L’AMANT

Texte d’Harold Pinter
Mise en scène Ludovic Lagarde

Pinter et Lagarde nous entraînent dans l’étrangeté d’un couple, de son désir, de la nécessité dangereuse du fantasme. Comment lutter contre la désérotisation de l’autre, de son corps ? Comment résister à l’érosion mortifère du quotidien ? Par le théâtre et par le jeu ! Freud l’a depuis longtemps Expliquer: l’essentiel se joue sur une « autre scène» (der Andere Schauplatz ), inconsciente et trouble. On se fait autre pour sa compagne, son compagnon. Jeu dangereux, car cet espace scénique du désir, avec ses masques, est celui où l’on se révèle le plus. Au risque de rendre la réalité pauvre, la rendre irréelle. Vide de chair et de sens.

© Pascal Gely

Sans (trop) révéler le dispositif dramatique de l’auteur, disons que ce jeu d’amant-songe, s’il vise à rallumer la flamme érotique, peut aussi enflammer le sentiment d’identité même des protagonistes. Laurent Poitrenaux et Valérie Dashwood incarnent avec finesse ce couple rangé/dérangé, simple et duplice.

© Pascal Gely

Cette pièce, n’est pas sans parenté avec Maupassant et sa pièce « la paix du ménage » (connu également sous le titre « duel au canif ») . Il y explorait le trio mari-femme-amant dans un huis clos où la violence et la folie rôdaient.

Pas sans parenté non plus avec le « Vertigo » d’Alfred Hitchcock, où une femme se travestissait en une autre, pour entrer dans le désir et le fantasme inquiétant d’un homme.

Mise en abîme. Vertige de l’avant.

Texte d’Harold Pinter
Traduction Olivier Cadiot
Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec : Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux et Guillaume Constanza

Lumière Sébastien Michaud
Scénographie Antoine Vasseur
Costumes Marie La Rocca
Assistante costumes Noémie Reymond
Réalisation Sonore David Bichindaritz
Conception vidéo Jérôme Tuncer
Assistante à la mise en scène Élodie Bremaud
Habilleuse Florence Messé et Noémie Reymond
Maquilleuses Mytil Brimeur, Juliette Hui et Charlène Torres
Régie générale François Aubry et Corto Tremorin

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LA COLLECTION

Texte d’Harold Pinter

Mise en scène Ludovic Lagarde

Après l’amant, la collection est une autre variation d’Harold Pinter sur le thème du couple, du désir, du jeu entre fantasme et réalisation du fantasme. Le dramaturge dédouble ici le dispositif avec un couple homme/femme et un couple d’hommes. Il dédouble également l’espace scénique : attribuant le jardin au premier et la cour au second. Les deux couples se télescopent, s’entremêlent. Non sans humour, un humour très british.

© Pascal Gély

Mathieu Amalric et Micha Lescot s’amusent beaucoup dans leur duo d’acteurs. Ils investissent avec force le jeu sans texte, les situations comico-burlesques, sans insistance mais avec une réussite certaine. Dans ce quatuor, c’est Micha Lescot qui toutefois s’impose scéniquement. Gestuelle hyper précise, corps chorégraphié, construction d’une silhouette prégnante, travail du phrasé du texte qui sublime le rôle. Le plus théâtral des quatre sans doute, dans le sens le plus élogieux.

L’histoire ? un vaudeville sans vaudeville, un Feydeau sans Feydeau. Ici l’amant ne fuit pas le mari cocu. Il n’y a d’ailleurs pas d’amant, et le tea-time remplace la course-poursuite. Rien ne chauffe, rien ne surchauffe. L’adultère version Pinter est une assiette anglaise pas un dindon (avec ou sans marrons).

Une assiette froide. Glaciale.

