EX-TRAITS DE FEMMES

D’après Molière

Conception, interprétation et animation graphique Anne Kessler, de la Comédie-Française

Anne Kessler et la Comédie Française, donnent de l’air et font voyager cette forme singulière de spectacle, le Singulis. Une carte blanche donnée à un acteur de la grande maison, pour explorer sa relation singulière, avec un auteur, une œuvre, un personnage… Liberté de ton pour un seul(e) en scène, et la possibilité pour le public d’une rencontre intimiste avec un artiste qui sort du rang de la troupe pour faire entendre sa petite musique.

Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

De musique il est justement question dans le propos liminaire d’Anne Kessler pour présenter son travail : « J’avais besoin du jouer du Molière comme un musicien a, je pense, besoin de jouer du Bach .» Elle joue donc tour à tour huit facettes féminines, à la fois continues et discontinues, de la plus jeune (Louison du « Malade imaginaire »,) à la plus vieille (Madame Pernel du « Tartuffe »). Un itinéraire féminin touchant sous la forme d’un portrait changeant , sans cesse mouvant. « Identification d’une femme » qui n’est pas sans familiarité avec le film d’un certain Antonioni.

Et peut être même aussi identification de la part féminine de Molière au travers de ses personnages.

Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

Car Anne Kessler fait entendre l’étrangeté de textes où la question féminine est toujours abordée par le regard de la femme, avec une justesse étonnamment moderne. Le jeu adopté par Anne Kessler (très épuré d’effet et très intimiste) donne à la partition de Poquelin, une actualité et une véracité troublante. Sans l’alexandrin, ce texte là semblerait sorti de la plume d’une femme de grand talent de notre époque. Volontairement, elle joue comme on jouerait les suites pour violoncelle de Bach. Sans effet, sans puissance particulière, plus du côté du ressac et de l’écho que de l’éclat et de l’adresse au public. Michel Bouquet disait : « Molière, ça se gueule, c’est du tréteaux ! ». Il avait raison. Louis Jouvet disait : « Molière ça se joue au public. Pas avec le public, mais pour lui ». Il avait raison. Anne Kessler déroge grandement (allant même jusqu’à se sonoriser dans une salle de petite taille). Elle a également raison. Car elle ne monte pas les pièces, ni même les scènes, du répertoire de Molière, mais plutôt les personnages dans leur intimité, leur singularité. Elle montre un Molière côté femme, que ceux qui répètent les idées reçues à défaut d’entendre tout simplement les œuvres croient misogyne.

D’après Molière

Conception, interprétation et animation graphique Anne Kessler, de la Comédie-Française

Lumières Éric Dumas

Production Comédie-Française

Spectacle créé au Studio-Théâtre (Paris) en 2022

Publié le
Catégorisé comme Théâtre

L’AMANT

Texte d’Harold Pinter
Mise en scène Ludovic Lagarde

Pinter et Lagarde nous entraînent dans l’étrangeté d’un couple, de son désir, de la nécessité dangereuse du fantasme. Comment lutter contre la désérotisation de l’autre, de son corps ? Comment résister à l’érosion mortifère du quotidien ? Par le théâtre et par le jeu ! Freud l’a depuis longtemps Expliquer: l’essentiel se joue sur une « autre scène» (der Andere Schauplatz ), inconsciente et trouble. On se fait autre pour sa compagne, son compagnon. Jeu dangereux, car cet espace scénique du désir, avec ses masques, est celui où l’on se révèle le plus. Au risque de rendre la réalité pauvre, la rendre irréelle. Vide de chair et de sens.

© Pascal Gely

Sans (trop) révéler le dispositif dramatique de l’auteur, disons que ce jeu d’amant-songe, s’il vise à rallumer la flamme érotique, peut aussi enflammer le sentiment d’identité même des protagonistes. Laurent Poitrenaux et Valérie Dashwood incarnent avec finesse ce couple rangé/dérangé, simple et duplice.

© Pascal Gely

Cette pièce, n’est pas sans parenté avec Maupassant et sa pièce « la paix du ménage » (connu également sous le titre « duel au canif ») . Il y explorait le trio mari-femme-amant dans un huis clos où la violence et la folie rôdaient.

Pas sans parenté non plus avec le « Vertigo » d’Alfred Hitchcock, où une femme se travestissait en une autre, pour entrer dans le désir et le fantasme inquiétant d’un homme.

Mise en abîme. Vertige de l’avant.

Texte d’Harold Pinter
Traduction Olivier Cadiot
Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec : Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux et Guillaume Constanza

Lumière Sébastien Michaud
Scénographie Antoine Vasseur
Costumes Marie La Rocca
Assistante costumes Noémie Reymond
Réalisation Sonore David Bichindaritz
Conception vidéo Jérôme Tuncer
Assistante à la mise en scène Élodie Bremaud
Habilleuse Florence Messé et Noémie Reymond
Maquilleuses Mytil Brimeur, Juliette Hui et Charlène Torres
Régie générale François Aubry et Corto Tremorin

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Catégorisé comme Théâtre

LA COLLECTION

Texte d’Harold Pinter

Mise en scène Ludovic Lagarde

Après l’amant, la collection est une autre variation d’Harold Pinter sur le thème du couple, du désir, du jeu entre fantasme et réalisation du fantasme. Le dramaturge dédouble ici le dispositif avec un couple homme/femme et un couple d’hommes. Il dédouble également l’espace scénique : attribuant le jardin au premier et la cour au second. Les deux couples se télescopent, s’entremêlent. Non sans humour, un humour très british.

© Pascal Gély

Mathieu Amalric et Micha Lescot s’amusent beaucoup dans leur duo d’acteurs. Ils investissent avec force le jeu sans texte, les situations comico-burlesques, sans insistance mais avec une réussite certaine. Dans ce quatuor, c’est Micha Lescot qui toutefois s’impose scéniquement. Gestuelle hyper précise, corps chorégraphié, construction d’une silhouette prégnante, travail du phrasé du texte qui sublime le rôle. Le plus théâtral des quatre sans doute, dans le sens le plus élogieux.

L’histoire ? un vaudeville sans vaudeville, un Feydeau sans Feydeau. Ici l’amant ne fuit pas le mari cocu. Il n’y a d’ailleurs pas d’amant, et le tea-time remplace la course-poursuite. Rien ne chauffe, rien ne surchauffe. L’adultère version Pinter est une assiette anglaise pas un dindon (avec ou sans marrons).

Une assiette froide. Glaciale.

 

© Pascal Gély

Texte d’Harold Pinter

Traduction Olivier Cadiot

Mise en scène Ludovic Lagarde

Avec Mathieu Amalric, Valérie Dashwood, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux

Dramaturgie Sophie Engel

Lumières Sébastien Michaud

Scénographie Antoine Vasseur

Collaboration à la scénographie Éric Delpla

Costumes Marie La Rocca

Publié le
Catégorisé comme Théâtre