ZZAJ

De  et par Mathias Lauriot-Prevost et Augustin Ledieu
Mise en scène : Sandrine Righeschi

 

C’est un studio de radio désuet, un capharnaüm où s’amoncellent toutes sortes d’instruments de musique. Le plafond est percé, et le ploc-ploc de l’eau tombant dans le seau en fer posé au sol fait parfois office de boîte à musique. Les micros placés trop haut et qui s’affaissent régulièrement en rajoutent une couche à l’ambiance déglingue et aux maladresses et ratages des personnages (deux opposés burlesques). Dans ce décor, constitué d’un mélange de kitsch à paillettes et de dessins sur cartons (ou ce qui en semble) des problèmes électriques viennent régulièrement « électrochoquer » les deux protaganistes… qui se relèvent et repartent encore et encore  (à la Buster Keaton). Nos deux clowns, passionnés de musique, tentent coûte que coûte d’aller au bout de leur émission radiophonique, « Voyage au pays du jazz », malgré la terreur inspirée par le public invité ce jour-là dans le studio, par le patron, pour une émission en direct.

Et nous voilà embarqués dans une histoire du jazz illustrée en clowneries et surtout en musique s’il vous plaît. On est époustouflé par le brio du duo : grâce à un système de boucles musicales enregistrées sur l’instant et répétées (puis ajouté de variantes pré-enregistrées car le jazz reste plus complexe que la pop), le musicien (Mathias Lauriot-Prevost) passe d’un instrument à l’autre finissant par constituer un orchestre à lui tout seul, accompagné parfois au clavier de son acolyte (Augustin Ledieu) véritable multi-instrumentiste de la voix. Le présentateur de l’émission, court en effet partout, trébuche, se relève et, à bout de souffle, interprète les grands standards dans le style des interprètes originaux. Il ne s’agit pas d’une simple imitation des célèbres modèles, tant côté musique que côté chant (les moyens n’y sont pas) mais l’énergie et la foi élèvent les deux musiciens presque au niveau de leurs idoles. En tous cas, le public suit ces deux possédés dans leur délire et jubile, touché par la grâce du jazz, cette énergie intemporelle qui transcende les barrières et unit les âmes au rythme de la musique.

Ce spectacle est un concert enragé doublé d’un numéro burlesque et puis triplé d’un résumé instructif de l’histoire du jazz: au fur et à mesure du show, le spectateur entre dans un voyage temporel à travers le jazz. Les mélodies nostalgiques du blues embrassent la vitalité enjouée du be-bop, tandis que les rythmes funky invitent à se déhancher. Nos  deux clowns-musiciens transcendent les genres musicaux, fusionnant les styles avec une aisance déconcertante.

Certainement l’un des tout meilleurs spectacles du Off 2023 (allez! On peut aussi inclure le In). Courrez-y !

 

 

 

 

Festival Off d’Avignon
Théâtre de l’Arrache-Coeur ( 13 rue du 58e Régiment d’Infanterie) 19h55 du 17 au 29 juillet

 

 

 

MAURICE & LA MISS

De Marie-Thérèse Roy
Mise en scène : Patrick Alluin

L’union des stars attire le regard des foules. Gainsbourg et Birkin (pour la funeste actualité), Gall et Berger, Edith et Marcel, Montand et Signoret en leur temps… Et plus loin encore scintillent encore les lumières de  Maurice Chevalier et Mistinguett,  duo d’étoiles moins connu, car plus éloigné dans le temps mais aussi d’une histoire plus brève.  Collision stellaire ! … En cette fin de belle époque, les personnalités sont, bien sûr, exposées aux regards de tous et scrutées sans répit ; nul besoin de paparazzis ou de fans équipés de téléphone portable pour lancer les ragots, déstabiliser une relation naissante ou détruire une réputation établie. Pour vivre heureux, vivons cachés  ; surtout quand l’un des deux (Mistinguett) se trouvant déjà engagé souhaite ménager l’honneur et la susceptibilité de l’amant à quitter. Puis viendront, pour Maurice Chevalier dans son ascension vers la gloire, la tentation des amours passagers et faciles. La rivalité artistique de deux forts caractères enfin : une Mistiguett au firmanent quand elle rencontre Maurice, le débutant prometteur, crainda ensuite  l’éclipse… sur scène et sous les draps. Le tout au coeur d’une période historique dramatique, celle de la grande guerre : Maurice connaîtra la captivité dans un Stalag allemand dont Mistinguett, qui a le bras long du fait, entre autres, de ses si célèbres jambes, réussira à le tirer, entre deux numéros (privés et même secrets) de Mata Hari auprès des têtes couronnées croisées autrefois au Moulin rouge ou aux Folies Bergères. Nombreuses embûches, donc, pour une seule histoire, une histoire d’amour dans la grande histoire, recouverte du strass des revues et des folies du music-hall.