 

© Pascal Gély

Texte d’Harold Pinter

Traduction Olivier Cadiot

Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec Mathieu Amalric, Valérie Dashwood, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux

Dramaturgie Sophie Engel

Lumières Sébastien Michaud

Scénographie Antoine Vasseur

Collaboration à la scénographie Éric Delpla

Costumes Marie La Rocca

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PIECES DE GUERRE – ESCHYLE

Texte Eschyle

Mise en scène & traduction Olivier Py

     Il y a plus de 10 ans, Olivier Py, alors à la tête du théâtre de l’Odéon, lançait la production et les représentations de son « théâtre d’intervention ». Intervention du théâtre hors des murs, parfois citadelles, de l’institution théâtrale : dans des lycées, hôpitaux, centres sociaux…  Intervention du théâtre dans le débat politique et civilisationnel du moment au travers de thèmes tels que la confrontation aux exilés, les violences faites aux femmes… Intervention du théâtre grec antique dans notre modernité. J’avais pu alors, dans le cadre d’une représentation au sein d’un hôpital de jour psychiatrique pour adolescents, constater l’intelligence et le potentiel de cette triple irruption.
Olivier Py, en vrai esprit créateur, c’est-à-dire en dehors de toute mode et de tout formalisme, allait alors déjà à rebours d’un mouvement qui s’est beaucoup amplifié jusqu’à nos jours. Chez lui, pas de méfiance a priori envers l’héritage culturel qui ne serait que le garant de tyrannies anciennes. Pas de méfiance non plus envers le texte classique, qui trop élitiste tiendrait à distance le public populaire. Mais confiance totale dans le théâtre, et sous sa forme la plus épurée, dans un texte magnifique transmis par de magnifiques comédiens. Confiance totale dans la confrontation d’univers à priori éloignés, pour que cette altérité produise autant de reconnaissance que de découverte.
Les médias culturels de masse recherchent toujours plus à enfermer leur public dans un même produit spectaculaire hyperindividualisé. L’intelligence dite artificielle et ses algorithmes pousse ce processus jusque son extrême. Les créateurs de spectacle, avec des intentions opposées, risquent souvent d’aboutir aux mêmes effets se voulant peut-être trop en prise avec leur public et l’esprit du temps. Ollivier Py propose que le théâtre soit le moyen de se penser, non face à un miroir, non dans la sidération de l’émotion actuelle, mais par une distanciation et un vécu collectif.

@Christophe Raynaud de Lage

       Que peut nous dire Prométhée d’Eschyle sur la faute des hommes face à leur toute puissances technologique, en passe d’éradiquer l’écosystème planétaire ? face à l’avènement du règne de l’I.A qui peut signer la destitution de la pensée humaine comme première? Quel regard politique nous permet-il sur l’abus du pouvoir par nos gouvernant , et « le jeune roi des bienheureux », qui était leur Zeus, mais pourrait être aussi notre Jupiter?

      Que peut nous dire Les Suppliantes d’Eschyle sur l’accueil de ceux qui dénoncent leur bourreaux ou envahisseurs et nous demandent de prendre partie au risque de notre propre sécurité ; sur la valeur accordée à la souffrance de l’autre qui remet en question nos propres valeurs ?

© Christophe Raynaud de Lage

       Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer et Frédéric Giroutru, se présentent sans fard ni artifice. Ils ne s’appuient que sur le texte magnifique de poésie, de philosophie, d’Eschyle. Et ce théâtre « pauvre », fait de nudité, nous touche et nous bouleverse, nous fait penser. Car comme il est dit dans le texte : « sa parole est acte ». Frédéric Giroutru sublime de modernité et d’intemporalité divine en Prométhée fascine et intéresse par son abnégation forcenée à affronter le pouvoir. Mireille Herbstmeyer est une suppliante hors d’âge, de toujours, morceau de tragédie vivante. Philippe Girard est une Io pitoyable et affolée.

       Ils nous font reconnaître qu’être comédien de théâtre implique un savoir, une pratique, un risque. Face à la banalisation de la sonorisation (et ce dans des salles de taille moyenne) qui produit des voix décorporées, leur art parfait de la diction, de la profération, crache du sens comme de l’émotion. Leur implication corporelle et énergétique, indispensable à cette pratique, permet la transcendance et la vibration jusque dans nos corps. Ils sont les dieux humains d’un théâtre vraiment vivant et vibrant. Une merveille donc !

Texte Eschyle

Mise en scène & traduction Olivier Py

Avec Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer et Frédéric Giroutru

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