17 ans) d’abord insouciants et peu concernés par la politique… Mais si tu ne va pas à la politique, la politique viendra à toi. Pour nos désinvoltes et joyeux zazous allemands c’est l’heure du choix.
Une pièce sur la naïveté et l’insouciance de la jeunesse dont la présomption se heurte parfois de front à l’implacable réalité. On estime à 100 000 le nombre de swingueurs qui seront dans un premier temps arrêté… puis envoyés sur le front Russe ou internés dans les camps…
Que vaudront les velléités des uns et des autres? Qui suivra les rats du joueur de flûte de Hamelin qu,i résistera? Sous les lumières en clair-obscur expressionnistes d’un plateau qui alterne entre le chaos du jazz et l’ordre contraint de la propagande nazie, entre les musiques swing, yiddish et les fanfares nazies, Richard nous raconte les espérances et les terreurs d’un fragment d’histoire méconnu et fait remonter une question lancinante : qu’aurions nous fait, nous, à cette époque ?… Et que ferions-nous si…

Mise en scène : Romuald Borys
Interprète : Jimmy Daumas
Assistante : Manon Chivet
Scénographie : Anne Gayan, Romuald Borys
Décors : David Torména
Lumières : Anne Gayan
Création sonore : Cédric Moulié
Du 4 au 25 juillet à 13h00 (relâche le 22 juillet)
Théâtre LA NOUVELLE ÉTINCELLE
Durée: 1h25