Un pianiste, en même temps narrateur, nous guide tout au long de la romance, allègre, chantant et venant aussi danser parfois afin de faire le nombre dans cette gageure. Seulement 4 comédiens (+ ledit pianiste, donc 5) et le grandiose des revues parisiennes se déploie avec une inventivité déconcertante. En jouant avec les différents niveaux dans le décor et les découpes d’espace créées par la lumière (de Moïse Hill), l’effet d’énergie et de masse est donné.

La  narration entre les différents tableaux participe au rhytme alerte d’un spectacle tenu par des comédiens aux talents multiples (chanson, mais aussi danse et acrobatie) : ça va vite  et ça chant bien ! On est emporté dans le tourbillon de cette époque des folies parisiennes, d’un monde énivrant … et plus (Fréhel, évoquée dans sa relation avec Maurice Chevalier, a en effet chanté avec « La Coco », les écueils du métier). L’amour et le talent s’entremêlent en une danse fiévreuse, laissant une étincelle de rêve dans le cœur du public conquis.

Festival Off d’Avignon
Du 7 au 29 juillet au théâtre des GÉMEAUX (10 rue du Vieux Sextier 84000 – AVIGNON)
Durée : 1h15
Relâches : les mercredis 19 et 26/07

 

Mise en scène : Patrick Alluin
Avec : Simon Heulle, Hélène Morguen, Didier Bailly, Sophie Girardon, Gaétan Borg
Chorégraphie : Mariejo Buffon
Musique originale et arrangements : Didier Bailly
Costumes : Corinne Rossi
Scénographie : Antoine Milian
Création lumière : Moïse Hill
Conception son : Clément Vallon
Régie : Deyan Bussière et Antoine Campredon

UNE SOIREE CHEZ OFFENBACH !

Ecrit et mis en scène par Martin Loizillon, sur des airs d’Offenbach

Victime d’une déception amoureuse,  le pauvre Offenbach se désole surtout d’avoir perdu sa muse et son inspiration au moment même où on lui a commandé un air, à composer de toute urgence. Le coup de fil providentiel  et quelque peu anachronique (à quelques années près, même si le combiné téléphonique utilisé est de la plus haute antiquité) d’un ami le sauve cependant :  cette nuit même, doit débarquer chez lui, un être capable de relever l’inspiration défaillante: une princesse ! Altesse d’on ne sait où, cela ne sera jamais précisé, mais bel et bien une princesse.
Et effectivement, on sonne à la porte. La princesse entre… ivre et vacillante (malicieuse Christine Tocci, ce soir-là, dans une interprétation drolissime de l’air du même nom) avec le coeur balançant tantôt vers l’illustre compositeur, tantôt vers son joli domestique.

L’argument est faible mais peu importe… Ou peut-être même au contraire importe-t-il d’être frivole ! Cela donne à Martin Loizillon, l’auteur du texte enfilant les perles musicales d’Offenbach, l’occasion de quelques heureuses cabrioles pour retomber sur les pattes du fil de cette histoire… à la Feydeau. La vraisemblance est donc constamment sauvegardée, tout juste tirée par les cheveux parfois, et l’on sourit à la performance (un peu comme dans les joutes d’improvisation).

L’important, c’est le plaisir procuré au public par les chanteurs (Christine Tocci cité plus haut, Nicolas Rigas et Pierre-Antoine Chaumien ce soir-là) qui nous régalent dans une revue de dix-sept des plus beaux airs d’Offenbach. C’est frivole, c’est heureux, jusqu’aux effets les plus simples (la sonnerie de la porte au piano, des lunettes de soleil enfilées à la Brachetti, quand le comédien enfile son manteau en tournant sur lui-même), effets qui n’ont l’air de rien, mais qui portent à sourire dans une ambiance joyeuse et bon enfant.

Un spectacle populaire de haute tenue (et qui plaira aux enfant).
La salle est comble, pensez à réserver.

Théâtre des Corps Saints – 76, place des Corps Saints, 84 000 Avignon
Du 7 au 29 juillet 2023 à 12h10